Ce Jour-là

Yves du Manoir

Joueur français de rugby à XV

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Yves Le Pelley Dumanoir dit Yves du Manoir, né le 11 août 1904 à Vaucresson en Seine-et-Oise est un joueur international français de rugby à XV, polytechnicien français mort le 2 janvier 1928 aux commandes de son avion à Reuilly dans l'Indre.

En dépit et en raison de la brièveté de sa vie, il bénéficie d'une très grande popularité en France. En témoigne le grand nombre de stades et de voies qui portent son nom, en particulier le stade de Colombes, près de Paris, temple du rugby jusqu'en 1972 renommé stade Yves du Manoir quatre mois après sa mort. Hommage également que fut en 1931 la création du challenge Yves du Manoir.

Yves Frantz Loÿs Marie Le Pelley Dumanoir est né le 11 août 1904 à Vaucresson en Seine-et-Oise (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine). Il est le huitième enfant d'une fratrie de dix (cinq garçons et cinq filles, dont la dernière enfant Zizi du Manoir) issue du mariage de Mathieu Jules Marie René, vicomte Le Pelley Dumanoir (1863-1924) et de Jeanne Gabrielle Marguerite Marie Compte de Tallobre (1868-1938).

Yves est issu d'une vieille famille normande, il possède parmi ses ancêtres des marins et des corsaires, avec notamment dans sa parentèle le vice-amiral Georges-René Pléville Le Pelley, dit le corsaire à la jambe de bois (1726-1805). Le nom de la famille évolue au cours des siècles pour se stabiliser à « Le Pelley Dumanoir ». Ses quartiers de noblesse datent de la Restauration : son arrière-grand-oncle Pierre Dumanoir Le Pelley (1770-1829) et son arrière-grand-père ont reçu, quasi simultanément, du roi Louis XVIII, les titres respectifs de comte en 1814 et vicomte en 1816, titres reconnus par la commission des preuves de l'Association de la noblesse française le 17 décembre 1949.

Ses parents habitant à Paris, c'est tout naturellement que le jeune Yves fait ses classes rugbystiques dans un des deux (déjà) prestigieux clubs de la capitale : le Racing Club de France (R.C.F.).

Yves du Manoir est élève au collège Saint-Louis-de-Gonzague à Paris lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale. À la rentrée 1914, son père envoie quatre de ses fils au collège Champittet à Lausanne, puis à la rentrée 1915 au collège Notre-Dame de Bon Secours (en) des pères jésuites à Jersey. À la fin de la guerre, les enfants rentrent en février 1919 en France et Yves poursuit sa scolarité à l’école Sainte-Geneviève à Versailles. Son père lui obtient la dispense de treize mois pour se présenter la même année, à moins de 15 ans, au baccalauréat ès-lettres où il est reçu. L'année suivante 1920, il est reçu au baccalauréat ès-sciences (mathématiques élémentaires).

À la rentrée scolaire 1920-1921, il entre en classes préparatoires au Lycée Saint-Louis de Paris et intègre à tout juste 20 ans l'École polytechnique en 1924, où il a en particulier comme camarade de promotion Louis Armand, « crotale de son casert » (chef de sa chambrée).

Il en sort démissionnaire en 1926 mais doit effectuer ensuite la dernière année de l'engagement spécial de trois ans qu'il a contracté le 1er octobre 1924 lors de son admission à l'École et est nommé le 1er octobre 1926 sous-lieutenant dans l'Aéronautique militaire. Il obtient le brevet militaire d'observateur en ballon le 6 septembre 1927 et en a normalement terminé le 30 avec ses obligations militaires.

Il profite alors de l'opportunité qui lui est offerte de passer le brevet de pilote et reprend du service pour un an à compter du 1er octobre 1927.

Au sortir de la guerre de 14 qui aura marqué durablement et le pays et les esprits, la population meurtrie par ces années de souffrance aspire à tourner la page et à reprendre goût à l'existence comme à l'aventure. Ce sont les années folles qui commencent en 1920 et se terminent en 1929 avec le début de la Grande Dépression. Le spectacle sportif participe à cet engouement. La fréquentation des lieux sportifs augmente sensiblement au cours des années qui suivent la guerre et la presse donne à l'événement sportif une audience et une popularité croissantes. Les journaux jouent un rôle majeur dans la promotion du sport en consacrant au travers des pages sportives une notoriété au Tour de France par exemple. C'est également la presse qui familiarise le public avec les grands noms du football et du rugby. D'ailleurs, la pratique de ce sport, limitée avant la guerre aux seuls milieux aisés, s'étend désormais aux couches populaires. Le succès des Jeux Olympiques de Paris en 1924 est en grande partie dû à la promotion qu'en ont faite les journaux français.

