Yasunari Kawabata (川端 康成, Kawabata Yasunari), né le 11 juin 1899 à Osaka et mort le 16 avril 1972 à Zushi, est un écrivain japonais, prix Nobel de littérature en 1968.
Considéré comme un écrivain majeur du XXe siècle et obsédé par la quête du beau, la solitude et la mort, il a écrit en particulier des récits très courts, d'un dépouillement stylistique extrême, regroupés plus tard en recueils, mais ses œuvres les plus connues internationalement sont ses romans comme Pays de neige (1935-1947), Le Grondement de la montagne (1954), Les Belles Endormies (1960-1961) ou Kyôto (1962).
Né durant l'ère Meiji, Kawabata Yasunari est le deuxième enfant d'une famille prospère et cultivée. Il est un enfant prématuré de sept mois, et reste de santé fragile toute son existence. Sa sœur Yoshiko est de quatre ans son aînée. Son père, Eikichi, médecin à Osaka, fait ses études de médecine à Tokyo. Fin lettré, amateur de poésie chinoise et de peinture, il meurt de tuberculose en janvier 1901. Sa mère, Gen, née Kuroda, précédemment mariée au frère de son époux, est issue d'une famille fortunée. Après le décès de son mari, elle retourne dans sa maison natale du village de Toyosato en périphérie d'Osaka avec ses deux enfants, mais décède de la même maladie en janvier 1902. À 3 ans, Yasunari est orphelin.
Séparé de sa sœur qui est recueillie par sa tante, il est élevé par ses grands-parents paternels qui vivaient dans le village de Toyokawa, district de la région de Nagoya, à l'est d'Osaka. Ceux-ci tentèrent de pallier le vide affectif traumatisant causé par la disparition de ses parents. Son grand-père Kawabata Sanpachirō, notable local féru de divination et un temps fabricant de médecine chinoise, avait vendu ses terres pour investir dans des placements qui causèrent sa ruine. À 7 ans, Yasunari entre à l'école primaire de Toyokawa où il fera une brillante scolarité malgré sa santé précaire. Sa sœur Yoshiko meurt en 1909. Il n'assistera pas à l'enterrement de cette sœur dont il n'a gardé « au fond du cœur aucune image », sa famille voulant éviter de lui infliger une fois encore l'épreuve d'une cérémonie funèbre, mais cela l'empêchera de faire le deuil réel de la jeune fille. Sa grand-mère meurt en septembre de la même année.
En avril 1912 (ère Taishō), il entre au collège d'Ibaraki (préfecture d'Osaka). Il décide cette année-là de devenir écrivain et consacre désormais son temps libre à la lecture et à ses premières tentatives de création littéraire.
Resté seul avec son grand-père, des liens très étroits se tissent entre le petit-fils et le vieil homme pendant leurs huit années de vie commune. Mais, affaibli et devenu aveugle, celui-ci décède en mai 1914 dans sa soixante quinzième année. Yasunari est alors recueilli pendant six mois par un oncle de sa famille maternelle au village de Toyosato. Il écrit cette année-là son premier opus littéraire, Jūrokusai no nikki (Journal de ma seizième année), qui ne sera publié que onze ans plus tard (1925), puis édité dans Shōnen (L'Adolescent) en 1948.
Depuis son plus jeune âge, Yasunari fut donc durement confronté à la disparition précoce de sa cellule familiale et cette expérience douloureuse qui se retrouvera ultérieurement dans ses écrits semble être une des clés de son rapport obsessionnel à la solitude et à la mort (Ramasser des ossements, 1916 ; L'Abonné des funérailles, 1923 ; Les Sentiments d'un orphelin, 1924 ; Le Visage de la morte, 1925 ; Voiture funéraire, 1926 etc.).
Yasunari entre comme pensionnaire au lycée d'Ibaraki en janvier 1915 (il y restera jusqu'à la fin de ses études en 1917). Grand lecteur de littérature contemporaine et classique japonaise ainsi que de littérature occidentale, il envoie de courts essais à différents quotidiens et revues. Certains textes seront publiés. Au lycée, il est nommé responsable de chambre ce qui place sous son autorité Kiyono, jeune compagnon à la féminité prononcée. Complexé et obnubilé par un physique qu'il jugeait ingrat, convaincu de sa laideur, Yasunari nourrit une véritable passion sans exutoire charnel envers le séduisant Kiyono qu'il nommera lui-même « mon amour homosexuel » (dans L'Adolescent). Mais en septembre 1917, Yasunari monte à la capitale et réussit à entrer au Premier Lycée de Tōkyō (en section de littérature anglaise), passage obligé pour intégrer l'Université Impériale. Cette séparation génèrera une correspondance épistolaire entre les deux amis jusqu'en 1921.
