Young Perez, de son vrai nom Messaoud Hai Victor Perez, né le 20 mars 1911 à Tunis (protectorat français de Tunisie) et mort le 22 janvier 1945 à Gliwice (Pologne), est un boxeur tunisien. En 2022, il détient toujours le titre de plus jeune champion du monde dans sa catégorie.
Issu d'une famille modeste de la communauté juive tunisienne, il se passionne assez tôt pour la boxe, un sport alors très populaire dans son pays, et se lance sous la protection de son entraîneur Joe Guez. S'illustrant vite sur la scène locale, il part pour Paris où, devenu champion de France des poids mouches en battant Valentin Angelmann, il finit par affronter Frankie Genaro pour le titre de champion du monde de cette même catégorie. Sacré le 26 octobre 1931, à l'âge de vingt ans, il est accueilli en héros à son retour à Tunis. Il entame durant cette période une relation amoureuse avec l'actrice française Mireille Balin, qui finit toutefois par décliner sa demande en mariage.
Après avoir cédé son titre de champion du monde le 31 octobre 1932 au profit de Jackie Brown, il entame une période plus difficile, marquée notamment par sa prise de poids et sa défaite contre Panama Al Brown. Il accepte pourtant de combattre à Berlin, au lendemain de la Nuit de Cristal (1938), dans un climat politique marqué par un antisémitisme déclaré. Faisant le choix de ne pas rentrer en Tunisie, malgré la déclaration de guerre de septembre 1939, il est arrêté le 21 septembre 1943 et déporté de la gare de Bobigny vers le camp d'Auschwitz. Survivant, il est abattu au cours des marches de la mort qui suivent l'évacuation partielle du camp.
Issu d'une famille juive tunisienne, Messaoud Hai Victor Perez naît place des Potiers à El Kallaline, dans le quartier juif de Tunis, la Hara, le 20 mars 1911. D'autres sources donnent la date du 18 mai 1911, ou encore du 18 février 1912. Issu d'une fratrie de six enfants, il vit à Dar El Berdgana, qui signifie la « maison de la bergamote », sur la rue Ettoumi, une très célèbre résidence où vivent quatre familles juives, devenue modeste en raison de son mauvais entretien.
Bien que sa famille ne soit pas de nationalité française, son père, Khaïlou, a francisé son nom en René, ce qui est à la mode à l'époque du protectorat français de Tunisie. Il tient une petite boutique de bibelots, située rue d'Espagne, dans le souk El Grana, près du marché central dans la médina.
Découverte d'un sport populaire
Lors du pogrom organisé à l'encontre de la communauté juive tunisienne par des civils français et arabes, survenu au lendemain de la Première Guerre mondiale, il est caché sous son lit, avec son frère aîné Benjamin, par sa mère Khmaïssa. Dès avril 1924, Perez affirme vouloir devenir boxeur : c'est pourquoi, dès l'âge de treize ans, il commence à ne plus fréquenter les cours que dispense l'Alliance israélite universelle.
Il est impressionné par les boxeurs Georges Carpentier, Jack Dempsey et Eugène Criqui, mais surtout par Battling Siki qu'il découvre dans Le Miroir des sports et auquel il s'identifie par moments. Victor rend souvent visite au cordonnier du quartier, Léon Benamou, surnommé Monsieur Léon, un Juif français originaire de Bône (actuelle Annaba en Algérie), décoré de la Croix de guerre 1914-1918 et dont la boutique se situait rue Sidi Mardoum. Il y va surtout le mardi soir, après avoir lu les journaux, pour commenter avec lui les actualités sportives.
Un soir, il y rencontre l'avocat Fernand Mossé, surnommé « Moustache d'or » en raison de sa moustache blonde. Ce dernier, avec son père également avocat à Tunis, préside le cercle pugilistique tunisien et de nombreuses organisations et clubs de sport. Quelques jours plus tard, à quatorze ans, il intègre avec ses amis Abraham Smadja, Albert Zuili, les frères Édouard et Edmond Zerbib et son frère aîné, le club omnisports du Maccabi de Tunis, situé rue Haouarioun ; le club forme à l'époque de nombreux champions dont, entre autres, les footballeurs de l'Union sportive tunisienne (UST) et quelques nageurs. Il y est entraîné par le directeur de la salle, Kiki Boccara, qui rêve de former des futurs champions, et son assistant Joe Guez, de son vrai prénom Joseph.
