Zaha Hadid (en arabe : زها حديد), née le 31 octobre 1950 à Bagdad (Irak) et morte le 31 mars 2016 à Miami (États-Unis), est une architecte et urbaniste irako-britannique. Figure importante du courant déconstructiviste, elle est l'une des femmes architectes les plus récompensées par la profession. Elle a notamment reçu le prix Pritzker (considéré comme le « prix Nobel d'architecture ») en 2004. Zaha Hadid est élevée au rang de commandeur de l'ordre de l'Empire britannique (CBE) en 2002 puis dame commandeur (DBE) en 2012 pour services rendus à l'architecture.
À la recherche d'un système alternatif au dessin d'architecture traditionnel, et influencée par le suprématisme et l'avant-garde russe, Zaha Hadid adopte la peinture comme outil de conception et l'abstraction comme principe d'investigation pour réinvestir les expériences avortées et non testées du modernisme, et dévoiler de nouveaux champs de construction. Elle est une précurseure dans l’utilisation de la conception paramétrique pour modéliser ses projets.
Si, au début de sa carrière, ses bâtiments se caractérisent par des formes éclatées aux angles vifs, les édifices plus récents sont formés par des courbes. Ses œuvres majeures comprennent l'Aquatics Centre de Londres pour les Jeux olympiques de 2012, le Broad Art Museum (East Lansing, États-Unis), le MAXXI - Musée national des Arts du XXIe siècle de Rome et l'opéra de Canton (Chine). Plusieurs de ses bâtiments étaient encore en construction au moment de sa mort, notamment l'aéroport international de Pékin-Daxing, et le stade Al-Janoub (ex-stade Al Wakrah) au Qatar.
Zaha Hadid est née le 31 octobre 1950 à Bagdad en Irak, d'une famille sunnite turcomane de la classe supérieure. Son père, Muhammad al-Hajj Husayn Hadid, est un riche industriel de Mossoul. Il est l'un des fondateurs du groupe politique de la gauche libérale al-Ahali, importante organisation politique durant les années 1930 et 1940. Il est aussi le cofondateur du Parti national démocrate en Irak. Sa mère, Wajiha al-Sabunji, est une artiste originaire de Mossoul. Dans les années 1960, son père l'envoie avec ses deux frères en Europe, où elle est en pensionnat en Angleterre et en Suisse.
Par la suite, Zaha Hadid s'installe au Liban. Elle y étudie les mathématiques à l'université américaine de Beyrouth avant de déménager à Londres pour étudier l'architecture à l’Architectural Association School of Architecture. Là, elle rencontre Rem Koolhaas, Elia Zenghelis (en), et Bernard Tschumi qui y enseigne. Son mémoire de fin d'études, intitulé Malevich's Tektonik, développe un concept d’hôtel de 14 étages sur le pont de Hungerford à Londres, exécuté sous forme de peinture acrylique et inspiré par les œuvres de l'artiste russe suprématiste Kasimir Malevitch.
Elle rejoint Koolhaas et Zenghelis à l'Office for Metropolitan Architecture (OMA) de Rotterdam, dont elle devient l'associée en 1977, année de l'obtention de son diplôme. Grâce à cette association avec Koolhaas, elle rencontre l'ingénieur Peter Rice, qui l'aide et l'encourage à un moment où ses idées semblent difficiles à construire.
En 1980, elle crée sa propre agence à Londres. En 1983, elle remporte le premier prix du concours pour un club privé à Hong Kong. Les dessins pour ce projet non-réalisé intègrent déjà un grand nombre d'idées qu’elle développera tout au long de sa carrière, et portent la marque de concepts et de formes relativement avant-gardistes pour l’époque. Cependant, au cours de la décennie 1980, elle conçoit et présente un certain nombre de projets qui ne seront pas sélectionnés lors de concours d’architecture, ou auxquels les commanditaires ne donneront pas suite.
En 1988, elle fait partie des sept architectes qui exposent leurs dessins et peintures pour l’exposition Deconstructivism in Architecture organisée par Philip Johnson et Mark Wigley au Museum of Modern Art de New York. Cette exposition, ainsi qu'une conférence à la Tate de Londres et la couverture médiatique de son travail vont non seulement renforcer sa réputation internationale dans le monde de l'architecture mais permettre également au public d'associer son nom au style déconstructiviste. Cette année 1988 voit aussi l’arrivée de Patrik Schumacher au studio d’architecture. Encore étudiant à ce moment, il devient progressivement le bras droit de Zaha Hadid et occupe bientôt le poste de directeur de l’agence. Théoricien et promoteur de la conception paramétrique, Patrik Schumacher permet à l’architecte de convertir les dessins déconstruits de Zaha Hadid en structures réalisables.
