Ce Jour-là

Zine el-Abidine Ben Ali

Homme politique tunisien

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Zine el-Abidine Ben Ali (arabe : زين العابدين بن علي), né le 3 septembre 1936 à Hammam Sousse (Tunisie) et mort le 19 septembre 2019 à Djeddah (Arabie saoudite), est un militaire et homme d'État tunisien. Il est président de la République tunisienne du 7 novembre 1987 au 14 janvier 2011.

Après avoir occupé plusieurs postes au sein de l'armée et de la sûreté nationale, il devient en 1986 ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Sfar, puis remplace celui-ci comme Premier ministre en 1987. Il dépose peu après le président Habib Bourguiba pour « raisons médicales », et lui succède en vertu de l'ordre protocolaire. Son accession au pouvoir intervient à une époque où le pays est en proie aux luttes de succession, aux tensions politiques et économiques et à la montée de l'islamisme.

Sous sa présidence, la Tunisie est classée première en termes de compétitivité économique en Afrique. Le pays jouit d'une bonne image dans le monde occidental, en particulier grâce à la place qu'il accorde aux femmes : remontant à l'ère bourguibienne, le statut de la femme tunisienne est notamment renforcé en 1993 avec la suppression de son obligation d'obéissance à son mari. Des organisations non gouvernementales et des médias étrangers dénoncent cependant sa politique en matière de droits de l'homme, la qualifiant de dictatoriale, notamment du fait de l'emprisonnement et de la torture d'opposants, ainsi que des atteintes à la liberté de la presse.

Au début de l'année 2011, un mouvement de protestation populaire, inaugurant le début du « Printemps arabe », le contraint à quitter le pays. Il abandonne ainsi la présidence de la République pour se réfugier à Djeddah, en Arabie saoudite. En 2018, à l'issue de plusieurs procès par contumace, le total des peines prononcées à son encontre atteint plus de 200 ans de prison. Il meurt l'année suivante.

Quatrième d'une fratrie de onze enfants, Zine el-Abidine Ben Ali naît au sein d'une famille modeste de la petite ville de Hammam Sousse, puis effectue ses études secondaires au lycée de garçons de Sousse et intègre les structures locales du Néo-Destour. Hédi Baccouche, jeune militant du Néo-Destour, emprisonné par les Français au centre de détention de Zaarour en 1952, jouit en 1956, date de l'indépendance, du prestige nécessaire pour aider Ben Ali à rejoindre les rangs de la jeune armée tunisienne. Le parti est à l'époque en train de préparer une liste de candidats sélectionnés pour une formation militaire en France, qui sera appelée « promotion Bourguiba ».

C'est dans ce cadre qu'il est diplômé de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, puis de l'École de l'artillerie de Châlons-sur-Marne. Il part ensuite aux États-Unis où il suit les cours de la Senior Intelligence School de Fort Holabird (Maryland) et de la School for Field and Anti-Aircraft de Fort Bliss (Texas). Il devient également ingénieur en électronique.

De retour en Tunisie, il est affecté au service du général Kefi. Une zone d'ombre entoure les circonstances de sa rencontre avec la fille de ce dernier, Naïma, qu'il épouse en 1964, avant de prendre en charge la création de la direction de la sécurité militaire qu'il dirige durant dix ans.

Il devient ensuite attaché militaire au Maroc en 1974, puis en Espagne. Mohamed Mzali, devenu ministre de la Défense, l'intègre dans son cabinet. En janvier 1978, à l'occasion de la crise du « Jeudi noir », le Premier ministre Hédi Nouira le nomme à la tête de la sûreté générale. Il la quitte en avril 1980, après les événements de Gafsa, et occupe ensuite le poste d'ambassadeur de Tunisie en Pologne.

Rappelé à Tunis après les émeutes sanglantes de janvier 1984, Zine el-Abidine Ben Ali est promu, le 29 octobre, patron de la Sûreté nationale. Le 23 octobre 1985, le président Bourguiba lui confie le ministère de la Sûreté nationale, nouvellement créé. Il devient ministre de l'Intérieur le 28 avril 1986 tout en gardant la tutelle de la Sûreté nationale. Il intègre deux mois plus tard le bureau politique du Parti socialiste destourien (PSD) dont il devient secrétaire général adjoint. Après le départ de Mzali en juillet de la même année, il garde ses fonctions au sein du gouvernement de Rachid Sfar.

