Zhou Enlai (chinois simplifié : 周恩来 ; chinois traditionnel : 周恩來 ; pinyin : Zhōu Ēnlái ; Wade : Chou En-lai ; EFEO : Tcheou Ngen-lai), né le 5 mars 1898 à Huaiyin (aujourd'hui Huai'an, Jiangsu) et mort le 8 janvier 1976 à Pékin, est un homme d'État chinois. Il est le premier Premier ministre de la république populaire de Chine, sous les ordres de Mao Zedong d'octobre 1949 jusqu'à sa mort. Il a joué un rôle dans la consolidation du contrôle du pouvoir du Parti communiste chinois, a mis en place une politique étrangère et a développé l'économie de la république populaire de Chine.
Diplomate habile et qualifié, Zhou Enlai est ministre des Affaires étrangères entre 1949 et 1958. Préconisant une coexistence pacifique avec l'Occident après l'impasse de la guerre de Corée, il participe aux accords de Genève en 1954 et aide à orchestrer la visite de Richard Nixon en Chine en 1972. Il est à l'origine des politiques menées face aux crises diplomatiques avec les États-Unis, Taïwan, l'Union soviétique (après 1960), l'Inde et le Viêt Nam. Zhou Enlai est également connu pour être un soutien de longue date de Mao Zedong, en particulier en ce qui concerne la politique étrangère chinoise. Leurs personnalités opposées en ont fait une équipe efficace selon Henry Kissinger, le diplomate américain qui a beaucoup travaillé avec les deux hommes :
« Mao dominait tous les rassemblements ; Zhou s'en imprégnait. La passion de Mao s'efforçait d'écraser l'opposition ; l'intelligence de Zhou cherchait à la persuader ou la manipuler. Mao était sardonique ; Zhou perspicace. Mao se considérait comme un philosophe ; Zhou comme un administrateur ou un négociateur. Mao était avide d'accélérer l'histoire ; Zhou se contentait de l'exploiter. »
En grande partie grâce à son expertise, Zhou Enlai parvient à survivre aux purges des grands dirigeants durant la révolution culturelle des années 1960. Ses tentatives de réduire les dommages des Gardes rouges et ses efforts pour protéger les autres de la colère de ces derniers l'ont rendu très populaire après les événements. Alors que la santé de Mao commence à décliner en 1971 et 1972, Zhou et la bande des Quatre mènent une lutte interne pour prendre la direction de la Chine. Mais la santé de Zhou Enlai est également défaillante et il meurt huit mois avant Mao Zedong, le 8 janvier 1976. L'effusion de chagrin du peuple à Pékin tourne à la colère envers la bande des Quatre, menant au mouvement du 5 Avril. Bien que Hua Guofeng lui succède, c'est Deng Xiaoping, l'allié de Zhou Enlai, qui parvient à vaincre politiquement la bande des Quatre et à prendre finalement la place de Mao Zedong en tant que chef suprême de la Chine en 1977.
Zhou Enlai est né à Huai'an dans la province du Jiangsu, le 5 mars 1898. Il est le fils aîné de sa famille. Les Zhou sont originaires de Shaoxing dans la province du Zhejiang. À la fin de la dynastie Qing, Shaoxing est réputée pour les familles telles que les Zhou, dont les membres sont greffiers du gouvernement (shiye) de génération en génération. Pour grimper les échelons de la fonction publique, les hommes de ces familles sont souvent mutés, et dans les dernières années de la dynastie Qing, la famille Zhou déménage à Huai'an. Après cela, toutefois, elle continue à considérer Shaoxing comme sa résidence ancestrale.
Le grand-père d'Enlai, Zhou Panlong, et son grand-oncle, Zhou Jun'ang, sont les premiers membres de la famille à déménager à Huai'an. Panlong réussit les examens provinciaux et Zhou Enlai prétend par la suite qu'il a servi en tant que magistrat dans le comté de Huai'an, même si une étude récente le contredit. Le père d'Enlai, Zhou Yineng, est le second des quatre fils de Panlong. Sa mère, dont le nom de jeune fille est Wan, est la fille d'un important fonctionnaire du Jiangsu. Durant la révolution culturelle, les origines d'une famille rouge (pauvre) sont devenues essentielles pour entrer au service du gouvernement. Zhou Enlai doit donc remonter à la mère de sa mère qui était la fille d'un fermier afin de trouver un membre de la famille qualifié de rouge.