Le premier match auquel il peut assister oppose le Tunisien Ben Tahar à un boxeur algérien et voit le Tunisien s'imposer. Une fois les places achetées par maître Mossé, il se fait accompagner par ses amis et sa voisine Poupette, Italienne par son père et Juive tunisienne par sa mère. Victor et ses amis commencent alors à assister à de nombreux combats grâce aux apports financiers de Mossé. Un jour, chacun des membres du groupe choisit le surnom qu'il portera en tant que boxeur. Le frère de Victor, Benjamin, choisit « Kid Perez ». Victor Perez et Édouard Zerbib ont tous les deux envie de s'appeler « Young ». Joe Guez leur propose alors de départager leur prénom sur le ring, lui-même étant leur arbitre et juge unique. Ils acceptent et Victor remporte finalement le combat, commençant dès lors à s'appeler « Young Perez ». Plus tard, Joe Guez se sépare de Kiki Boccara et ouvre sa propre salle sur l'avenue de Londres. Il est suivi par tout le groupe, dont Victor, auquel il s'est d'ailleurs beaucoup attaché. Selon lui, le jeune homme peut aller loin dans la catégorie des poids mouches. Aussi Victor commence à bien se débrouiller et peut livrer quelques combats : il réalise son premier combat officiel lors d'une soirée pugilistique au Palmarium contre un Tunisien à peine plus âgé que lui. Il demande que son short noir soit orné de l'étoile de David.
Après un début de match hésitant, Victor impose son jeu de jambes et remporte le combat aux points ; sa victoire lui rapporte soixante francs tunisiens. Le lendemain, Victor est cité dans le quotidien local Le Petit Matin ; le reporter y écrit que Young Perez est promis à un grand avenir. Âgé d'à peine seize ans, il se produit régulièrement contre d'autres jeunes amateurs et perçoit quelques petits cachets. Son nom apparaît régulièrement dans la rubrique sportive du quotidien Le Petit Matin : « L'espoir tunisien Young Perez a battu aux points le jeune Sfaxien Kid Moktar ». Il remporte aussi un combat contre un Italien du même âge que lui à Bizerte et effectue d'autres combats à Sousse, Sfax et Souk El Arba. Kid Perez part alors pour Paris et commence à gagner sa vie comme sparring-partner, envoyant des lettres pour inciter Young à le rejoindre : « Ici il y a plein de jolies femmes. On peut s'entraîner avec les meilleurs managers, rencontrer des gens connus, des sportifs et des artistes en se promenant le soir à Montparnasse ou à Montmartre ». Young effectue son dernier combat avant de partir pour Paris contre le champion tunisien et d'Afrique du Nord, Salah El Bahri, dit Young Salah, combat qui se solde par un nul.
Comme beaucoup de boxeurs nord-africains vers la fin des années 1920 ou dans les années 1930, Young part pour la France. Il s'y rend en 1927 ou 1928 dans le plus parfait anonymat, avec ses amis Joseph Bellaïche, dit Jojo, et Julot Baranès, falsifiant la signature de l'autorisation parentale. Il parvient à obtenir un billet de quatrième classe sur le Gouverneur général de Gueydon qui les emmène à Marseille ; ils prennent ensuite le train pour Paris en troisième classe. À Paris, il travaille comme vendeur de chaussures tout en s'entraînant à l'Alhambra, une salle située rue Oberkampf ; il y rencontre un agent coté de Paris, Léon Bellières, qui le remarque et devient son entraîneur.
À l'âge de 17 ans, il signe son premier contrat et livre son premier match professionnel au Central sporting club, rue du Faubourg-Saint-Denis, le 4 février 1928, contre un jeune Italien qu'il bat facilement aux points. André Nahum considère ce match comme le « combat le plus important de sa courte carrière ». Plus tard, Young Perez loge dans une pension de famille, boulevard Saint-Michel, près du jardin du Luxembourg, tout en continuant à suivre rigoureusement la discipline que lui impose Léon Bellières. Le 2 mars 1929, il assiste au combat qui oppose Frankie Genaro à Émile Pladner et qui voit ce dernier devenir champion du monde poids mouches après une victoire par KO. Le 3 décembre de la même année, il crée la « surprise » en battant l'espoir René Challenge ; à l'issue de ce match, le chroniqueur de Match l'intran le qualifie de boxeur « à suivre ».