Yvette Troispoux (née le 1er juin 1914 à Coulommiers et morte le 11 septembre 2007 à Paris) est une photographe amateur française. Elle fut, aux côtés d'Édouard Boubat, Sabine Weiss, Willy Ronis… « l'une des principales représentantes de la photographie humaniste française ».
Elle fut aussi célèbre pour les photographies de grands photographes qu'elle prenait lors des vernissages de leurs expositions.
Yvette Troispoux, autodidacte, réalise ses premières photographies avec un box AGFA à quarante francs dont elle réalise les tirages 6×9 à l'eau salée.
Elle se lance dans la photographie avec son Kodak Pronto gagné en juillet 1933, grâce à un concours de photographie organisé par la municipalité : « Je voulais garder ceux que j’aimais », dira-t-elle.
En 1934, elle crée avec M. Maillard le club photographique du Grand-Morin de Coulommiers. Son père, Ernest Troispoux, se suicide en février 1936 ; son frère Jean, âgé de 19 ans, meurt en Algérie en 1939. La famille connaît dès lors des difficultés financières accentuées par la guerre et Yvette Troispoux cesse pratiquement de photographier jusqu'en 1947.
Elle a eu deux amours : son frère mort jeune et la photographie, qu’elle pratiqua pendant ses loisirs. Parmi ses premiers portraits de famille, son frère Jean à la gare de Paris-Montparnasse le 12 octobre 1936, dont elle parlait avec beaucoup d’émotion. Ce cliché représente la dernière fois qu'Yvette aura vu son frère : « Demandez-moi quelle est la photo dont je ne me séparerai jamais et je vous répondrai, celle que j'ai prise de Jean ».
1936 est également l'année où elle réalise sa photo Les communiantes, jeunes filles et rivière ; elle y traite de la transparence et de la délicatesse de la nature. Ces thèmes avaient auparavant fait l'objet de recherches formelles par Millais avec sa peinture Ophélie. Elle poursuivra son travail sur autour de la lumière sur l'eau avec notamment sa photo des Deux pirogues à Bangui (1997).
Yvette Troispoux continuera de pratiquer la photo « en amateur », pour ne pas vexer sa mère et aura la passion et le goût du portrait, puis quittera sa ville natale et s’installera en juillet 1947 à Paris, où elle travaillera comme employée de bureau pendant quarante ans dans la même entreprise métallurgique créée par Lazare Weiller, Tréfileries et laminoirs du Havre ou Tréfimétaux en 1960.
En 1953, grâce à la Société française de photographie, elle découvre les 30×40, où chaque jeudi, un professionnel vient à la rencontre des passionnés. Elle photographie les photographes à l'occasion de leurs visites au club, puis lors des vernissages ou des dîners. Elle fut elle-même photographiée par Jane Evelyn Atwood lors des Rencontres d'Arles en 1985.
1958 : Acquisition auprès d'un ami d'un objectif Leica Summarit 1,5 de 50 mm puis un boîtier qui lui permettent enfin d'opérer comme elle souhaite, c'est-à-dire en lumière ambiante sans flash.
Dans le cadre de son activité professionnelle, Yvette Troispoux est amenée à photographier certaines manifestations comme des remises de médailles, les fêtes des Catherinettes et de fin d'année, des matchs de ping-pong… Elle réalise un reportage en usine. Par ailleurs, certaines de ses photographies seront utilisées pour l'illustration du journal d'Entreprise et d'Exportation de la société. Elle participe également à la création d'un groupe de photo.
Elle gagne en 1971 le Grand Prix du Club Photographique de Paris. Le jour où elle rencontra Agathe Gaillard fut le commencement d’une amitié qui dura jusqu’à la fin. À chaque vernissage à la galerie de son amie, ouverte en 1975, elle en profitait pour tirer le portrait du photographe exposé, d’où son surnom de « photographe des photographes ». Yvette se fondait dans la foule et avant même que le sujet ne l'ait reconnue, elle déclenchait son appareil. Gisèle Freund, Robert Doisneau, Édouard Boubat, Brassaï, Helmut Newton, et tant d'autres se sont laissé immortaliser par Yvette Troispoux : « Je crois les avoir tous photographiés, excepté Niépce, l'inventeur de la Photo ! ».[source insuffisante]
Ce n'est que tardivement, en 1982, lors de sa première exposition à la galerie Odéon-Photo à Paris que le grand public découvre son travail réalisé en catimini. Elle est nommée, la même année, sociétaire au Salon d'automne.
Elle a été désignée comme photographe officiel dans le cadre du Mois de la Photo 92 à Paris.
Yvette était un électron libre, qui pendant une cinquantaine d'années, a pris des photos en simple amateur sans se soucier de la valeur marchande. Malgré son grand âge, elle avait une fraîcheur, une spontanéité, une connivence amusée que provoquait son apparition en une sorte de Miss Marple de la photographie. « Elle arrivait avec son Leica et deux ou trois cabas, c'était notre mascotte » et « Si Yvette n'était pas là, c'est que l’événement n'était pas important », raconte François Hébel, directeur des Rencontres d'Arles. « Un beau p'tit bout de femme, d'une modernité latente, d'une innocence pleine de maturité… Il est très difficile de décrire ce qui pouvait émaner d'Yvette avec des mots. Il n'est peut-être pas étonnant qu'elle ait été artiste. Elle fascine par sa simplicité de ses dires et par la longue réflexion qu'il y avait derrière. La vie doit être finalement aussi simple qu'un cliché, qu'une image et c'est alors à nous d'en retirer le bonheur, et la beauté, en toute simplicité… » indique Lauric Duvigneau, un ami d'Yvette Troispoux.
Outre les portraits, elle a réalisé de nombreuses images de Paris et des bords de Seine, notamment de Notre-Dame. Ses sujets de prédilection étaient la vie quotidienne, l’événement, le paysage. Elle effectuait également, pour le plaisir, des reportages. C'était avant tout le témoignage qui l'intéressait.
De nombreuses expositions ont fait connaître son travail en France comme à l'étranger et suscité un nombre important de publications, d'émissions radiographiques et télévisées.
Elle était membre des 30 x 40, le club photographique de Paris, officier de l'ordre des Arts et des Lettres, c'est Robert Doisneau qui lui a remis sa médaille, le 5 mars 1993, à la mairie du 8e arrondissement.