Comme beaucoup d'autres, la fortune économique des fonctionnaires de la famille Zhou est éprouvée par la grande récession économique dont souffre la Chine au début du XXe siècle. Zhou Yineng est réputé honnête, bon, intelligent et préoccupé des autres, mais il est également connu pour sa faiblesse, son manque de discipline et de détermination. Sa vie personnelle n'est pas un grand succès et il parcourt la Chine pour exercer divers métiers, travaillant à Pékin, dans le Shandong, dans l'Anhui, à Shenyang, en Mongolie-Intérieure et au Sichuan. Enlai se souvient qu'il était toujours en dehors de la maison et incapable de soutenir sa famille.
Peu après sa naissance, Enlai est adopté par le plus jeune frère de son père, Zhou Yigan, qui souffre de tuberculose. Apparemment, cette adoption aurait été arrangée de crainte que celui-ci ne meure avant d'avoir un héritier. Il décède en effet peu après l'adoption et Enlai est par la suite élevé par sa veuve, madame Chen. Cette dernière est également issue d'une famille de fonctionnaires et a reçu une éducation traditionnelle. Selon les dires d'Enlai, il est très proche de sa mère adoptive et lui doit son intérêt futur pour la littérature et l'opéra chinois. Elle lui apprend à lire et à écrire dès son plus jeune âge, ce qui lui permet de prétendre avoir lu le roman traditionnel en langue vernaculaire Le Voyage en Occident à seulement six ans. À huit ans, il lit d'autres romans classiques chinois dont Au bord de l'eau, Les Trois Royaumes et Le Rêve dans le pavillon rouge.
La mère biologique de Zhou Enlai meurt en 1907 alors qu'il n'a que 9 ans et sa mère adoptive en 1908. Son père travaille dans le Hubei, loin du Jiangsu, donc Enlai et ses deux jeunes frères retournent à Huai'an pour vivre avec le plus jeune frère de leur père, Yikui, pour les deux années suivantes. En 1910, l'oncle Yigeng, le frère aîné de Yineng, se propose de recueillir Enlai. La famille à Huai'an est d'accord et il est donc envoyé auprès de son oncle en Mandchourie à Shenyang, où ce dernier travaille en tant que fonctionnaire d'État. Le père d'Enlai aurait également vécu en Mandchourie à cette époque et le garçon aurait vécu un moment avec lui. Après cela, les contacts avec son père s'espacent jusqu'à sa mort en 1941.
À Shenyang, Enlai intègre la Dongguan Model Academy, une école de style occidental. Avant celle-ci, il a uniquement suivi un enseignement à domicile. En plus de nouvelles matières comme l'anglais et les sciences, Enlai prend également connaissance des écrits de réformateurs et de radicaux tels que Liang Qichao, Kang Youwei, Chen Tianhua, Zou Rong et Zhang Binglin. À quatorze ans, il déclare que sa motivation pour continuer ses études est de « devenir un grand homme qui prendra de grandes responsabilités du pays dans le futur ». En 1913, son oncle est muté à Tianjin, où le jeune homme intègre le renommé Lycée de Nankai.
L'établissement a été fondé par Yan Xiu, un important fonctionnaire et philanthrope, et est dirigé par Zhang Boling, un des plus célèbres éducateurs chinois du XXe siècle. Les méthodes d'enseignement de Nankai sont insolites pour les standards chinois de l'époque. Lorsqu'Enlai intègre le lycée, celui-ci a adopté le modèle d'éducation de la Phillips Academy aux États-Unis. La réputation de l'école, avec sa routine quotidienne très disciplinaire et un code moral strict, attire de nombreux étudiants qui deviennent par la suite d'importants personnages de la vie publique. Parmi les amis et camarades de classe de Zhou Enlai, on retrouve Ma Jun (un des premiers dirigeants communistes, exécuté en 1927) ou Wu Guozhen (futur maire de Shanghai et gouverneur de Taïwan sous le Parti nationaliste). Les talents de Zhou attirent l'attention de Yan Xiu et Zhang Boling, si bien que Yan l'aidera par la suite à payer ses études au Japon et en France.
Yan est tellement impressionné par Zhou Enlai qu'il lui propose d'épouser sa fille, mais ce dernier refuse. Il expliquera par la suite son refus en affirmant qu'il avait peur de ne pas atteindre les perspectives financières imaginées par Yan et que ce dernier, en tant que beau-père, aurait alors pris le contrôle de sa vie.