Yahya Sinwar ou Sinouar (en arabe : يحيى السنوار), nom de guerre Abou Ibrahim (en arabe : ابو ابراهيم), né le 29 octobre 1962 dans le camp de réfugiés de Khan Younès — dans la bande de Gaza occupée par l’Égypte en 1962 — et mort le 16 octobre 2024 à Rafah, est un homme politique et terroriste nationaliste et islamiste[réf. nécessaire] palestinien.
Chef de la branche armée du Hamas, il succède au dirigeant du bureau politique (ar), Ismaël Haniyeh, à la mort de celui-ci, le 6 août 2024.
Il rejoint le mouvement du Hamas en 1987, pendant la première Intifada contre l'occupation israélienne. Rapidement, il se hisse à la direction d'Al-Majd (« la gloire »), une unité de répression visant à punir les actes jugés immoraux ou de trahison en faveur d’Israël.
Il organise également l'enlèvement et l'assassinat de deux soldats israéliens. Il est arrêté en 1989 et condamné à la perpétuité par la justice israélienne pour l'assassinat d'une douzaine de Palestiniens accusés de collaboration avec Israël. Durant son incarcération, il dénonce activement les conditions de détention des prisonniers palestiniens, organisant une grève de la faim avec 1 600 autres détenus.
Il est libéré en 2011, après 22 ans dans les prisons israéliennes, dans le cadre d'un accord d'échange de prisonniers, où 1 027 prisonniers palestiniens sont échangés contre le soldat israélien Gilad Shalit, captif du Hamas depuis cinq ans. Il réintègre le Hamas et en est promu chef dans la bande de Gaza en 2017, qu'il dirige de facto, la direction politique vivant au Qatar.
Placé sur la liste américaine des « terroristes internationaux », il fait l'objet de multiples tentatives d'assassinat.
Il est considéré comme l'un des architectes des attaques du 7 octobre 2023 en Israël et, à ce titre, est accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. En août 2024, après l'assassinat d'Ismaël Haniyeh, il devient le chef du Hamas dont il est un des représentants de l'aile dure, par opposition à Ismaël Haniyeh, qui représentait une ligne considérée comme plus modérée.
Il est tué le 16 octobre 2024 à Rafah par l'armée israélienne.
Yahya Ibrahim Sinwar est le fils de deux réfugiés palestiniens, Ibrahim Hassan Sinwar et Rida Abdullah Sinwar. Il est issu d'une famille bourgeoise et conservatrice d'Al-Majdal, où son grand-père et son père possédaient une usine textile automatisée. Après avoir été expulsés de Majdal Asqalan ses parents et grands-parents s'établissent dans le camp de réfugiés de Khan Younès, où il nait en 1962. Yahya Sinwar a cinq frères, Jamil, Hamed, Zakaria (ar), Fadl et Mohammed, et une sœur, Jamila.
Il effectue sa scolarité primaire à l'école Sheikh Jamil de Khan Younès, affiliée à l'UNRWA.
En 1981, il obtient son baccalauréat avec mention très bien. Il s'inscrit ensuite à la faculté des sciences de l'université islamique de Gaza. « Yahya avait la possibilité d'étudier dans des universités de Cisjordanie », mais « il a insisté pour étudier à l'université islamique », relate son frère Zakaria, lui-même universitaire, qui ajoute : « En raison de son engagement actif dans les activités étudiantes, il est passé de la faculté des sciences à celle des lettres, pour étudier la langue arabe ». Il est titulaire d'une licence dans ce domaine. Il rencontre Ismaël Haniyeh et Khalil al-Hayya à l’université. Au conseil des étudiants de l’université, il occupe successivement de 1982 à 1987 les postes de secrétaire du comité des arts, secrétaire du comité des sports, vice-président puis président. Il dirige également le Bloc islamique, affilié aux Frères musulmans. Il est remarqué lors des débats dans les groupes étudiants. Il fonde également une troupe théâtrale, al-A’idoun (« Les Retournants », dans le sens de ceux qui retournent à l‘endroit d’où ils viennent).
Pendant son incarcération à la prison de Hadarim (he), de 1995 à 2002, il suit une quinzaine de cours par correspondance à l'université ouverte d'Israël, portant notamment sur l'histoire juive, la société et la politique israéliennes, le sionisme et la Shoah. Malgré ses excellentes notes (90/100 de moyenne), il n'obtient pas son diplôme.
Implication dans la cause palestinienne et incarcérations
Sinwar est arrêté une première fois en 1982 pour des son opposition à l‘occupation israélienne et est condamné à six mois de prison, qu‘il passe à la prison al-Far'a en Cisjordanie. Il y rencontre d'autres militants palestiniens, y compris Salah Shehadeh.[réf. nécessaire] Il se consacre à la cause palestinienne.
En 1983, il participe à la création de la première unité de sécurité de la Fraternité (les Frères musulmans), Amn al-Da'wa (« Sécurité de la prédication islamique ») qui est dirigée par cheikh Yassine.
Il est arrêté de nouveau en 1985. À sa libération, il cofonde avec Rawhi Mushtaha (en), à la demande de cheikh Ahmed Yassine, le Munazzamat al Jihad w al-Dawa (soit l‘organisation du djihad et de la prédication, Al-Majd en abrégé), dont le principal objectif est d’identifier les collaborateurs palestiniens et de les châtier. Elle recherche également les espions israéliens, et qui, en 1987, devient la « police » du Hamas. Les « unités du djihad et de la prédication » qu'il dirige brûlent débits de boissons et stocks de revues pornographiques et sont aussi accusées de torturer et d'éliminer les traîtres ; il sévit également contre les citoyens accusés de posséder du contenu pornographique, d’avoir des relations homosexuelles ou extraconjugales.
En 1988, peu après le début de la première Intifada et la création du Hamas, il est arrêté par le Shin Bet, soupçonné de l'exécution de douze « collaborateurs palestiniens ». Lors d'un interrogatoire en 1989, il reconnaît être l'auteur de plusieurs meurtres, mais ne regrette pas ses actes. Il considère que faire avouer et punir les collaborateurs est un « devoir ». Il est condamné à quatre peines d‘emprisonnement à vie pour avoir créé le mouvement les moudjahedines palestiniens et participé à certaines opérations. Il est surnommé le « boucher de Khan Younès » par les autorités israéliennes.
Yahya Sinwar est emprisonné à Beer-Sheva, dans un complexe situé dans le Néguev, puis dans d‘autres prisons. Il passe au total 23 ans incarcéré, dont un total de deux ans à l’isolement. Pendant sa captivité, l'Autorité nationale palestinienne verse à sa famille une pension mensuelle de douze mille shekels[réf. nécessaire].