William Turner, également connu sous le nom de J. M. W. Turner ou Joseph Mallord William Turner, est un peintre, aquarelliste et graveur britannique, né vers le 23 avril 1775 à Londres, où il est mort le 19 décembre 1851.
Initialement de la veine romantique anglaise, son œuvre est marquée par une recherche novatrice audacieuse qui le fait considérer, avec son contemporain John Constable, comme un précurseur de l'impressionnisme.
Renommé pour ses huiles, Turner est également un des plus grands maîtres anglais de paysages à l'aquarelle. Il y gagne le surnom de « peintre de la lumière ». La plus grande partie des œuvres de Turner est conservée à la Tate Britain.
William Turner a une telle manie du secret que sa date de naissance est incertaine. Lui-même revendique la date du 23 avril 1775, le jour de la fête de la Saint-Georges et l'anniversaire supposé de William Shakespeare, mais cette affirmation n'a jamais pu être vérifiée. Son testament indique aussi le souhait qu'à cette date un dîner commémoratif soit donné à la Royal Academy. La première date dont les historiens sont sûrs est donc son baptême le 14 mai 1775 à l'église Saint-Paul dans le quartier de Covent Garden à Londres. Il est né au 21 Maiden Lane à Covent Garden et ses trois prénoms sont ceux de son oncle maternel.
William Turner est le fils d'un barbier-perruquier, William Gay Turner (1745-1829), qui a sa boutique près de l'église Saint-Paul, au rez-de-chaussée de sa maison au no 21 d'une sombre venelle appelée Maiden Lane. Sa mère, Mary Marshall, est issue d'une famille de bouchers. Neurasthénique, elle perd progressivement la raison et entre en 1799 au St Luke's Hospital for Lunatics, puis au Bethlem Royal Hospital l'année suivante. Elle y meurt en 1804. L'une des raisons de sa folie est probablement le décès de la jeune sœur de William, Mary Ann, née en septembre 1778 et morte en août 1784 avant ses 6 ans. Si les relations avec sa mère sont difficiles, il semble que, malgré ce contexte, l'enfance de Turner ait été « chaleureuse ». Il observe les bateaux qui accostent sur la Tamise, et côtoie les nombreux artistes qui vivent dans le quartier populaire de Covent Garden.
Parce qu'on lui suppose une santé fragile à la suite de la mort de sa sœur Mary Anne, et parce que la maladie de sa mère s'aggrave, le jeune Turner est envoyé à ses 10 ans en 1785 chez un oncle maternel à Brentford, petite ville sur les rives de la Tamise, dans le Middlesex, à l'ouest de Londres. Il y va à l'école. C'est probablement à Brentford que son intérêt pour le dessin et la peinture s'éveille. L'exercice artistique connu le plus ancien de Turner est de cette époque ; il s'agit d'une série de coloriages simples de gravures issues du livre Picturesque View of the Antiquities of England and Wales d'Henry Boswell.
L'année suivante, en 1786, il suit son oncle et est envoyé à Margate, dans le Kent, au bord de la mer du Nord. Il y est également scolarisé. À partir de cette époque, il commence à produire des dessins que son père expose à la vitrine de son commerce et vend pour quelques shillings. C'est aussi à partir de ce moment qu'il signe ses œuvres. À Margate, il produit une série de dessins de la ville et de la zone environnante préfigurant son travail plus tardif. En 1789, Turner habite de nouveau chez son oncle, lequel a pris sa retraite à Sunningwell, à l'époque dans le Berkshire. Un carnet de croquis de cette période ainsi qu'une aquarelle d'Oxford attestent de sa poursuite artistique. L'utilisation de croquis au crayon sur place, comme le fondement préliminaire de peintures achevées plus tard, constitue la base de la manière de travailler que Turner conservera toute sa carrière.
Grâce au soutien de son père, il a l'occasion de travailler à Covent Garden comme coloriste d'estampes chez le graveur John Raphael Smith et l'éditeur Colnaghi. Son père est étonnamment fier des facultés artistiques de son fils. Il se vante même à l'artiste Thomas Stothard que son « […] fils, monsieur, va être un peintre ». Cependant, ses centres d'intérêt se fixent sur l'architecture puis le paysage.
À presque 14 ans, il obtient son premier emploi de dessinateur chez l'architecte Thomas Hardwick. Il y réalise notamment des aquarelles de la reconstruction de l'église Saint-Marie de Wanstead. Marquant un vif intérêt pour l'architecture, il prend également des cours de perspective et de topographie auprès du dessinateur en architecture Thomas Malton le Jeune, son « véritable maître » selon lui. Il se passionne alors pour le « paysage topographique » qui est en vogue en Grande-Bretagne et il en fait le cœur de sa technique.
Incité par l'artiste John Francis Rigaud, il entre le 11 décembre 1789 — âgé de 14 ans seulement — à l'école de la Royal Academy après un essai et une épreuve technique. Ce parcours est classique pour les artistes de son temps, même s'il se démarque par la suite par la précocité de l'ascension de l'artiste. La Royal Academy offre un enseignement gratuit et de haute qualité. Il y côtoie Joshua Reynolds, premier président de la Royal Academy, et son influence, au moins théorique, est telle qu'il en fera mention dans son testament.
Turner réside alors avec sa famille, qui occupe un logement au 26 Maiden Lane, à Covent Garden, à quelques numéros de sa maison natale.
Il est autorisé à présenter des aquarelles à l'exposition d'été de la Royal Academy — notamment Le Palais de l'archevêque à Lambeth — alors qu'il n'y est élève que depuis un an.
C'est à cette période, au cours de premiers voyages hors de Londres comme chez l'ami de son père John Narraway à Bristol en 1791, puis à Bath et à Malmesbury, qu'il réalise l'importance de dessiner des croquis préliminaires avant de poursuivre ses œuvres en atelier. Il développe ainsi l'habitude de prendre des idées à l'extérieur en été pour travailler en atelier en hiver. En 1792, Turner rend de nouveau visite à la famille Narraway et voyage dans le Sud du pays de Galles.
En 1792, il rencontre l'architecte John Soane et W. F. Wells, deux hommes qui resteront proches de l'artiste.
En 1793, Turner reçoit le prix de la « Greater Silver Palette » par la Royal Academy. Il profite de l'été pour visiter Hereford et Tintern et de l'automne pour le Kent et le Sussex.
En 1794, il voyage dans les Midlands et le Nord du pays de Galles. La même année, il fait la rencontre de l'artiste Thomas Girtin.
En 1795, il se rend à nouveau dans le Sud du pays de Galles puis visite l'île de Wight. Il reçoit la même année une commission de John Landseer et de Richard Colt Hoare.
D'un style alors plutôt rigoureux, il expose en 1796 sa première peinture à l'huile, Pêcheurs en mer, à la Royal Academy. Cette peinture de marine d'une scène nocturne au large des Needles de l'île de Wight est à la fois réaliste par l'effet de Lune et de ses reflets sur la mer et romantique par son atmosphère. Elle marque également par son fort contraste. Selon le conservateur Andrew Wilton, ce tableau est « un résumé de tout ce qui avait été dit à propos de la mer par les artistes du XVIIIe siècle » et montre une forte influence d'artistes tels que Horace Vernet, Philippe-Jacques de Loutherbourg, Peter Monamy ou encore Francis Swaine. L'huile sur toile est saluée par les critiques contemporaines et installe la réputation de Turner, à la fois comme un peintre à l'huile et peintre de marine.