William Sheller, né William Desbœuf (nom modifié plus tard en William Hand) le 9 juillet 1946 à Paris 17e, est un auteur-compositeur-interprète français.
Artiste prolifique depuis les années 1970, William Sheller bénéficie d'une formation approfondie en musique classique. Composant initialement des œuvres classiques, c'est dans le domaine de la variété qu'il se fera connaître. L'influence de sa formation classique se manifeste par un style musical sophistiqué, alliant parfois des éléments de la musique classique avec de la musique pop.
William Sheller se fait connaître du grand public en 1975 avec le titre Rock'n'Dollars. La même année sort son premier album de chansons, William Sheller, presque entièrement écrit et composé par lui. L'artiste dénombre un total de vingt-huit albums studios, albums en public et autres formats, vendus à près de deux millions d'exemplaires rien qu'en France. Parmi ses plus grands succès figurent entre autres Dans un vieux rock 'n' roll, Le Carnet à spirale, J'me gênerais pas pour dire que j't'aime encore, Oh ! J'cours tout seul, Les Filles de l'aurore, Un homme heureux et Les Machines absurdes.
William Desbœuf naît le 9 juillet 1946 dans le 17e arrondissement de Paris, fils de Colin Thomas MacLeod, soldat américain, et de Paulette Desbœuf. Sa mère le kidnappe, si bien qu'il ne connaît pas son vrai père. Lorsqu’il a trois ans, sa mère décide d’aller tenter sa chance aux États-Unis avec son compagnon Jack Hand et emmène son fils ; ils s’installent dans une petite ville de l'Ohio avec le nouvel amant américain de sa mère. Tout petit, William côtoie de grands musiciens de jazz américains, amis de la famille comme Kenny Clarke, Dizzy Gillespie, ou Miles Davis. Leur fréquentation ouverte est source de problèmes sérieux à cause de la ségrégation, et le jazz devient une « musique à engendrer des bagarres ». C'est pourquoi il affirme longtemps ne pas aimer cette musique.
À l'âge de sept ans, William rentre définitivement en France. Il est pris en charge par sa famille maternelle qui travaille dans le milieu du théâtre. Sa grand-mère, ouvreuse au théâtre des Champs-Élysées, et son grand-père, chef décorateur à l'Opéra Garnier, lui permettent d’assister à des centaines de spectacles, aussi bien côté salle que côté coulisses, à « l’envers du décor », au sens strict du terme. Si bien qu’à dix ans, William a déjà décidé de son destin : il veut « faire comme Beethoven ». Ses parents approuvent le projet sans restriction, estimant que « cela devait se terminer comme ça ». L'apprenti compositeur s’initie d'abord au piano pour servir de support à ses compositions. Afin de les perfectionner, il achète un traité d'harmonie d’Yves Margat auquel, de son propre aveu, il ne comprend que peu de choses.
Il s'arrange pour rencontrer ce monsieur Margat en allant directement sonner à son appartement parisien, après quelques recherches. Margat est un ancien disciple de Gabriel Fauré. La rencontre arrive, William Sheller lui présente alors ses compositions. Yves Margat indique à la mère de l'adolescent que celui-ci a beaucoup de retard pour suivre un parcours normal et que s'il désire faire une carrière de musicien classique, il doit arrêter son cursus scolaire au profit du conservatoire. Paulette accepte l'arrêt en classe de seconde, sachant que son fils n'a plus d'intérêt que pour la musique. Yves Margat lui apprend non seulement le piano et la composition, mais aussi le latin, la philosophie, l’histoire, la littérature, etc. Lancé dans la composition de musique sérielle, qui l’ennuie profondément, il se prépare très sérieusement au prix de Rome.
Mais les Beatles infléchissent involontairement la trajectoire toute tracée : un jour où son piano est parti en réparation, William s'entraîne chez une amie qui lui fait écouter de la musique « moderne ». Il repart avec des disques sous le bras et, quelques heures plus tard, il abandonne tout pour aller faire du rock. Au désespoir de son maître, qui lui dit : « Mais avec le bagage que vous avez, vous n'allez tout de même pas faire le saltimbanque ! » William se joint alors aux Worst (« Les Pires »), un groupe de rock niçois spécialisé dans les « concerts-galères » assortis de cachets misérables.
