Yves Boisset, né le 14 mars 1939 dans le 5e arrondissement de Paris et mort le 31 mars 2025 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), est un réalisateur et scénariste français.
Réputé pour défendre un cinéma à la fois populaire et le plus souvent engagé à gauche durant les décennies 1970 et 1980, Yves Boisset affectionne une certaine spécialité dans les films policiers ou d'action : il met souvent en scène des films critiques contre la politique conservatrice de droite, les dérives policières ou de l'armée, contre le racisme ordinaire ou la calomnie, ou encore représentant une critique acerbe des médias et d'un certain type de télé poubelle commerciale.
Yves Félix Claude Boisset naît le 14 mars 1939 dans le 5e arrondissement de Paris. Sa mère est professeure d'allemand et son père professeur de lettres puis inspecteur général de l’Instruction publique. Alors qu'il a 4 ans, sa nourrice l'emmène au cinéma pour la première fois. En entrant dans la salle, il est si terrifié par une scène de fusillade du film Dernier Atout de Jacques Becker (1942) qu'il doit sortir et en fait une jaunisse. Alors qu'Yves a 8 ans, son frère cadet meurt accidentellement en avalant un médicament pour adultes.
À 15 ans, le réalisateur Claude Autant-Lara lui propose le rôle du jeune homme dans Le Blé en herbe mais son père refuse et menace Autant-Lara de porter plainte pour détournement de mineur.
À 17 ans, alors qu'il est en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, Yves Boisset quitte le domicile familial car son père apprend qu'il a fait de la figuration dans Les Tricheurs de Marcel Carné. Pour gagner sa vie, il devient journaliste au journal Paris Jour où il couvre les faits divers tout en suivant une licence d'histoire. Il est reçu premier au concours de l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) mais abandonne ne supportant pas la discipline ni la répression. Passionné de théâtre et de cinéma, Paris Jour lui permet d'interviewer des acteurs et des metteurs en scène. Il rencontre ainsi le réalisateur Yves Ciampi qui lui propose de faire des recherches historiques pour son prochain film Qui êtes-vous, monsieur Sorge ? puis de devenir son assistant.
Yves Boisset est champion de France d'athlétisme avec le record du 300 mètres.
Après avoir fait son service militaire en Algérie, Yves Boisset collabore à des revues spécialisées (Cinéma, Midi-Minuit fantastique), tout en écrivant dans l'hebdomadaire Les Lettres françaises, et travaille avec Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier à la première édition (1960) du livre Vingt Ans de cinéma américain. Il devient assistant réalisateur, notamment pour Jean-Pierre Melville (dans L'Aîné des Ferchaux), Claude Sautet (L'Arme à gauche), Sergio Leone (Le Colosse de Rhodes), René Clément (Paris brûle-t-il ?) et est chargé par Stanley Kubrick de rechercher des décors pour 2001, l'Odyssée de l'espace. En 1968, il signe son premier long-métrage de commande et se fait la main comme réalisateur, pour le populaire film d'action intitulé Coplan sauve sa peau, suite de Coplan ouvre le feu à Mexico sorti en 1966, pour lequel il a déjà été assistant-réalisateur. En 1970, avec la sortie de son premier polar Cran d'arrêt, il entame une œuvre cinématographique bien plus personnelle et engagée.
Dans les années 1970, il incarne un cinéma de gauche, s'inspirant souvent d’événements réels : la police (Un condé), l'affaire Ben Barka (L'Attentat), le racisme (Dupont Lajoie) pour lequel il demandera une co-écriture du scénario à Jean-Pierre Bastid et Michel Martens, l'intrusion de la politique dans le judiciaire (Le Juge Fayard dit « le Shériff »). Il est également un des premiers à aborder la guerre d'Algérie (avec R.A.S.).
Considéré comme courageux dans ses prises de positions dans la France des années 1970, le réalisateur exploite des dossiers bien étudiés et documentés, analysant chaque maillon et les rouages des complots mettant en cause services spéciaux, officines clandestines, grand banditisme et autres groupuscules. En 1976, il témoigne dans le documentaire Chantons sous l'Occupation d'André Halimi. Par ailleurs, il fait adapter ou co-adapte plusieurs auteurs reconnus : Jean-Patrick Manchette pour Folle à tuer (1975), Michel Déon avec Un taxi mauve (1977), Marie Cardinal pour La Clé sur la porte (1978), Jean Vautrin pour Canicule (1984), Philippe Djian pour Bleu comme l'enfer (1986).
