Ce Jour-là

Zulfikar Ali Bhutto

Homme d'État pakistanais

Anúncio

Ali Bhutto, de son nom complet Zulfikar Ali Bhutto (en ourdou : ذوالفقار علی بھٹو), parfois désigné par l'acronyme ZAB, est un homme d'État pakistanais, né le 5 janvier 1928 à Larkana dans le Sind et mort pendu le 4 avril 1979 à Rawalpindi. Fondateur du Parti du peuple pakistanais (PPP) et socialiste, il est au pouvoir de 1971 à 1977 et est l'une des figures majeures de l'histoire du pays.

Commençant sa carrière politique sous le régime militaire de Muhammad Ayub Khan, il est ministre des Affaires étrangères avant de démissionner en 1966. Il s'oppose ensuite au régime en fondant le PPP qui devient la force centrale du pays après les élections législatives de 1970 et la sécession du Bangladesh. Il est président de la République entre 1971 et 1973, puis Premier ministre de 1973 à 1977 après avoir fait adopter une nouvelle Constitution qui confère au chef du gouvernement la réalité du pouvoir exécutif.

Menant une politique se réclamant du socialisme islamique, il nationalise une partie de l'économie tout en étant critiqué pour son autoritarisme. Le 5 juillet 1977, il est renversé par son chef de l'armée Muhammad Zia-ul-Haq après des élections législatives contestées, puis exécuté par pendaison en 1979.

Son héritage politique est considérable, son parti étant resté l'une des principales forces du pays. Sa fille Benazir Bhutto prend la tête du PPP et est deux fois Première ministre entre 1988 et 1996.

Zulfikar Ali Bhutto naît le 5 janvier 1928 dans le tehsil de Ratodero, sur les terres de sa famille situées dans le district de Larkana et la région du Sind, alors sous domination du Raj britannique. Il est le troisième fils de Shahnawaz Khan Bhutto et de son épouse Khursheed Begum, née Lakhi Bai. Son père était un grand propriétaire terrien et homme politique sous la domination britannique. Il est notamment Premier ministre dans l'État princier de Junagadh, situé dans le Gujarat. Sunnite, la famille perd ses propriétés dans cette dernière région lors de la partition des Indes en 1947, mais reste l'une des familles les plus riches du Pakistan à sa création grâce à ses possessions dans le Sind.

Ali Bhutto termine ses études secondaires à Bombay, puis entame son cursus universitaire à l'université de Californie à Berkeley en 1947 et obtient un bachelor en science politique trois ans plus tard. Il travaille en 1950 dans l'équipe de campagne d'une politicienne américaine, Helen Gahagan Douglas. Il poursuit ses études à l'université d'Oxford en intégrant le collège Christ Church. Il en sort diplômé de droit en 1953 et devient brièvement avocat à Londres, avant de rejoindre la même année le Pakistan. Il exerce alors en droit privé à Karachi et enseigne le droit constitutionnel dans une faculté de la ville.

En 1943, âgé de seulement quatorze ans, il se marie avec sa cousine Shireen Amir sur décision de sa famille. À sa majorité, il divorce et se remarie en 1951 avec Nusrat Ispahani (1929-2011), fille d'un homme d'affaires iranien. Le couple aura quatre enfants : Benazir (1953-2007), Murtaza (1954-1996), Sanam (née en 1957) et Shahnawaz (1958-1985).

Musulman modéré, mais marqué par les idées socialistes, Bhutto admirait aussi le modèle turc d'Ataturk. Cependant, la laïcité était difficilement applicable au Pakistan où la religion officielle était l'islam.

Au début des années 1950, alors que Zulfikar Ali Bhutto est retourné au Pakistan et exerce son métier d'avocat à Karachi, il retourne souvent sur ses propriétés du district de Larkana. C'est durant ses parties de chasse qu'il se rapproche d'Iskander Mirza, homme politique qui devient gouverneur général en 1955 puis président l'année suivante, ainsi que du général Muhammad Ayub Khan. Ali Bhutto commence sa carrière publique quand il est nommé diplomate au sein de la délégation pakistanaise auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU) en 1957.