Très jeune, William Desbœuf se choisit comme nom de scène « Sheller », en mélangeant les noms des deux écrivains Percy Bysshe Shelley et Friedrich von Schiller. À partir de la fin des années 1960, il travaille comme compositeur et arrangeur pour les orchestrations d'artistes de variétés. En 1968, il connaît le succès grâce à My Year Is a Day, interprété par Les Irrésistibles, dont il a composé la musique. Cette chanson, également interprétée par Dalida en français et en italien, fait le tour du monde. L’argent gagné est immédiatement investi dans la composition d’une messe de mariage psychédélique offerte en 1969 en cadeau à un couple d’amis. Éditée en 1972, Lux aeterna « s'est vendue comme des cages à lions » (sic) à seulement deux mille exemplaires. En 1969, toujours, il participe au projet Popera Cosmic avec Guy Skornik et François Wertheimer en signant les arrangements du disque Les Esclaves.
Après My Year Is a Day, William essaie de chanter sur trois 45 tours. Devant l’insuccès, il renonce à l’interprétation et continue ses travaux d’arrangeur, orchestrateur ou compositeur pour toutes sortes de chanteurs (Jacques Blanchard, Costa Cordalis, etc.) ou musiques de films (Erotissimo, Trop petit mon ami).
Comme Lux aeterna a touché l’oreille de Barbara, celle-ci lui propose en 1973 de venir vivre chez elle pour réaliser les arrangements de son album La Louve. C’est elle qui lui suggère de se remettre à chanter et l’aide à trouver une maison de disques. En raison de cela, il désapprouvera et critiquera de façon acerbe Patrick Bruel lorsque ce dernier fera un album et un concert de reprises de la chanteuse.
Dans les années 1970 et 1980, en parallèle de sa carrière de chanteur, Sheller continue son travail d'arrangeur et de compositeur, entre autres pour Nicoletta, Françoise Hardy, Joe Dassin ou Marie-Paule Belle.
Des albums « pop » aux concerts symphoniques
En 1975, William Sheller sort son premier album, William Sheller, avec le concours des musiciens du groupe de rock Alice. La chanson Rock'n'dollars, moquerie faussement anglophone écrite en cinq minutes, devient un tube et propulse son auteur dans la roue infernale du show-biz, des émissions de télé en play-back complet et des magazines pour adolescents. Le premier album connaît un énorme succès, se vendant à 500 000 exemplaires durant les mois qui suivent. Sheller est partout, en télé, en radio, et la maison de disques organise de longues tournées promotionnelles. Trois albums sortent en trois ans.
En 1979, usé et rendu malheureux par sa vie médiatique si éloignée de ses aspirations initiales, l'artiste s'isole et part enregistrer l'album Nicolas à Los Angeles avec plusieurs musiciens de renom tels que le batteur du groupe Yes, Alan White (également batteur de John Lennon), Jim Keltner (batteur de chacun des Beatles durant leur carrière solo) Steve Lukather (Toto) ou encore James Newton Howard. Bien que ceux-ci l'encouragent à rester à Los Angeles, William préfère rentrer en France pour s'occuper de ses enfants.
Quelques mois plus tard, à l’automne 1980, il découvre l’immense plaisir de faire de la scène, ce qui le sauve moralement et donne une nouvelle direction à sa carrière. Il perfectionne son art pianistique avec le pianiste-compositeur pédagogue Michel Sogny, rencontré la même année. Après quelques concerts en province, William Sheller fait ses débuts sur une scène parisienne le 4 mai 1981 à Bobino. Un an plus tard, il foule pour la première fois les planches de l'Olympia et y enregistre son premier album en public.
En 1982, à la suite d'un problème douanier, William Sheller est contraint de se produire seul au piano sans ses musiciens. Un peu plus tard, il expérimente également le quintette avec piano et quatuor à cordes, en compagnie de l’ensemble belge Halvenalf. Mais c’est à partir de 1987, avec Univers, qu'il est totalement libre du contenu d'un album et peut donner libre cours à son inspiration, mêlant musique savante et chanson populaire. Sheller refuse même la présence de membres d'Universal dans les studios durant l'enregistrement. Le titre Les Miroirs dans la boue restera un classique de la carrière de Sheller, avec à la basse Jannick Top du groupe Magma. Cet album est classé disque d'or.