Ce Jour-là

Zhang Sizhi

Homme politique chinois

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Zhang Sizhi (en chinois : 张思之), né le 12 novembre 1927 à Zhengzhou (Henan) et mort le 24 juin 2022 à Pékin, est un avocat chinois.

Il est connu pour avoir assuré la défense de plusieurs personnalités majeures notamment dans le cadre de procès politiques : il défend ainsi entre autres Jiang Qing, la veuve de Mao Zedong, et les généraux de Lin Biao, ainsi que le sociologue Wang Juntao et Bao Tong.

Retiré des prétoires dans les années 2000, il accompagne la progression d'une nouvelle génération d'avocats comme Pu Zhiqiang et Xia Lin, les avocats de l’artiste Ai Weiwei. Souhaitant défendre le premier lorsque celui-ci est arrêté, il en est empêché, foudroyé par une thrombose cérébrale en 2014.

Dans un contexte de montée en puissance de l'autoritarisme en Chine, ses combats sont reconnus à l'international : la France lui a remis la Légion d’honneur en février 2016.

L'histoire de Zhang Sizhi et celle de ses combats pour la liberté se confondent avec celle de la Chine et de sa quête de modernité politique au XXe siècle : Zhang Sizhi s’est engagé à plus de soixante ans pour défendre les libertés individuelles dans les prétoires après les manifestations de la place Tian'anmen en 1989, comme il avait rejoint l’armée nationale à seize ans pour délivrer son pays de l’occupation étrangère lors de la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945).

Un avocat de la première génération

L’Empire chinois ne connaissait que les « maîtres des plaintes », autrement appelés « gredins de chicane », dont l’art consistait à rédiger les plaintes des particuliers adressées au tribunal. Suspectés de jeter la discorde pour en tirer profit, ces experts juridiques privés faisaient l’objet d’une telle réprobation morale qu’ils furent interdits sous la dernière dynastie, celle des Qing. La profession d’avocat apparaît dans les concessions sous l’influence occidentale à la fin du XIXe siècle. Elle s’enracine peu à peu dans les grandes villes ; la greffe prend surtout à Shanghai.

Le préjugé marxiste à l’encontre des avocats, soupçonnés de défendre les intérêts de la seule bourgeoisie, renforcé par la prévention traditionnelle à l’égard des « maîtres des plaintes » explique l’évolution chaotique de cette profession en Chine populaire. L’expérimentation lancée en 1954 avec la constitution de bureaux de conseils juridiques sur le modèle soviétique est brève : les avocats sont, pour la plupart, envoyés en camp de rééducation par le travail après la campagne des Cent fleurs en 1957. Zhang Sizhi a été le premier condamné à Pékin. Il a passé quinze ans à effectuer de pénibles travaux physiques dans la grande périphérie de Pékin. Il a vécu en camp de travail le Grand Bond en avant et sa terrible famine, les brutalités politiques de la révolution culturelle.

Le défenseur de la bande des Quatre

La profession d’avocat a été rétablie en 1980, peu après l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping. Le droit était au fondement du nouveau projet national, le développement économique et la stabilité politique et sociale. La Chine manquait de juristes : Zhang Sizhi, sur ordre du Parti, est redevenu avocat à 52 ans. Il a accepté d’assurer la défense de la bande des Quatre (la veuve Mao et ses affidés) et de la « clique Lin Biao » (le successeur désigné du Grand Timonier soudainement tombé en disgrâce et mort dans des circonstances mystérieuses en 1971). C’était se faire l’avocat du diable : la bande des Quatre, considérée seule responsable des dix ans de chaos de la révolution culturelle, est haïe par tout le peuple chinois. Zhang Sizhi s’est acquitté de cette tâche délicate, que tant d’autres ont déclinée, avec énergie. Pour lui, tout prévenu, y compris la veuve de Mao qu’il abhorre, avait le droit d’être défendu par un avocat.

Il assure la coordination de la défense de la bande des Quatre et des généraux de Lin Biao, ainsi plus spécifiquement de Lin Biao. La position de Zhang Sizhi est délicate. D'une part, il a souffert lui-même de la révolution culturelle et abhorre ces protagonistes ; d'autre part, le verdict du procès est connu d'avance, car le parti ne peut les innocenter et la foule les hait. Cependant, il accepte par devoir et surtout par conscience professionnelle. Il positionne le rôle de l'avocat comme un expert judiciaire au service de la société, et non au service de son client. Lui et son équipe échappent ainsi à une confrontation avec le parti communiste ainsi qu'à salir à vie leur réputation par amalgame avec les accusés. Cette stratégie apolitique est toujours celle en vigueur en Chine aujourd'hui, différenciant le concept de celui de l'Occident.

Pour son rôle dans ce procès, il a acquis la réputation sulfureuse « d’avocaillon pourri de la bande des Quatre ». Peu lui importait, sa conception de la défense, il l'a portée en tant que professeur d’université à l’université centrale de télé-enseignement (1984) et l’université des sciences politiques (1987), puis en tant que directeur de revue (1988). Son manuel La Profession d’avocat, Théorie et pratique (中国律师制度与律师实务), publié en 1985, ainsi que la revue professionnelle Avocats chinois (中国律师), qu’il a créée, ont constitué des références incontournables pour des générations de jeunes avocats.

Les grands procès politiques des années 1990

En Chine, la profession d’avocat, entachée du soupçon de faire le jeu du crime contre le peuple, dispose de droits et d’une autonomie limités par le pouvoir politique. Zhang Sizhi, le premier, a osé plaider non coupable pour les accusés politiques au début des années 1990. « Si le rôle de l’avocat est réduit dans le système judiciaire chinois à celui d’une potiche », disait-il, « autant ficher dans cette potiche un bouquet de roses blanches aux tiges couvertes de minuscules épines bien acérées. »

Donner vie aux droits inscrits dans la loi, dont l’application est rendue difficile par l’absence d’indépendance de la justice, telle a été la ligne de Zhang Sizhi dans quelques-uns des plus grands procès politiques de l’ère post-maoïste :

Wang Juntao (en) en 1991, un intellectuel accusé d’être une « main noire des étudiants »,

Bao Tong en 1992, le plus haut officiel du Parti condamné après 1989,

Wei Jingsheng en 1995, le plus célèbre dissident de Chine pour avoir réclamé dès 1978 la « cinquième modernisation »,

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