Yma Súmac (née Zoila Augusta Emperatriz Chávarri del Castillo le 13 septembre 1922 dans un village à proximité d'Ichocan (es), dans la région de Cajamarca (vraisemblablement), ou à Callao selon d'autres sources, et décédée le 1er novembre 2008 à Los Angeles), est une chanteuse péruvienne.
Zoila Augusta Emperatriz Chávarri Castillo est née le 13 septembre 1922 à Callao et a grandi à Ichocán, dans le département de Cajamarca (Pérou) où ses parents sont propriétaires d'une hacienda. Elle est la dernière de six enfants, précédée de trois sœurs et deux frères. Dans la mythologie et dans la légende inca, la position de dernière fait d'elle la descendante de la grande lignée royale inca pour la raison suivante : le dernier des enfants bénéficie de l'expérience et de la sagesse des autres enfants de la famille. Certaines biographies affirment qu'elle aurait été l’une des descendantes du dernier souverain de l'Empire inca, Atahualpa.
Depuis son plus jeune âge, « Perita » (surnom que lui ont donné ses amis), a exprimé le désir d'être chanteuse. Ce projet est fermement repoussé par ses parents, Sixto Chávarri (architecte d'origine basque-espagnole) et Emilia Castillo Atahualpa (enseignante d'origine inca et européenne), pour qui « chanteuse » n'est pas une carrière envisageable pour une jeune fille. Zoila s'entraîne au chant dans la montagne, répète des chansons folkloriques de son pays en imitant le chant aigu des oiseaux. Cette pratique lui permettra de devenir l'une des rares chanteuses à acquérir une voix qui s'étend sur quasiment cinq octaves.
« Les sons étranges que j'ai entendus dans la montagne ne sont pas les mêmes que ceux de la jungle, l'Amazonie au Pérou. L'Amazonie regorge de sons exotiques, qui peuvent être effrayants et source d'inspiration musicale. Et c'est ce que j'ai étudié, j'ai pensé aux chants des oiseaux que j'ai essayé d'imiter en me disant : voilà mon public ! »
— Yma Sumac : la Castafiore Inca
Très jeune (dès l'âge de 13 ans), elle participe déjà à la fête de l'Inti Raymi de son village natal. L'Inti Raymi est une cérémonie religieuse typique du Pérou, organisée chaque année au mois de juin au moment du solstice d'hiver, qui coïncide avec la fête chrétienne de Saint-Jean. Ce sont des rassemblements et des processions dans les rues (qui peuvent durer une semaine), lors desquels tout le monde danse, chante, joue de la musique et boit. Ce sont en général des chanteurs locaux qui y participent et qui interprètent des morceaux ou des chants traditionnels.
Le 24 juin 1941, Zoila est repérée par un fonctionnaire du ministère de l'Éducation alors qu'elle participe à la fête, chantant devant un public de plus de 25 000 personnes. Elle avait déjà été choisie en raison de ses capacités vocales inhabituelles pour chanter, après la cérémonie, au Pompe de Amancaes, un amphithéâtre naturel de la banlieue de Lima. Le fonctionnaire fait part de cette découverte au ministre de l'Éducation. Le ministre décide de l'envoyer à Lima avec sa famille où elle intègre l'institut Santa Teresa, le meilleur collège catholique pour enfants de la capitale. Elle participe alors à un concert à Cajamarca, au cours duquel elle est repérée par Moisés Vivanco (es), un musicien originaire de la ville d'Ayacucho, qui lui propose d'intégrer la Conjunto Folklórico Peruano ou Compañía Peruana de Arte (Compagnie péruvienne de l’Art) (un groupe de quarante-six danseurs, chanteurs et musiciens), qu'il a lui-même fondée un an plus tôt.
La jeune Zoila Augusta commence sa carrière internationale en avril 1942 à la radio argentine avec la troupe de Vivanco sous le pseudonyme Imma Sumack, nom en quechua calqué de l'espagnol ¡qué bella! (« qu'elle est belle ! ») Le 6 juin 1942, elle se marie en cérémonie civile avec Moisés Vivanco à Arequipa, Pérou. Yma a 20 ans, Moisés en a 24.
Ils effectuent une tournée en Amérique du Sud, notamment en Argentine en 1943 (où Yma réalise ses premiers enregistrements), puis au Brésil, au Chili et au Mexique en 1945, jusqu'en janvier 1946, date à laquelle ils dissolvent la Compañía Peruana de Arte pour partir aux États-Unis. Lors de cette tournée en Amérique du Sud, la prestation d'Yma Sumac est particulièrement appréciée par la chanteuse et actrice américaine Grace Moore qui l'a entendue lors de l'un de ses récitals. Elle propose au trio de les aider, à leur arrivée aux États-Unis, s'ils décidaient de tenter de s'y produire.
Les premiers enregistrements d'Yma Sumac datent de 1943. Ils sont effectués en Argentine pour le label Odeon sous le nom d'Imma Sumack.
Arrivée du trio à New York (1946–1948)
En janvier 1946, le trio Inca Taky part pour les États-Unis, composé d'Yma Súmac au chant (soprano), de Moisés Vivanco à la guitare et de sa cousine Cholita Rivero au chant (contralto) et à la danse. Ils s'installent à New York et commencent à chercher des lieux où présenter leur spectacle. Le 26 janvier 1947, Grace Moore disparaît de façon tragique dans un accident d'avion à Copenhague, sans avoir pu rencontrer Yma Súmac depuis son arrivée aux États-Unis. Le consul général du Pérou aux États-Unis reconnaît dans un document daté du 23 septembre 1946 que :
« Yma Sumac est une descendante de l'empereur inca Atahualpa étant donné que sa mère Emilia Atahualpa descend directement du dernier empereur inca du Pérou, en accord avec les autorités de l’histoire des Incas et de l’histoire péruvienne en général. »
Mais cette filiation royale est remise en cause par Nicholas E. Limansky, biographe de Yma Sumac, car selon lui :
« Hollywood a adopté la gentille fille qui voulait être une chanteuse folk, l’a habillée et a dit qu’elle était une princesse. »
Le trio se produit sans grand succès pendant trois ans, allant même jusqu'à ouvrir un commerce de thon, durant la grossesse d'Yma Sumac, dont le premier fils Charlie (Papuchka) naît le 7 février 1949. C'est à partir de 1949 que l'on commence à entendre parler d'eux à Hollywood.
Triomphes à New York (1949–1953)
Lors d'un petit concert dans une discothèque new-yorkaise, le Blue Angel, un agent du label discographique Capitol Records les repère. En 1950, elle obtient un contrat avec Capitol Records et son nom est réorthographié d'Imma Sumack en Yma Súmac, jugé plus glamour. La compagnie de disques oblige également Vivanco à réorchestrer ses chansons pour un orchestre complet et non plus juste le trio de base. Elle enregistrera six albums originaux pour Capitol Records de 1950 à 1959, qui ne cesseront d'être réédités et augmentés jusqu'à la fin des années 1980 (ils seront difficiles à trouver durant une dizaine d'années avant d'être réédités en CD à partir de 1995).