Lors du coup d'État du 7 octobre 1958, Iskander Mirza suspend la Constitution et impose la loi martiale, avec l'aide du chef de l'armée pakistanaise Ayub Khan, empêchant l'organisation des premières élections du pays. Ali Bhutto est nommé ministre du Commerce dans le cabinet de Mirza, mais dès le 27 octobre, Ayub Khan prend le pouvoir en renversant Mirza. Ali Bhutto est toutefois reconduit dans son poste par le général, dont il conserve la confiance. Il met notamment en place le contrôle des médias. En 1960, il est nommé ministre de l'Eau, de l’Électricité, des Communications et de l'Industrie. En octobre 1960, il se prononce en faveur de la reconnaissance de la république populaire de Chine à l'ONU.

Ministre des Affaires étrangères

Alors que ses performances pour défendre le Pakistan à l'ONU ont été remarquées par la classe politique, Ali Bhutto est nommé le 24 janvier 1963 au poste de ministre des Affaires étrangères, remplaçant Muhammad Ali Bogra. Il devient l'un des plus proches hommes de confiance du président-général Muhammad Ayub Khan, contribuant notamment à orienter le pouvoir vers un rapprochement avec la Chine communiste, tout en maintenant l'alliance avec les États-Unis. Ali Bhutto profite notamment de la guerre sino-indienne de 1962 pour entamer des négociations avec le pouvoir chinois. Elles aboutissent à l'accord frontalier de 1963 qu'il signe le 3 mars avec son homologue chinois Chen Yi, règlant tous les litiges entre les deux pays.

Pour Ali Bhutto, la stratégie du Pakistan doit surtout consister à renforcer ses positions diplomatiques pour faire face à l'Inde. En 1965, il incite notamment le président à s'engager dans la deuxième guerre indo-pakistanaise, qui échoue cependant et se termine par un statu quo. Les relations entre les deux hommes se détériorent nettement et le 10 janvier 1966, les deux pays mettent fin aux hostilités par la déclaration de Tachkent. Ali Bhutto dénonce cet accord comme une trahison des intérêts nationaux et démissionne de son poste le 30 juin 1966. Il reprend alors le travail dans son cabinet d'avocat, avant de s'engager dans l'opposition au régime militaire.

Après sa démission du gouvernement d'Ayub Khan en juin 1966, Ali Bhutto s'engage progressivement dans l'opposition au régime militaire. Il s'associe avec le philosophe marxiste Jalaludin Abdur Rahim et l'intellectuel Hanif Ramay, un théoricien du « socialisme islamique ». Il se rapproche de mouvements étudiants hostiles au pouvoir. Le 30 novembre 1967, Ali Bhutto fonde le Parti du peuple pakistanais à Lahore et en devient le président. La formation demande des réformes socialistes, une démocratie parlementaire et une politique étrangère non-alignée.

À partir de 1968, l'autorité des militaires est de plus en plus contestée par la population, alors que se multiplient les manifestations, les mouvements étudiants et les grèves. La contestation, surtout forte au Pakistan oriental, est menée par la Ligue Awami, une autre formation de gauche orientée vers l'autonomie de la province. Le 13 novembre 1968, Ali Bhutto est emprisonné pour sa participation au mouvement avant d'être libéré le 10 février 1969 pour favoriser des négociations. Sous pression de la rue et d'une partie de la hiérarchie militaire, Muhammad Ayub Khan démissionne le 25 mars 1969. Il est toutefois remplacé par Yahya Khan, un autre général qui concède l'organisation d'élections libres pour l'année suivante.

Élections législatives de 1970

Ali Bhutto et son parti se lancent alors dans une campagne électorale qui se concentre uniquement au Pakistan occidental. Il met en avant un discours socialiste, populiste et nationaliste, séduisant à la fois les intellectuels de gauche mais aussi les masses laborieuses, notamment les ouvriers et paysans auxquels il promet « du pain, des vêtements et un toit ». Quand ses rivaux conservateurs et islamistes lui reprochent d'être hérétique, Ali Bhutto érige l'égalité comme valeur musulmane. Le manifeste du parti promet notamment une redistribution des terres, le développement économique et une société progressiste. Il énonce notamment : « l'Islam est notre religion, le socialisme notre économie et la démocratie notre politique ». Lors des élections législatives du 7 décembre 1970, les deux formations de gauche de l'opposition triomphent : la Ligue Awami est hégémonique au Pakistan oriental et majoritaire au niveau national, avec 160 sièges. Le Parti du peuple pakistanais obtient la majorité absolue au Pakistan occidental avec 81 sièges contre 35 pour les conservateurs et islamistes.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Zulfikar Ali Bhutto | World in Stories