Zbigniew Brzezinski, né le 28 mars 1928 à Varsovie (en Pologne) et mort le 26 mai 2017 à Falls Church (Virginie), est un politologue américain d'origine polonaise.
Il a été conseiller à la sécurité nationale du président des États-Unis Jimmy Carter, de 1977 à 1981. En tant que tel, il a été un artisan majeur de la politique étrangère de Washington, soutenant une politique plus agressive vis-à-vis de l'URSS, en rupture avec la Détente antérieure, qui mettait l'accent à la fois sur le réarmement des États-Unis et l'utilisation des droits de l'homme contre Moscou. Il est resté, jusqu'à sa mort, un observateur écouté en matière de politique étrangère aux États-Unis.
Il est le fils de Tadeusz Brzezinski (21 février 1896 – 7 janvier 1990) et de Leona Roman. Son père est un fonctionnaire consulaire de la Pologne, en poste en Allemagne de 1931 à 1935, puis en URSS. Étant devenu consul général à Montréal, il décide en 1939 de ne pas rentrer avec sa famille en Pologne.
Son épouse, Emilie-Anne Beneš, est la petite-nièce de l'ancien président tchécoslovaque Edvard Beneš, ce qui accroîtra les peurs soviétiques à son égard, notamment lors de l'élection du pape Jean-Paul II et de la crise polonaise de l'été 1980, qui verra la naissance du syndicat Solidarité. Il a trois enfants, dont l'un, Mark (en), est juriste et travaille de 1999 à 2001 en tant que conseiller pour l'Europe de l'Est et la Russie au Conseil de sécurité nationale et ambassadeur des États-Unis en Pologne à partir de janvier 2022, et sa fille Mika est journaliste à MSNBC.
Il fait ses études à Montréal à l'Université McGill, puis à Boston à l'Université Harvard où il soutient sa thèse de doctorat en 1953 sur la question du « totalitarisme soviétique ». Professeur à Harvard de 1953 à 1960, il devint expert au Center for Strategic and International Studies de Washington, professeur à l'université Johns-Hopkins de Baltimore ainsi qu'à Columbia (de 1960 à 1989). Il est professeur à la Paul H. Nitze School of Advanced International Studies de l'université Johns-Hopkins.
Auteur de plusieurs études et analyses sur le bouleversement et le rôle des États-Unis dans le monde, il devient conseiller politique au département d'État de 1966 à 1968, lorsqu'il fait partie de l'équipe de campagne d'Hubert Humphrey, candidat démocrate à la présidence, en tant que chargé des affaires étrangères.
Dans Between Two Ages: America's Role in the Technetronic Era (1970), il affirme qu'une politique de coopération plus étroite entre les pays riches est nécessaire pour prévenir l'instabilité globale émergeant de l'accroissement des inégalités.
Il cofonde alors, avec le multimilliardaire David Rockefeller, la commission Trilatérale en 1973, qu'il dirige jusqu'en 1976. Le rapport de 1975 de la commission est devenu célèbre pour sa distinction entre « intellectuels subversifs » et « responsables » et les « risques » que l'université implique pour la démocratie.
À partir de la fin 1976, il devient le principal conseiller aux affaires étrangères de Jimmy Carter, critique la politique de détente suivie par Richard Nixon, Gerald Ford et l'URSS et préfère mettre l'accent sur le processus engagé par les accords d'Helsinki. Il est nommé conseiller à la sécurité nationale de Carter après son élection en 1976. Il participe alors à l'écriture du discours inaugural de Carter, qui envoie un fort signal aux dissidents soviétiques en rupture avec la politique de détente. Cela lui vaut des critiques à la fois de l'URSS et des États d'Europe de l'Ouest. À l'encontre de la perspective adoptée par le secrétaire d’État Cyrus Vance, qui préfère avancer sur le dossier unique du désarmement (SALT), Brzezinski souhaite lier ce dossier à celui des droits de l'homme et fait notamment augmenter la puissance des transmetteurs de Radio Free Europe, ce qui contredit de façon provocante les politiques Nixon-Ford-Kissinger .
