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Attentat de 2017 à Istanbul

Attentat dans une discothèque en Turquie en 2017

7 min01/01/2024
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La nuit du Nouvel An était à son comble dans les rues d'Istanbul lorsque l'horreur s'abattit sur l'une des discothèques les plus célèbres de la métropole. À 1 heure 30 du matin, le 1er janvier 2017, un homme armé pénétra dans le club Reina, établissement de luxe situé dans le quartier d'Ortaköy, directement sur la rive occidentale du Bosphore, et ouvrit le feu sur une foule de fêtards réunis pour célébrer le passage à la nouvelle année. En sept minutes d'une violence extrême, l'attentat fit 39 morts et 65 blessés, laissant la Turquie sous le choc et le monde entier consterné.

Pour comprendre cet attentat, il faut replacer les événements dans le contexte tourmenté que traversait la Turquie depuis l'été 2015. Depuis cette date, le pays subissait une vague d'attaques meurtrières perpétrées alternativement par le Parti des travailleurs du Kurdistan et son organisation dissidente, les Faucons de la liberté du Kurdistan, dans le cadre de la résurgence du conflit kurde, et par l'organisation État islamique, en réponse à l'implication croissante d'Ankara dans la coalition internationale en Irak et en Syrie. La multiplication de ces attentats avait déjà endeuillé de nombreuses villes turques, créant un climat d'insécurité profond dans l'ensemble du pays.

La présence militaire turque en Syrie s'était encore intensifiée à partir d'août 2016, lorsque l'opération Bouclier de l'Euphrate fut lancée au lendemain de l'attentat de Gaziantep du 20 août, attribué à l'État islamique. Dans le cadre de cette opération, l'Armée syrienne libre soutenue par Ankara avait repris la ville de Jarablus à l'organisation djihadiste et cherchait à s'emparer d'Al-Bab, bastion de l'État islamique dans le nord de la Syrie. Cette stratégie visait simultanément à couper court à toute velléité de constitution d'un État kurde à la frontière turque et à repousser l'organisation terroriste loin du territoire national.

Le club Reina n'avait rien d'ordinaire. Haut lieu de la vie nocturne stambouliote depuis de nombreuses années, il était fréquenté par l'élite économique et culturelle de la ville, par des vedettes du football, des personnalités du monde du spectacle, de riches hommes d'affaires et de nombreux touristes étrangers. Cette nuit-là, entre 700 et 800 personnes s'y trouvaient réunies, célébrant le passage à l'an nouveau dans une atmosphère de fête teintée de guirlandes et de symboles de la saison hivernale. La présence d'alcool et de décorations associées à la période de Noël, conjuguée à la date choisie de la fête du Jour de l'an selon le calendrier grégorien, constitua, aux yeux des auteurs de l'attentat, une cible idéologiquement significative. La revendication de l'État islamique qualifiera d'ailleurs explicitement ces festivités de « fête païenne ».

L'assaillant aborda l'établissement après avoir abattu froidement un officier de police et un vigile postés devant l'entrée. Muni de fusils d'assaut de la catégorie des AK-47, il pénétra ensuite dans la salle bondée et tira sans distinction dans la foule. Avec une précision méthodique qui trahit une préparation minutieuse, il utilisa des chargeurs doubles pour réduire les temps de rechargement, lança des grenades aveuglantes pour désorienter ses cibles, visa délibérément le haut du corps de ses victimes afin de maximiser la létalité de ses tirs et tira plus de 180 balles en l'espace de sept minutes. Puis, avec un sang-froid glaçant, il se rendit dans la cuisine de l'établissement, se changea, nettoya son arme et ressortit discrètement pour prendre un taxi, se fondant dans la nuit stambouliote.

Parmi les 39 victimes décédées, 15 étaient des ressortissants étrangers, illustrant la dimension internationale de la tragédie. Des dizaines de personnes, paniquées par les coups de feu, sautèrent dans le Bosphore pour tenter d'échapper aux balles, certaines risquant leur vie dans les eaux froides du détroit plutôt que de rester à portée du tueur. Selon Vasip Şahin, préfet de la province d'Istanbul, l'attaque avait été soigneusement planifiée et exécutée par un tireur entraîné.

L'attentat du Reina fut le premier à être officiellement revendiqué par l'État islamique sur le sol turc, marquant ainsi un tournant dans la stratégie de l'organisation en Turquie. Si plusieurs attaques précédentes avaient été attribuées à l'organisation djihadiste par les autorités turques, celle-ci s'était jusqu'alors abstenue de revendiquer ses actes sur le territoire turc. La revendication explicite de cet attentat signalait que la Turquie était désormais visée en tant qu'adversaire déclaré.

L'identité du tueur fut établie quelques jours plus tard. Les enquêteurs l'identifièrent comme étant un ressortissant ouzbek, arrêté le 16 janvier 2017 à Istanbul après une vaste opération de traque. La mise en lumière de son profil confirma les liens de l'attentat avec les réseaux de l'État islamique et ouvrit de nombreuses questions sur les filières de recrutement jihadiste en Asie centrale.

L'attentat du Reina reste dans la mémoire collective comme l'un des moments les plus sombres de l'histoire récente d'Istanbul, une ville qui, par sa position entre Orient et Occident, incarne depuis des siècles le dialogue entre les cultures. Cette nuit du 1er janvier 2017 symbolisa de façon tragique la violence d'une idéologie prête à frapper des civils innocents au coeur même de leur vie festive, dans un lieu où se côtoyaient des personnes de toutes nationalités et de toutes confessions.

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