Zeev Sternhell (en hébreu : זאב שטרנהל) est un historien et politologue israélien d'origine polonaise, né le 10 avril 1935 à Przemyśl (Pologne) et mort le 21 juin 2020 à Jérusalem (Israël).
Survivant de la Shoah, il émigre en Israël en 1951 et devient professeur de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Ses recherches se concentrent sur la genèse de l'idéologie fasciste qu'il fait remonter à la France de la fin du XIXe siècle, notamment à travers les œuvres de Maurice Barrès et Georges Sorel. Cette thèse, bien que soutenue par certains historiens, suscite d'importantes controverses historiographiques.
Membre fondateur du mouvement pacifiste israélien La Paix maintenant, il milite contre la colonisation et pour un compromis de paix avec les Palestiniens, positions qui lui valent d'être victime d'un attentat d'extrême droite en 2008.
Il est lauréat en 2008 du prix Israël pour ses travaux en science politique.
Zeev Sternhell naît à Przemysl, dans une famille juive galicienne. Son père, mobilisé dans l'armée polonaise, est tué dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Il est enfermé dans le ghetto avec sa mère et sa sœur qui seront ultérieurement assassinées dans le camp d'extermination de Belzec. Puis il est confié à un oncle en 1942 et passe le reste de la guerre caché à Lwów.
Il est envoyé en 1946 en Avignon, chez un autre oncle et fait ses études au lycée Frédéric-Mistral puis il s'installe en Israël en 1951. Il est élève dans une école agricole de Magdiel puis séjourne dans le kibboutz de Ousha en Galilée. Il poursuit ses études à l'université et est nommé assistant à l'Université hébraïque de Jérusalem en 1960.
Il séjourne à Paris grâce à une bourse d'études, et prépare une thèse sur Maurice Barrès à l'Institut d'études politiques de Paris sous la direction de Jean Touchard. Il la soutient en 1969 et la publie en 1972 sous le titre Maurice Barrès et le nationalisme français. Il est professeur de science politique à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l'origine du corpus idéologique fasciste.
Au cours des années 1960, il est directeur de l'Université d'Addis Abeba, à la demande de l'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié Ier.
Zeev Sternhell meurt à Jérusalem le 21 juin 2020 à l’âge de 85 ans. Il est inhumé au Mont des Répits.
En tant que membre fondateur du mouvement israélien La paix maintenant (Shalom Akhchav), Zeev Sternhell participe activement au débat politique en Israël, entre autres par ses contributions à la page « Opinions » du quotidien israélien Haaretz. Il prend position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation, et prône un compromis de paix avec les Palestiniens, affirmant : « si les Palestiniens faisaient preuve de plus de clairvoyance, ils concentreraient leurs actions contre les colonies au lieu de s'en prendre à des femmes et des enfants [en territoire israélien]. »
Le 25 septembre 2008, il est visé par un attentat et blessé par l'explosion d'un engin piégé. « La police […] dit soupçonner les milieux ultra-nationalistes israéliens d'être responsables de l'agression ». Jack Teitel (en) avoue être l'auteur de cet attentat : il s'agit d'un colon issu de l'ultradroite israélienne.
En février 2018, dans une tribune publiée par Le Monde, il compare le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd'hui. Il affirme : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts ».
Zeev Sternhell a essentiellement travaillé sur le fascisme en France, sur ses origines et sur la formation de l'idéologie fasciste, irréductible selon lui à la période de l'entre-deux-guerres, et qui trouve ses racines historiques dans la France de la fin du XIXe siècle.
En effet, à partir de 1885 la confluence idéologique d'une partie de la droite nationaliste et de la gauche autour du thème de l'anti-parlementarisme va aboutir, notamment à travers la matrice que constitue le boulangisme, à l'élaboration progressive de la « synthèse fasciste ».
Celle-ci se caractérise essentiellement par un double rejet du libéralisme et du marxisme, auxquels elle prétend substituer une « troisième voie », élaborée par des penseurs comme le socialiste Georges Sorel.
Les résultats de ses recherches sur l'origine et la nature du fascisme sont controversés.
Certains historiens — comme Michel Winock, Pierre Milza et Jacques Julliard — et des spécialistes de l'œuvre de Barrès tel Emmanuel Godo ont contesté l'approche de Zeev Sternhell sur le fascisme français.
Pierre Milza tout en reconnaissant qu'« il y a eu sans aucun doute un fascisme français, qui n'a pas toujours pris la forme de ses homologues italien et allemand mais qui a occupé, dans l'espace politique et culturel de l'hexagone, une place plus grande que ne voulaient bien lui concéder jusqu'à une date récente les plus éminents spécialistes du XXe siècle français », critique Sternhell qui selon lui « voit du “fascisme” partout où il y a critique virulente de la république parlementaire, version IIIe finissante […], un pas que l'examen attentif des faits interdit de franchir ».