Son premier voyage en tant que conseiller de Carter est, contre les souhaits du département d’État, à la Pologne, où il rencontra en 1977 l'archevêque Stefan Wyszyński, faisant de l'Église catholique polonaise l'interlocuteur légitime du pouvoir. Brzezinski pense alors que les Soviétiques profitent de la détente pour progresser en Angola et au Moyen-Orient et, contre Vance, prône alors à la fois le réarmement des États-Unis et le soutien à la cause des droits de l'homme utilisée contre l'URSS. Il fut ainsi l'un des instigateurs de l'United States Rapid Deployment Forces (en), dont la création est publiquement annoncée par Carter en octobre 1979 et visait à permettre une intervention immédiate n'importe où dans le monde de l'armée américaine (on crédite souvent à tort Reagan de la mise en place de cette force).
Brzezinski voyage aussi à Pékin en 1978 afin d'amorcer la normalisation des relations sino-américaines et prolonge ainsi la diplomatie du ping-pong initiée par Nixon. Cela a pour conséquence la rupture des relations diplomatiques en 1979 avec Taïwan, jusqu'alors allié fidèle de Washington.[réf. souhaitée]
Il appréhende défavorablement l'avancée des Sandinistes au Nicaragua, déclarant le 13 juillet 1979, une semaine avant la prise de la capitale, Managua, par les Sandinistes, « le bâton est en train de passer des États-Unis à Cuba. » Alors que le secrétaire d'État adjoint Warren Christopher lui demande ce que serait un « gouvernement castriste » au Nicaragua, Brzezinski répond que « ce serait un gouvernement qui soutiendrait la politique étrangère cubaine et soviétique et les insurrections à l'étranger - par exemple, au Salvador ». La stratégie davantage conciliante de l'assistant secrétaire d'État Vaky (en), qui souligne la large diversité de l'opposition à Somoza, est néanmoins suivie.
Il est aussi l'un des artisans de l'Opération Cyclone par laquelle Washington soutient les moudjahidins afghans dès juillet 1979. Brzezinski écrit une note au président, qui vient de décider d'aider les moudjahidins, pour indiquer que l'aide provoquera l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS, ce qui se produit effectivement en décembre. Deux décennies plus tard, en se félicitant que les Soviétiques se soient épuisés dans le « piège afghan », il répond à l'accusation d'avoir provoqué l'intervention soviétique : « Nous n'avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu'ils le fassent. »
Il programme par ailleurs l'Opération Eagle Claw (avril 1980) visant à libérer les otages de Téhéran dont l'échec mena à la démission de Cyrus Vance. Lors des événements en Pologne, Brzezinski adopte encore une posture dure vis-à-vis de toute possibilité d'invasion du pays par les forces soviétiques et rompt ainsi avec l'attitude précédente de Washington lors de l'insurrection de Budapest (1956) et du printemps de Prague (1968).
Il reconnait en 1979 avoir incité la Chine et la Thaïlande à soutenir les Khmers rouges cambodgiens face au Vietnam : « J'ai encouragé les Chinois à soutenir Pol Pot. J'ai encouragé les Thaïlandais à soutenir le KD [Kampuchéa démocratique, nom officiel du régime Khmer rouge]. Pol Pot était une abomination. Nous ne pouvions en aucun cas lui assurer notre soutien, mais la Chine le pouvait. »
Brzezinski devient progressivement le membre le plus impopulaire de l'administration Carter et se fait copieusement huer à la Convention démocrate par les supporters d'Edward Kennedy lors de sa candidature à la présidentielle de 1980.
Durant l'administration Reagan, Brzezinski devient membre du National Endowment for Democracy.
Il critique à la fois les colombes du Parti démocrate appartenant au camp de McGovern et le manichéisme de la vision reaganienne des relations internationales. Alors que Reagan arme les Contras au Nicaragua et intervient au Salvador, Brzezinski déclare en 1982 à la BBC : « Il n'est pas possible pour les États-Unis de soutenir l'aspiration aux droits de l'homme des travailleurs de Gdańsk et, dans le