À l'occasion d'un voyage dans la péninsule d'Izu, Yasunari rencontre une troupe de théâtre ambulant où évolue une superbe danseuse. L'émotion esthétique de cette rencontre et la féerie du lieu font naître dans la psychologie amoureuse du jeune homme de 19 ans un nouveau désir érotique qui se juxtapose à celui éprouvé pour Kiyono. Cette expérience marquante sera la source de son premier roman Izu no odoriko (La Danseuse d'Izu, publiée en 1926). Depuis lors, pendant dix ans, il retournera à Yugashima, l'une des principales stations thermales d'Izu. Cet épisode montre que les écrits de Yasunari sont inspirés de faits réels parfois autobiographiques et, dans le cas ci-dessus, d'autres récits se référeront plus ou moins explicitement à cet épisode : Souvenirs de Yugashima en 1922, Le grondement de la montagne en 1949-1954, Le Lac en 1954, Les belles Endormies en 1960-1961.
À partir de 1919, Yasunari et ses amis forment un cercle libre de littérature moderne. Il publie alors la nouvelle Chiyo (Chiyo) dans la revue de la société amicale du Premier Lycée de Tōkyō. C'est à cette époque qu'il se lie d'amitié avec le futur écrivain Tōkō Kon (1898-1977) dont le père l'initie au spiritisme.
En juillet 1920, il obtient son diplôme du Premier Lycée de Tōkyō ce qui lui permet de s'inscrire à l'Université Impériale de Tōkyō, faculté de Littérature, section Littérature anglaise. Il optera l'année suivante pour la section Littérature japonaise. Désireux avec d'autres camarades de lancer la sixième série de la revue du cercle de l'université, Shinshichō (Pensée nouvelle), il rencontre à ce sujet l'écrivain Kan Kikuchi qui deviendra son protecteur. L'année suivante, il lance la sixième série de Shichinchō où il fera paraître successivement plusieurs nouvelles importantes dont Shōkonsai ikkei (Tableau de fête en hommage aux soldats morts) et Abura (Huile). Par l'entremise de Kan Kikuchi il fait la connaissance de Riichi Yokomitsu (1898-1947) qui restera un ami fidèle et son principal compagnon sur la route du modernisme. Il rencontre également Ryūnosuke Akutagawa (1883-1927), Masao Kume et quelques autres futurs écrivains de sa génération.
À l'occasion d'une réunion d'étudiants dans un café proche du lycée supérieur d'Ichikō à Hongō, Yasunari fait la connaissance de Itō Hatsuyo, jeune serveuse de 14 ans qui le laisse d'abord indifférent. Peu après cette rencontre, le café cesse son activité et Hatsuyo part vivre chez ses parents adoptifs dans un temple de Gifu situé dans une région montagneuse au centre de l'île. Entraîné par un de ses amis, Miaki, il continue à voir la jeune fille et, contre toute attente, décide de l'épouser. Très étonnés, ses amis suivent la préparation du mariage. Yasunari fait part de ses intentions au père d'Hatsuyo et soumet son projet à son protecteur Kan Kikuchi qui lui offre de bon cœur plus de 200 yens. Cette somme importante sert à louer un logement pour recevoir la future épouse. Environ un mois après cette décision Hatsuyo envoie une lettre incompréhensible pour rompre les fiançailles (in L'Extraordinaire ou Le Feu du sud).
Aux yeux de Yasunari, Hatsuyo représente la femme idéale et, malgré la fin tragique de leur courte relation, l'ombre de la jeune fiancée hantera longtemps l'esprit de l'écrivain. Son empreinte est décelable dans de nombreux personnages féminins qui parsèment son œuvre.
1922 - Il commence à être rémunéré pour ses nouvelles et articles de critique littéraire notamment dans Jiji shinpō et publie des traductions de Galsworthy et Tchékhov. Durant l'été il écrit à Yugashima Yugashima de no omoide (Souvenirs de Yugashima), texte qu'il reprendra partiellement dans L'Adolescent.