Ce Jour-là

William Tyndale

Un théologien-humaniste anglais connu comme le premier traducteur du Nouveau Testament depuis le texte grec dans une langue moderne

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William Tyndale ou Tindale, né dans le Gloucestershire en 1494 et mort (exécuté par strangulation) le 6 octobre 1536 à Vilvorde (Belgique) est un théologien-humaniste anglais connu comme le premier traducteur du Nouveau Testament depuis le texte grec dans une langue moderne (anglais moderne naissant). Brillant érudit, il parlait l'hébreu, le grec, le latin, l'espagnol, l'anglais et le français, « si bien que chacune de ces langues aurait pu être sa langue maternelle ». L'influence de sa traduction de la Bible en anglais a été majeure tant sur l'évolution religieuse de l'Angleterre au XVIe siècle que sur celle de la langue anglaise.

Tyndale est né à une date indéterminée, entre 1484 et 1496, peut-être dans un des villages voisins de Dursley, dans le Gloucestershire. La famille Tyndale portait aussi le patronyme de « Hychyns » (Hitchins), et c’est sous le nom de William Hychyns que Tyndale fut immatriculé au Magdalen College School, un lycée préparatoire pour entrer à l'université d’Oxford. La famille Tyndale, originaire du Northumberland, s'est établie via l’East Anglia dans le Gloucestershire au XVe siècle – probablement à cause de la Guerre des Deux-Roses. L’oncle de Tyndale, Edward, était le métayer de Lord Berkeley. Deux études généalogiques citent Edward Smith comme le frère de Sir William Tyndale, de Deane (Northumberland) et Hockwald (Norfolk), qui fut anobli à l'occasion du mariage du prince de Galles à Catherine d'Aragon. La famille Tyndale serait donc de la lignée du baron Adam de Tyndale, un des premiers vassaux de Henri Ier. Margaret Tyndale est une nièce de William Tyndale qui épousa Rowland Taylor dit « le Martyr ».

Tyndale étudia les arts libéraux à Magdalen Hall (qui deviendra par la suite Hertford College) de l’Université d'Oxford en 1506 et fut reçu licencié ès Arts en 1512 ; la même année, il reçut les ordres mineurs et devint sous-diacre. Il fut diplômé Maître ès Arts en juillet 1515, considéré comme un homme aux mœurs pures et menant une vie sans tache. Le titre de « M.A. » lui permettait de s'inscrire à la Faculté de théologie, mais pour lui les cours furent une grave déception :

« Ils ont donné ordre que personne ne lise les Saintes Écritures avant d'avoir été gavé de paganisme pendant huit ou neuf ans et abruti de faux principes, ce qui me rendra définitivement inapte à la vraie compréhension de l’Écriture. »

— William Tyndale, Expositions and Notes on Sundry Portions of the Holy Scriptures (1536).

Particulièrement doué pour les langues, il parlait couramment le français, l’allemand, l’italien et l’espagnol, et maîtrisait le Latin, le grec et l’hébreu. De 1517 à 1521, il fréquenta l'université de Cambridge. C'est peut-être à cette période qu'il fit la connaissance de Thomas Bilney et de John Frith.

Tyndale entra au service de Sir John Walsh en 1521 comme chapelain et précepteur à Little Sodbury. Comme il est influencé par les idées réformatrices de Martin Luther, et que ses opinions religieuses viennent à être connues, il est convoqué vers 1522 par John Bell, chancelier du Diocèse de Worcester, mais aucune charge n'est finalement retenue contre lui.

Après cette entrevue houleuse avec Bell et d'autres dignitaires religieux, vers la fin du séjour de Tyndale à Little Sodbury, John Foxe rapporte une dispute avec un prélat « érudit » mais « blasphématoire », qui aurait déclaré à Tyndale : « il vaudrait mieux que nous soyons privés des lois de Dieu que de celles du pape. » Tyndale répondit : « Je lance un défi au pape et à toutes ses lois, et si Dieu me préserve, avant longtemps j'amènerai le garçon de charrue à en savoir davantage que toi sur les Saintes Écritures! »

Influencé par Érasme de Rotterdam dont il avait découvert le Nouveau Testament grec-latin, Tyndale s'était mis à le traduire en anglais.

