Mozart Camargo Guarnieri vit le jour le 1er février 1907 à Tietê, une ville de l'intérieur de l'État de São Paulo, au Brésil. Son prénom de baptême, Mozart, portait déjà en lui une aspiration musicale qui ne se démentit jamais. Issu d'un milieu modeste, il grandit dans un Brésil en pleine effervescence culturelle, tiraillé entre les influences européennes héritées de la colonisation et la richesse bouillonnante des traditions populaires autochtones et africaines. Ce terreau contradictoire allait nourrir toute sa création artistique.
Il fit ses premières armes musicales au Conservatório de São Paulo, où il étudia le piano et la composition avec une application remarquable. Ses dons précoces lui valurent rapidement la reconnaissance de ses maîtres, et il s'imposa comme l'un des élèves les plus prometteurs de sa génération. Dans le Brésil des années vingt et trente, la musique savante cherchait encore à définir son identité propre, oscillant entre le cosmopolitisme des élites urbanisées et l'appel de plus en plus pressant d'un nationalisme musical affirmé.
Pour parfaire sa formation, Guarnieri se rendit à Paris en 1938 et 1939, où il suivit les cours du compositeur Charles Koechlin, figure respectée de la vie musicale française et pédagogue réputé pour sa générosité intellectuelle. Ce séjour parisien lui permit d'affiner son écriture harmonique et de s'immerger dans les courants esthétiques européens les plus avancés, tout en consolidant sa conviction que la musique brésilienne devait s'enraciner dans ses propres traditions pour atteindre à l'universel.
Cette convictionesthetique le rapprocha d'autres musiciens partageant la même vision, comme Luciano Gallet, qui travaillaient à intégrer le folklore brésilien dans un langage musical élaboré. La démarche rappelait celle de Béla Bartók en Hongrie ou d'Igor Stravinsky en Russie, ces compositeurs qui avaient fait du matériau populaire de leur pays la matière première d'une création résolument moderne. Au Brésil, ce mouvement avait commencé à se dessiner dès la Belle Époque, et Guarnieri en devint l'un des représentants les plus cohérents.
Ce travail de valorisation du patrimoine musical populaire eut des conséquences sociales importantes. En hissant les musiques et les rythmes afro-brésiliens au rang de matériaux dignes de la composition savante, Guarnieri et ses contemporains contribuèrent à faire évoluer le regard des élites brésiliennes sur les populations d'origine africaine, longtemps méprisées par une société marquée par des siècles d'esclavage. L'art, ici, avait une fonction émancipatrice.
Dans les années 1940, plusieurs de ses compositions remportèrent d'importants prix aux États-Unis, lui ouvrant les portes des grandes salles de concert américaines. Il eut ainsi l'occasion de diriger ses propres œuvres à New York, Boston, Los Angeles et Chicago, s'imposant comme l'une des voix les plus originales de la musique contemporaine de l'hémisphère occidental. Cette reconnaissance internationale conforta sa réputation au Brésil et le plaça définitivement au premier rang de la création musicale nationale.
L'œuvre de Guarnieri est d'une richesse et d'une diversité impressionnantes. Il composa des symphonies, des concertos, des cantates, de la musique de chambre et de nombreuses pièces pour piano. Il s'illustra également dans le domaine du choro, cette forme musicale typiquement brésilienne aux contours mélodiques sinueux et aux rythmes syncopés, qu'il déclina pour des formations variées incluant le violon, l'alto, le violoncelle, la flûte, la clarinette, le basson et le piano. Sa cinquantaine de canções témoigne par ailleurs d'une profonde sensibilité lyrique.
Au théâtre musical, il signa deux ouvrages lyriques remarquables. Pedro Malazarte, opéra comique en un acte sur un livret de Mario de Andrade, fut créé en mai 1952 au Theatro Municipal de Rio de Janeiro. Il s'inspira de ce personnage populaire de la tradition brésilienne, incarnation de la ruse et de l'esprit frondeur du peuple. Um homem só, opéra tragique en un acte sur un livret de Gianfrancesco Guarnieri, fut créé le 29 novembre 1962 au même théâtre, révélant une tout autre facette de son tempérament créateur.
Ses concertos pour piano illustrent l'évolution de son écriture au fil des décennies. Le quatrième, composé en 1968 pour un orchestre sans cordes, introduisit dans son langage des éléments de la technique sérielle. Le cinquième, écrit en 1970 et dédié à Lais de Souza Brazil, poursuivit dans cette direction sérielle. Le sixième, composé en 1987 pour orchestre de chambre — cordes et percussions —, témoigna d'une économie de moyens nouvelle, avec une durée de seulement dix minutes. Les Variations pour piano et orchestre de 1953, fondées sur un thème du Nordeste brésilien, restent parmi ses pages les plus accessibles et les plus vivement colorées.
Guarnieri assuma également d'importantes responsabilités institutionnelles. Il fut chef de l'Orchestre de São Paulo, directeur du Conservatório de São Paulo, où il enseigna la composition et la direction d'orchestre à plusieurs générations de musiciens, et membre de l'Académie brésilienne de musique. Son influence sur la vie musicale brésilienne du vingtième siècle fut considérable, et il est unanimement reconnu comme le plus important compositeur brésilien après Heitor Villa-Lobos, son contemporain et compatriote. Il s'éteignit le 13 janvier 1993 à São Paulo, laissant une œuvre monumentale qui continue d'irriguer la vie musicale de son pays.