Vers une reconnaissance internationale
Sous l'impulsion de Rolf Fehlbaum, le président de la société Vitra, un grand espace consacré au design et à l’architecture est créé autour de l’usine du fabricant de meubles à Weil am Rhein. Zaha Hadid conçoit la caserne des pompiers en 1993, une structure anguleuse à base de pointes et de diagonales en béton brut. L'architecte réalise ainsi son premier projet d’envergure. L’année suivante, elle présente un projet pour le concours du nouvel un opéra de Cardiff au pays de Galles. Son projet est choisi par le jury du concours, mais le gouvernement gallois refuse de le financer et la commande est confiée à un autre architecte. Six ans plus tard, à proximité du campus Vitra, elle achève la construction d’une structure appelée Landscape Formation One. Imaginé dans le cadre du Landesgartenschau 1999 — une exposition horticole — ce pavillon allongé qui se fond dans la nature comprend des zones d’exposition, des bureaux, un restaurant et un passage pour traverser les jardins exposés.
En 2002, Zaha Hadid achève la reconstruction du tremplin de Bergisel, situé à Innsbruck en Autriche, et commandé par la Fédération autrichienne de ski qui souhaite créer à la fois un monument et une installation sportive de haute qualité. Il s'agit de l'un des tremplins les plus importants de la Coupe du monde de saut à ski. Pour ce projet « hybride et organique », selon les mots de Zaha Hadid, l'architecte déploie un équipement sportif épuré (avec une structure en béton haute de 48 m pour une section de 7 × 7 m à sa base) auquel s'ajoute à son sommet un café offrant une vue panoramique 360°.
En 2003, elle achève la construction du Centre d'art contemporain Rosenthal, à Cincinnati, dans l'Ohio. Projet particulier dans la carrière de l’architecte, c’est son premier édifice construit aux États-Unis et il s'agit en outre du premier musée conçu par une femme qui voit le jour sur le sol américain. Le bâtiment s'intègre dans l'environnement extérieur, une rue banale perpendiculaire à la 6e rue : occupant l'angle d’un carrefour, le bâtiment repose sur le concept d'un empilement de boîtes en porte-à-faux. La réalisation est saluée par le critique d'architecture du New York Times Herbert Muschamp comme l'édifice le plus important construit aux États-Unis depuis la guerre froide.
L'année suivante, en 2004, Zaha Hadid reçoit le prix Pritzker. C'est là aussi une première puisqu'elle est la première femme à obtenir cette récompense. Grâce à cette distinction, les commandes vont affluer.
En 2005, elle achève la construction d’un édifice dont elle a remporté le concours en 2000, Le Phaeno, situé à Wolfsburg, en Allemagne, un musée scientifique de 9 000 m2 de surface, destiné à vulgariser et diffuser la culture scientifique et technique. Son concept consiste en une structure surélevée de sept mètres sur des pylônes en béton. Z. Hadid prévoit que l'espace sous le bâtiment soit rempli d'activités : les dix colonnes massives en forme de cône inversé qui soutiennent le bâtiment abritent par exemple un café, une boutique ainsi que l'entrée du musée. Ces supports inclinés s'élèvent à travers le bâtiment et soutiennent également le toit. La structure du bâtiment ressemble à un énorme navire, avec ses murs penchés et ses fenêtres asymétriques. L'intérieur, avec ses colonnes angulaires et sa charpente métallique apparente, donne l'illusion d'être à l'intérieur d'un navire ou dans un laboratoire en activité.
Toujours en 2005, elle achève le nouveau bâtiment administratif pour l'usine du constructeur automobile BMW à Leipzig, en Allemagne. À la suite du concours d’architecture remporté en 2002, elle est chargée d’imaginer l’édifice qu’elle conçoit comme le « centre nerveux du complexe BMW » reliant les trois bâtiments d'assemblage, conçus par d'autres architectes, qui le jouxtent. Comme pour le musée Phaeno, le bâtiment est hissé au-dessus du niveau de la rue sur des pylônes de béton adossés. L'intérieur contient une série de niveaux et d'étages qui semblent être en cascade, portés par des poutres en béton inclinées et un toit soutenu par des poutres en acier en forme de « H ». Selon l’architecte, l'intérieur ouvert vise à « éviter la ségrégation traditionnelle des groupes de travail » et à montrer la « transparence globale de l'organisation interne » de l'entreprise.