Tyndale partit pour Londres en 1523 afin d'obtenir l'autorisation officielle de traduire la Bible en anglais. Dans un premier temps, il rechercha la protection de Tunstall, l'érudit évêque de Londres qui avait travaillé avec Érasme à la collation des Écritures grecques, mais lorsque l’évêque fut mis au fait de ses intentions, il lui refusa l'accès à son palais de Lambeth, déclarant qu'il n'avait pas de poste à lui proposer. Tyndale se mit à précher dans Londres, notamment à St Dunstan-in-the-West, travaillant à « son livre » avec le soutien d'un tailleur, Humphrey Monmouth.

Publication de la Bible en anglais

En 1524, Tyndale quitte sa patrie qu'il ne reverra plus. Se rendre dans le Saint Empire lui permet d'avoir accès à l'étude de l'hébreu, car en Angleterre l'édit d'Expulsion (1290) interdisait la détention de livres en hébreu en Angleterre. Mais en ce début de XVIe siècle, les écrits en grec ancien devenaient, pour la première fois depuis des siècles, accessibles à la communauté savante d'Europe. Fort des manuscrits rendus disponibles par la diaspora des érudits byzantins depuis la chute de Constantinople (1453), Érasme venait de traduire et d'éditer, sous le titre (énigmatique) de « Novum Instrumentum » le texte grec des Saintes Écritures, dépassant la Vulgate.

H. Samworth suggère d'interpréter l'immatriculation d’un certain Guillelmus Daltici ex Anglia, présente dans les registres de l’Université de Wittemberg comme celle de William Tyndale. Ce pourrait donc être à Wittemberg que Tyndale paracheva sa traduction du Nouveau Testament, en 1525, avec l'aide du frère minorite William Roy.

Il remet sa traduction à l’imprimeur Peter Quentell, de Cologne, mais l'entrée en vigueur des mesures anti-luthériennes dans cette ville empêche la publication : des ouvriers trop bavards auraient informé le prêtre Cochlaeus, l'un des principaux adversaires de Luther. Tyndale se précipite à l'atelier, saisit ses précieux manuscrits et les emporte à Worms, ville libre d'Empire alors en voie de conversion à la Réforme. Il faut attendre l'année suivante pour voir la parution du Nouveau Testament par l'imprimeur Peter Schoeffer de Worms.

De nouveaux exemplaires parurent bientôt à Anvers. On ignore à quel moment au juste Tyndale était parti pour le port d'Anvers ; à la date du 11 août 1526, on lit dans le journal de Georg Spalatin que Tyndale est resté à Worms près d'une année entière.

Cochlaeus alerte cependant l'évêque Tunstall, qui interdit l'introduction des bibles 'anglaises' en octobre 1526. Tyndale sait donc que les précieux volumes seront saisis à leur arrivée en Angleterre. Pour déjouer l'étroite surveillance qui s'exerce dans les ports, les Nouveaux Testaments sont cachés dans des ballots d'étoffe ou des barils de vin. Beaucoup d'exemplaires sont néanmoins confisqués. Leurs destinataires sont astreints à défiler à cheval, le visage tourné vers la queue de l'animal, et portant visiblement le livre défendu ; ils devront le jeter eux-mêmes au feu devant tous et faire pénitence. L'historien du protestantisme Richard Marius avance que « le spectacle des Ècritures enflammées par une torche (...) déchaîna la controverse même parmi les fidèles. » Mais les efforts de l'évêque de Londres sont voués à l'échec. Les Londoniens veulent prendre connaissance de l'ouvrage proscrit et s'ingénient à l'obtenir au mépris des menaces. En désespoir de cause, l'évêque de Londres prie Packington, un négociant de la cité, de mettre à profit ses relations commerciales avec le port d'Anvers, pour accaparer à la source toute l'édition de Tyndale. Muni d'une forte somme d'argent, Packington se rend sur le continent. L'évêque a cru « mener Dieu par le bout du doigt », écrit un chroniqueur de l'époque. Mais il ne réussira pas mieux dans cette entreprise que dans les précédentes. Packington, ami secret de Tyndale, arrive chez le traducteur :

« Monsieur Tyndale, je vous ai trouvé un bon acquéreur pour vos livres,

- Mais, si l'évêque veut ces livres, ce ne peut être que pour les brûler !

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