Yves Gibeau, né le 3 janvier 1916 à Bouzy dans le département français de la Marne (en Hauts-de-France depuis 2014) et mort le 14 octobre 1994 à Roucy (département de l'Aisne), est un écrivain et pacifiste français.
Né de père inconnu, fils d'un soldat de la Première Guerre mondiale au repos, Yves Gibeau a été adopté par l'adjudant-chef Gibeau. Il obtient son certificat d’études à Avaux (Ardennes) où son père est devenu cultivateur. Il passe une partie de sa jeunesse sous l'uniforme de 1929 à 1939. D'abord enfant de troupe malgré lui aux Andelys (1929-1934), puis à Tulle et Saumur (1934-1939), il est mobilisé en 1939 et, en 1940, il est prisonnier de guerre. Il est rapatrié d'Allemagne en décembre 1941 et gagne ensuite sa vie à l'aide d’emplois temporaires.
Il exerce quelque temps le métier de chansonnier (il est alors très proche de Boris Vian), devient à la Libération journaliste à Combat, puis rédacteur en chef du journal Constellation où il publie régulièrement des mots croisés sous le pseudonyme d'A. Sylvestre (nom du héros principal du Grand Monôme). Il conserve de son expérience sous les drapeaux des convictions résolument pacifistes et une haine tenace de la chose militaire.
Dans son ouvrage le plus connu, Allons z'enfants paru en 1952 (qui a donné un film d'Yves Boisset en 1980), et roman largement autobiographique, il revient avec le personnage de Simon Chalumeau sur son passé d'enfant de troupe en décrivant un milieu caractérisé par la bêtise et la brutalité Il écrivait : « Mais Simon ne revint pas s’assoir à la table. Réfugié dans sa chambre, et déshabillé, couché maintenant, il méditait sa rancœur, accumulait les projets de fuite, de suicide, même, soudain prêt à toutes les tentatives. » Le livre, sorti en pleine guerre d'Indochine et bientôt d'Algérie, est mis à l'index par l'armée française. Étienne Lalou faillit perdre sa place de critique littéraire à la R. T. F pour avoir évoqué dans son émission de radio, Le goût des livres le roman d'Yves Gibeau. Le 26 mars 1954, l'écrivain de 37 ans dédicace, entre autres endroits, ses œuvres au Palais de la Mutualité à l'invitation du journal Le Libertaire.
Fervent amateur de bicyclette, il est journaliste à l'Equipe et il suit le Tour de France en 1957.
Il réside à partir de 1981 dans un ancien presbytère à Roucy, petit village à quelques kilomètres du Chemin de Dames. Quoique pacifiste, il éprouve une fascination pour les lieux de batailles de 14-18. Pendant sa retraite, il va parcourir le secteur de Craonne, du Chemin des Dames et de ses environs.
En particulier, il note qu’aucune plaque commémorative de la présence sur le front, du sous-lieutenant Kostrowitzky (Guillaume Apollinaire) du 96e R.I. n’existe. Aussi le 24 mars 1990, il inaugure la stèle qu’il venait de faite ériger, à ses frais, en hommage à Guillaume Apollinaire, aux lieux-dit le Bois des Buttes (près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert), là où le poète fut blessé le 17 mars 1916.
Sur la stèle du poète, Yves Gibeau a écrit ce court poème-épitaphe :
« En ce lieu dit le Bois des Buttes,
Guillaume Apollinaire 1880-1918.
Du temps qu’il était militaire
— Rêverie (Guillaume Apollinaire)
Yves Gibeau tient pendant plusieurs années, jusqu'à sa mort la rubrique mots croisés du magazine L'Express.
Mort le 14 octobre 1994 à Roucy, il est enterré selon sa volonté dans le cimetière du Vieux Craonne, aux pieds du Chemin des Dames, village totalement détruit pendant la Première Guerre mondiale, célèbre pour être le lieu de l'offensive Nivelle (16 avril 1917) et qui a inspiré la Chanson de Craonne. Il est inhumé à côté de la sépulture supposée d'un soldat allemand de la Première Guerre mondiale.
Plutôt qu'au Père-Lachaise où l'on se bouscule, les morts et les vivants les jours de fastueuses funérailles, c'est dans ce vieux cimetière de l'ancien Craonne que j'aimerais finir. Dans la broussaille, les herbes folles, les vraies fleurs sans celluloïd. A l'entrée, à même le chemin, on y a enterré un soldat allemand en 18, à la va-vite. Il y est toujours, parait-il. Sans nom, sans croix, sans rien. Unbekannt. Comme le nôtre. »
Le prix Yves Gibeau, décerné par un jury composé de collégiens et lycéens volontaires, récompense une œuvre littéraire choisie parmi cinq ouvrages d'auteurs contemporains parus en édition de poche. Il est remis lors de la Fête du Livre, en septembre, à Merlieux-et-Fouquerolles, petite commune de l'Aisne.
Une rue d’Avaux, petit village des Ardennes, en limite de la Marne et de l'Aisne, où il a vécu sa jeunesse, porte son nom.
1946: Cinq Ans de prison, éditions Malesherbes (ouvrage collectif. Contributions de : Yves Gibeau, Maurice Blézot, Maurice Bruezière, Maurice Gabé, Jean Darlac. Illustrations de Gustave Gautier)