La personnalité d'Yves du Manoir réunit de quoi faire rêver le public. C'est un authentique aristocrate — son père est vicomte — sociétaire comme ses frères d'un club huppé où il joue ce sport de voyous pratiqué par des gentlemen. Mens sana in corpore sano, il poursuit des études brillantes et honore simultanément ses premières sélections en équipe de France. Il est bien fait de sa personne, bon camarade, « modeste, gai quoique peu loquace, couvant son rêve intérieur » et ne se prend pas au sérieux. Yves du Manoir « n'attache jamais aux résultats une importance exagérée et ne voit dans le sport qu'un délassement utile et captivant. Sa formule à lui est brève, sans réplique : Nous sommes là pour nous amuser ! Il n'en donne pas moins, à chaque partie, le maximum de ses forces et de son intelligence, heureux de jouer, heureux de vivre. »

Il pratique dès l'enfance diverses disciplines sportives et entend parler du rugby pour la première fois en 1906, époque des débuts de son frère aîné dans l'équipe du collège Stanislas. Au cours de l'année 1919, ses frères Guy et Alain s'initient au rugby dans l'équipe de Sainte-Geneviève ; l'entraînement a lieu pendant la récréation de midi à une heure. Yves ne s'y intéresse pas tout d'abord car il ne se sent pas encore suffisamment aguerri. Il s'isole dans un coin de la cour où se trouvent une barre fixe et quelques agrès : du début à la fin de la récréation, inlassablement pendant plusieurs mois, il travaille sa force et sa souplesse.

Racing club de France et équipe de France

En 1920, élève au lycée Saint-Louis, il demande son admission au club où évoluent ses frères Guy et Alain. Il apprend le rugby dans l'équipe junior, mais n'a pas l'occasion de jouer avec ses aînés qui se trouvent dans les équipes supérieures.

Pendant la saison 1921-1922, Yves continue à concilier ses études supérieures avec la pratique du rugby, en équipe inférieure du Racing et aussi dans l'équipe scolaire du lycée. Son frère Alain a été reçu à Grignon, mais les « frères ennemis » ne peuvent se retrouver que rarement sur le même terrain. Au début de la saison 1922-1923, il a l'occasion de jouer avec son frère et quelques anciens équipiers premiers, au mois de décembre, en équipe troisième, contre la première de l'U.S. de Troyes, puis en février contre Fontainebleau.

Le 4 novembre 1923, au stade de Colombes, on va le chercher sur un terrain voisin en équipe troisième, car il manque un demi d'ouverture dans l'équipe première qui affronte en amical le Stade toulousain. Le dimanche suivant, il va jouer en amical, à Poitiers, avec l'équipe première. Il est dès lors prêt à y tenir sa place et fait un très beau match, le 18 novembre, contre le Stade Français, dans les championnats de Paris de première division. La semaine suivante, contre Cognac, il est associé à son frère qui joue à la mêlée.

Dès ce moment, seuls les matchs de sélection ou internationaux l'éloignent de l'équipe première de son club, avec laquelle il joue un total de 106 parties. Son frère Alain est à l'armée et ne peut plus jouer qu'occasionnellement avec lui. Il dispute alors les poules quarts de finale du championnat de France 1923-1924 et, le 27 avril 1924, le match Paris-Londres.

Pour les saisons 1924-1925 et 1925-1926, du Manoir est à Polytechnique. Il est resté au Racing et joue, en décembre 1924, les matchs de sélection de Toulouse et de Béziers pour le Tournoi des V Nations 1925. Il est sélectionné, le 1er janvier 1925, dans le XV de France, comme demi d'ouverture pour le match France-Irlande à Colombes. Dans une équipe amoindrie par l'élimination, dès le début de la partie, du demi de mêlée, puis du meilleur trois-quarts centre, il garde tout son sang-froid et se multiplie pour résister aux joueurs adverses et contre-attaquer. Yves du Manoir est éblouissant et est désigné « meilleur homme du XV de France ». Ce match fait dire au journaliste Robert Dieudonné : « La première fois qu'on vit paraître dans l'équipe de France ce jeune garçon, la foule, qui ne choisit pas, mais se laisse aller à son instinct, lui consacra tout son enthousiasme. »

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