En mai 1987, Zine el-Abidine Ben Ali est promu ministre d'État chargé de l'intérieur, puis Premier ministre le 2 octobre de la même année, tout en conservant le portefeuille de l'Intérieur. Il devient secrétaire général du PSD et se confirme ainsi comme possible dauphin de Bourguiba affaibli par la maladie et la vieillesse.

Son accession au pouvoir intervient à une époque où le pays est en proie aux luttes de succession, auxquelles il participe, aux tensions politiques et économiques et à la montée de l'intégrisme, et avec une opinion publique partagée, selon Michel Camau, entre « le soulagement et le regret ».

Au matin du 7 novembre 1987, Ben Ali fait jouer l'article 57 de la Constitution de 1959 et, sur la foi d'un rapport médical signé par sept médecins attestant de l'incapacité du président Habib Bourguiba d'assumer ses fonctions, le dépose pour sénilité. Il devient, en tant que successeur constitutionnel, président et chef suprême des forces armées. En effet, à cette époque, c'est le Premier ministre qui est le successeur du président de la République en cas de vacance du poste, et ce jusqu'à la fin de la législature.

Dans une déclaration faite à la radio nationale, il annonce sa prise de pouvoir et déclare que « l'époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie ni succession automatique à la tête de l'État desquels le peuple se trouve exclu. Notre peuple est digne d'une vie politique évoluée et institutionnalisée, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse ». L'action est par la suite justifiée par le fait que des mouvements intégristes préparaient un coup d'État et détenaient une liste de personnalités à assassiner.

De plus, le rapport médical venait confirmer l'incapacité de Bourguiba à continuer à assumer les plus hautes charges de l'État, ce que Mezri Haddad résume ainsi : « Officiellement âgé de 84 ans, Bourguiba s'endort quand il reçoit un hôte étranger ; sous l'influence de ceux qui guignent la présidence, il chasse le lendemain le ministre qu'il a nommé la veille, il admet le remaniement ministériel proposé par son Premier ministre pour se rétracter quelques heures après… Pire que tout, il exige la révision du procès de l'intégriste Rached Ghannouchi (et la condamnation à mort de ce dernier) : « Je veux cinquante têtes […] Je veux trente têtes […] Je veux Ghannouchi ». »

Pour Haddad, ce fut simplement « un acte de salubrité publique ». Pourtant, dans leur livre Notre ami Ben Ali, les journalistes Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi donnent une autre version des événements : « Sept médecins dont deux militaires sont convoqués en pleine nuit, non pas au chevet du malade Bourguiba, mais au ministère de l'Intérieur. Parmi eux se trouve l'actuel médecin du président, le cardiologue et général Mohamed Gueddiche. Ben Ali somme les représentants de la faculté d'établir un avis médical d'incapacité du président. « Je n'ai pas vu Bourguiba depuis deux ans » proteste un des médecins. « Cela ne fait rien ! Signe ! » tranche le général Ben Ali. »

Cette prise de pouvoir est appelée « révolution de jasmin ».

Zine el-Abidine Ben Ali prend dès lors en main le PSD, en renforçant la cohésion et le transforme en Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), jusqu'à ce qu'il en soit lui-même exclu après la chute de son régime en janvier 2011. À la tête de l'État, il en commence la restructuration : la Constitution amendée supprime la présidence à vie et limite le nombre de mandats présidentiels à trois, disposition qu'il fera abroger en 2002.

Une loi sur les partis politiques est adoptée et de nouveaux partis sont reconnus alors que les tribunaux d'exception et la fonction de procureur général sont supprimés. Le nouveau président cherche à apaiser le climat politique, notamment en assurant une ouverture vers les associations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'homme, et en établissant des contacts avec les partis de l'opposition. Un pacte national rassemblant les différentes formations politiques et sociales du pays à l'exception des islamistes est signé le 7 novembre 1988 et engage ses signataires au respect de l'égalité entre les citoyens des deux sexes, des acquis du Code du statut personnel, des principes républicains et du refus d'utiliser l'islam à des fins politiques.

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