Yves Régnier, né le 11 novembre 1914 à Alger, en Algérie, et mort le 11 mai 1976 à Évecquemont, en France, est un écrivain, romancier, poète et nouvelliste français. Fonctionnaire français, affecté au ministère des affaires étrangères, il a exercé les fonctions d’attaché culturel, secrétaire d’ambassade et de membre du service de presse à Ankara, Beyrouth, au Caire et Athènes. Il a adapté de nombreux poèmes de Yunus Emre, poète turc des XIIIe et XIVe siècles. Il a rédigé plus d’une vingtaine d’articles dans la Nouvelle revue française, de 1958 à 1976.
Écrivain des passions, de l’amour, des misères, du bonheur et des excentricités, le style d’Yves Régnier a souvent été qualifié par les critiques d’élégant, de raffiné et d’envoûtant. Le 16 novembre 1963, Le Monde écrivait que « Des romans d'Yves Régnier, on sort déconcerté et envoûté par un indéfinissable charme ». L’écriture d’Yves Régnier est qualifiée, toujours en 1963 dans Le Monde, de « précise, claire, parfaitement apte à faire surgir objets, décors et êtres, et douée en même temps d'un halo qui suggère l'irréalité, le rêve et comme la perception des choses à travers une sorte de sommeil ou d'extase ». Yves Régnier « est l'auteur de livres dont la lecture est un réconfort pour tous ceux qui demandent à la littérature autre chose qu'un divertissement superficiel » selon Jean-Pierre Dorian dans Coups de Griffes.
Yves Régnier a reçu en 1958 le Prix des critiques.
Origines, formation et carrière
Yves Régnier est issu d’une famille installée depuis plusieurs générations en Algérie. En 1891, le grand-père paternel d’Yves Régnier a quitté sa Normandie natale pour l’Algérie alors que le grand-père maternel d’Yves Régnier y vivait déjà. Ses deux grands-pères furent administrateurs de la banque d’Algérie. Le père d’Yves Régnier, Pierre-Henry Régnier exerça l’activité de commerçant à Alger dans le domaine du café. Yves Régnier est d’ascendance américaine par sa grand-mère paternelle, Anna Virginie Bascom.
En 1938, Yves Régnier est décrit dans l'Écho d’Alger comme un jeune homme timide, intelligent et sympathique. Yves Régnier a fait des études de sociologie et d’ethnologie. De janvier à juin 1938, Yves Régnier va vivre avec les Chaamba. Il partagera le quotidien des tribus pour mieux s’imprégner de leur culture et de leur mode de vie. Les qualités humaines d’Yves Régnier ont séduit les tribus qui lui décerneront le titre de chaambi. Il obtiendra un doctorat. Sa thèse, titrée Les petit-fils de Touameur, toute « baignée d’amour pour le Sahara », a été publiée en 1938 chez Hérissey, puis en 1939 chez Domat-Montchrestien.
Après ses études, Yves Régnier est devenu fonctionnaire et a intégré le Quai d’Orsay. Il a occupé les postes d'attaché, puis de secrétaire d'ambassade à Ankara, à Beyrouth et au Caire, où il a fait fonction d'attaché culturel. Concomitamment à cette période, et même dès 1945, Yves Régnier a commencé à écrire. Le 16 juin 1945, Yves Régnier a publié dans Les Nouvelles hebdomadaires, sous l'anagramme de Serge Virney, une nouvelle intitulée Le Sultan, un Général et la Princesse de Garamantes. Ce texte, d'inspiration orientaliste, a été édité, pour la première fois et à titre posthume, en 2020.
En 1951, Yves Régnier s’installe à Elisabethville-Aubergenville, commune d'Epône, dans une propriété appelée Au bout du monde. À peine installé, il est nommé le 5 mars 1952, chef du service de presse et d’information à la résidence générale en Tunisie. Au retour de Tunisie, Yves Régnier présente sa démission qui est refusée. Il est alors placé en disponibilité. Yves Régnier reste Au bout du Monde et se consacre pleinement à la littérature.
Quelques années plus tard, Yves Régnier sera affecté en Grèce. Malheureusement sa santé de dégrade. Il fait un infarctus du myocarde. En 1965, Yves Régnier, toujours affaibli, quitte la Grèce pour revenir à Paris.
En 1971, Yves Régnier a été nommé consul général de France à Oujda au Maroc puis à Fez. En 1974, il rentre définitivement en France. En mai 1976, il est hospitalisé dans une clinique dans les environs d’Aubergenville-Elisabethville. Le 11 mai 1976, toujours en soin, il décède d'une insuffisance cardiaque.
Yves Régnier disparaît quelques mois après avoir publié chez Gallimard son ultime ouvrage Paysage de l'Immobilité.
Si le poste d’attaché culturel a favorisé les rencontres entre Yves Régnier et le milieu littéraire, son talent a très vite été remarqué par des hommes qui favorisèrent sa carrière d'écrivain. Deux hommes auront contribué à la reconnaissance d’Yves Régnier : Jean Grenier et surtout Jean Paulhan.
Jean Grenier n’hésitera pas à vanter la qualité littéraire de la production d’Yves Régnier. Jean Grenier présenta Le Royaume de Bénou comme un livre dont « il est impossible de donner une idée», un livre qu’il qualifie d’« inclassable » : « ce n’est ni un conte de fées à la d’Aulnoy, ni un souvenir d’enfance comme Le Grand Meaulnes, ni un récit d’aventures comme Robinson, ni une parabole taôiste à la manière de Tchouang-Tzeu, mais comme une lettre familière et qui est adressée à chacun de nous par un ami intime et qui a été écrite à l’aurore. »
Jean Paulhan sera l’ami d’Yves Régnier. Il lui ouvrira les portes de la Nouvelle revue française et de Gallimard. Jean Paulhan, ainsi que Dominique Aury, ont fait partie des personnalités littéraires reçues chez Yves Régnier. Le décès de Jean Paulhan, en 1968, a été durement ressenti par Yves Régnier.
Yves Régnier a été publié de son vivant par trois éditeurs. Sa carrière littéraire a commencé chez GLM. Yves Régnier a fait partie des auteurs ayant participé à la belle aventure de la maison d'édition fondée par Guy Lévis Mano. Ce dernier, ami de Jean Cocteau, publia Paul Eluard, Man Ray, Philippe Soupault, René Char, Pierre Jean Jouve ou encore Jacques Prévert. Guy Lévis Mano, poète et éditeur exigeant, publia trois ouvrages d’Yves Régnier :
Poèmes de Yunus Emré en septembre 1949. Il s’agit d’une adaptation par Yves Régnier de poèmes de Yunus Emré traduits par Burhan Toprak (directeur de l’Académie des Beaux-arts d’Istanbul). Yves Régnier a dédié cet ouvrage au parrain de son fils (Daniel Régnier) : le compositeur Maurice Ohana.
L’office de six heures, publié en octobre 1949, regroupe vingt-et-un courts textes d’Yves Régnier. L’ouvrage est dédié au poète libanais Georges Schehadé.
Un monde aveugle, en juin 1952. Cet ouvrage contient vingt-et-un textes d’Yves Régnier et est dédié à Jean Grenier.