Yves Guéna, né le 6 juillet 1922 à Saint-Pierre-Quilbignon, aujourd'hui un quartier de Brest, Finistère, et mort le 3 mars 2016 à Paris 16e, est un haut fonctionnaire, homme politique, écrivain et résistant français.
Gaulliste de la première heure, il combattit dans les Forces françaises libres durant la guerre puis fut député de la Dordogne, ministre sous les présidences de de Gaulle et Pompidou, sénateur, conseiller général et maire de Périgueux. Nommé membre du Conseil constitutionnel français en 1997, il préside cette institution de 2000 à 2004.
Yves Guéna est le fils d'Yves Guéna (1896-1987) et d'Eugénie Kernaléguen (1902-1981).
Élevé dans une famille modeste, il est scolarisé au lycée de Brest, sa ville natale. Il y obtient le baccalauréat en 1939 puis est admis en hypokhâgne à Rennes. Après la Seconde Guerre mondiale, il passe avec succès le premier concours de l'École nationale d'administration et intègre la promotion 1946-1947 (France Combattante). Il obtient 20/20 en « note de civisme » du fait de son parcours pendant la guerre, et fait partie des derniers admis. Il effectue son stage préfecture à la préfecture de la Seine, au sein du bureau des cimetières, et son stage international au Maroc. Il sort très bien classé.
Il épouse, le 23 juillet 1945, Oriane de La Bourdonnaye-Blossac (1924-2018), fille du comte Alphonse de La Bourdonnaye-Blossac et d'Élisabeth de La Panouse, elle-même fille de Sabine de Wendel. Il l'a rencontrée en 1944, lors de sa convalescence à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, alors qu'elle est infirmière. Ils ont sept enfants : cinq fils et deux filles, et la famille passera les vacances au château de Chantérac en Dordogne d'où est originaire Oriane de La Bourdonnaye. Sa fille Brigitte est l'épouse du juriste et président de la cour européenne des droits de l'homme Jean-Paul Costa (1941-2023).
Après la défaite de la France lors de la bataille de France et la demande d'armistice du maréchal Pétain, annoncée aux Français le 17 juin 1940, Yves Guéna, 17 ans, élève au lycée de Brest, entend parler de l'appel à la résistance lancé par le général de Gaulle le soir du 18 juin 1940. Le lendemain, il monte à bord d'un remorqueur de la marine qui l'emmène à Ouessant. Puis, dans la nuit du 19 au 20 juin, il embarque sur un chalutier en direction de l'Angleterre. Arrivé à Plymouth, il est envoyé à Annerley School, près de Londres, avant de rejoindre l'Olympia Hall, où sont regroupés les engagés de la France libre. Le 6 juillet, le général de Gaulle vient les rencontrer. Dirigé ensuite vers le camp de Camberley, il participe au défilé du 14 juillet 1940, à Londres. En 1941 il envoie de Londres une lettre à ses parents pour leur expliquer son engagement.
Après une longue période de formation il est envoyé en Afrique et, en 1942, il est affecté dans une automitrailleuse du 1er régiment de marche de spahis marocains (1er RMSM) avec lequel il participe notamment à la seconde bataille d'El Alamein le 24 octobre 1942. En 1944, lieutenant au 1er peloton du 4e escadron du RMSM, il débarque avec la 2e DB du général Leclerc, il est grièvement blessé le 11 août près d'Alençon lors de la bataille de Normandie. Fin 1944 il reprend le combat avec la 2e DB en Alsace et va jusqu'à Berchtesgaden en Allemagne.
En 1947 il devient contrôleur civil au Maroc, puis maître des requêtes au Conseil d'État.
En 1958-1959 il est conseiller technique, puis directeur de cabinet du garde des Sceaux, Michel Debré.
Entre le 4 juin et le 14 juillet 1958 il travaille, avec un petit groupe informel sous le contrôle du général de Gaulle, à la rédaction de la constitution de 1958 qui régit la Cinquième République. Ce travail a été remis, à partir du 15 juillet, au comité consultatif constitutionnel chargé d'établir la nouvelle constitution. La constitution est approuvée par les Français lors du référendum du 28 septembre, et promulguée le 4 octobre 1958.
En janvier 1959 il devient directeur adjoint de cabinet du Premier ministre, Michel Debré. Il est nommé, en juillet 1959, haut-commissaire puis, à partir du 8 août 1960, le lendemain de l’indépendance de la Côte d'Ivoire, envoyé exceptionnel plénipotentiaire dans ce pays.
Il est député de la Dordogne entre 1962 et 1981 avec des interruptions de son mandat lors de ses fonctions ministérielles. Le 25 novembre 1962, lors du deuxième tour des élections législatives, il est élu député de la première circonscription de la Dordogne sous l'étiquette Union démocratique du travail (UDT), battant de 16 voix le candidat communiste et ancien député Yves Péron. Il exerce son mandat jusqu'au 6 avril 1967 dans le groupe UNR (Union pour la nouvelle République), devenu UDR (Union des démocrates pour la République).
En 1964 il échoue aux élections cantonales en Dordogne. Aux élections municipales de mars 1965, il est candidat à la mairie de Périgueux. Il est battu par le maire radical sortant Lucien Barrière.
Il est réélu député de la première circonscription de la Dordogne en mars 1967 sous l'étiquette Union des démocrates pour la Cinquième République (UD-Ve)
Le 6 avril 1967, sous la présidence de Charles de Gaulle, il devient ministre des Postes et Télécommunications dans le gouvernement Pompidou IV, jusqu'au 31 mai 1968. En 1967, alors que 7 Français sur 10 ne sont pas équipés d'un téléphone, il lance le programme « téléphone pour tous ». Il soutient le développement des satellites de communication, conduisant quelques années plus tard au programme de la fusée Ariane. Il soutient aussi le programme Airbus, le développement des TGV et de l'aéroport de Roissy . Localement, il fait implanter l'imprimerie nationale des timbres-poste à Boulazac, commune voisine de Périgueux. Lors des événements de Mai 68, il est chargé par le Premier ministre Georges Pompidou, en tant que ministre des PTT, de « remettre de l'ordre » dans les radios périphériques en les menaçant de leur couper les fréquences si elles continuent à couvrir de façon trop favorable les manifestations étudiantes. Du 31 mai au 10 juillet 1968, il est ministre de l'Information.
Après la dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968, il est réélu le 23 juin 1968, député de la première circonscription de la Dordogne sous l'étiquette UDR.
Le 12 juillet 1968 il est de nouveau nommé ministre des Postes et Télécommunications dans le gouvernement Couve de Murville, toujours sous la présidence de Charles de Gaulle, puis celle d'Alain Poher, président du Sénat qui remplace — à partir d'avril 1969 — de Gaulle à la présidence de la République à la suite de la démission de celui-ci. Yves Guéna reste ministre jusqu'au 20 juin 1969.
En 1970 il est élu conseiller général de la Dordogne. Réélu, il exerce la fonction jusqu'en 1989, siégeant dans l'opposition départementale.