En 1980, pour défendre des objecteurs de conscience à qui le statut a été refusé, certaines personnalités bravent la loi qui réprime l'hébergement d'un assujetti recherché pour insoumission et le revendiquent. Yves Boisset est partie prenante de cet engagement. Durant cette période, il ne réussit pas à obtenir la production de Barracuda, film policier co-écrit avec Jean-Patrick Manchette, ayant pour toile de fond le commerce officiel des armes. Il subit de nombreuses pressions et finit par réécrire le scénario avec Jean Vautrin pour réaliser Canicule. Son dernier long métrage de cinéma en date est La Tribu, sorti en 1991.
Ensuite, après des échecs commerciaux et une perte de liberté, il se consacre exclusivement à la télévision, avec des réalisations historiques : L'Affaire Seznec (1993), L'Affaire Dreyfus (1995), Le Pantalon (1997) (affaire Lucien Bersot, fusillé pour l'exemple), Jean Moulin (2002), L'Affaire Salengro (2009). Ayant enquêté sur les massacres de membres de l'ordre du Temple solaire (OTS) pour son film Les Mystères sanglants de l'OTS, il est entendu en 2006 comme témoin de la défense lors du procès du chef d'orchestre franco-suisse Michel Tabachnik. Boisset projète de réaliser un documentaire consacré à l'affaire des « torturées d'Appoigny » dite « affaire Dunand » mais il aurait mis fin à ses recherches, du fait de nouvelles pressions.
En 2011, il publie son autobiographie La vie est un choix.
Yves Boisset meurt dans la matinée du 31 mars 2025 à l'âge de 86 ans, à l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret, où il était soigné depuis plusieurs jours.
Ses obsèques ont lieu le 11 avril à l'église Saint-Roch de Paris, suivies par l'inhumation dans le caveau familial maternel au cimetière du Père-Lachaise (division 57, tombe no 2 face à la 58e division et no 46 face à la 4e division), auquel le cinéaste avait par ailleurs dédié un documentaire.
Caractéristiques du cinéma d’Yves Boisset
Réputé pour défendre un cinéma à la fois populaire et engagé, Yves Boisset affectionne une certaine spécialité dans les films policiers ou d'action, comme Cran d'arrêt (1970) avec Bruno Cremer, Un condé (1970) avec Michel Bouquet et Françoise Fabian, où les rôles féminins sont de premier plan, comme pour Folle à tuer (1975) avec Marlène Jobert, La Femme flic (1980) avec Miou-Miou, Canicule (1984) avec Miou-Miou et Lee Marvin ou encore Bleu comme l'enfer (1986) avec Myriem Roussel et Lambert Wilson. Il met souvent en scène des films critiques contre la politique conservatrice de droite, les dérives policières ou de l'armée, comme avec Le Saut de l'ange (1971) avec Jean Yanne, L'Attentat (1972) avec Jean Seberg, Jean-Louis Trintignant et Michel Piccoli, R.A.S. (1973) avec Jacques Spiesser, Jacques Weber, Le Juge Fayard dit « le Shériff » (1977) avec Patrick Dewaere ou encore Espion, lève-toi (1982) avec Lino Ventura et Michel Piccoli.
Boisset exploite parfois la provocation et l'ironie contre le racisme ordinaire ou la calomnie, dans Dupont Lajoie (1975) avec Jean Carmet, Allons z'enfants (1981) avec Lucas Belvaux et Jean Carmet ainsi que Radio Corbeau avec Claude Brasseur (1989), mais plus rarement, la comédie La Clé sur la porte (1978) avec Annie Girardot ou les films d'action portant une critique acerbe des médias et de la télévision avec Le Prix du danger (1983) avec Gérard Lanvin, Michel Piccoli et Marie-France Pisier. En 1991, toujours très critique envers les milieux d'extrême droite, son dernier long métrage de cinéma La Tribu sort en salles, avec Stéphane Freiss, Catherine Wilkening et Jean-Pierre Bacri.
À partir de la fin des années 1960 et durant la décennie 1970, alors que la France est gouvernée par la droite et les conservateurs depuis la fin des années 1940, Yves Boisset s'engage pour défendre un cinéma d'opposition, révélant les dérives contemporaines de la société française ou encore, l'abus de la Raison d'État aux côtés d'autres réalisateurs comme notamment Alain Cavalier, Costa-Gavras, Marcel Ophüls, Joseph Losey, José Giovanni, Paul Vecchiali, Michel Drach, Laurent Heynemann ou Louis Malle.