William Pitt le Jeune (28 mai 1759 – 23 janvier 1806) est un homme d'État britannique de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Il devint le plus jeune Premier ministre de Grande-Bretagne lors de son élection en 1783 à l'âge de 24 ans. Il quitte le poste en 1801 mais redevient Premier ministre du Royaume-Uni de 1804 jusqu'à sa mort en 1806. Il occupa également le poste de chancelier de l'Échiquier dès 1782, sous le gouvernement de William Petty FitzMaurice, puis tout au long de ses mandats de Premier ministre. Il est appelé William Pitt le Jeune pour être distingué de son père, William Pitt l'Ancien, qui fut également Premier ministre de Grande-Bretagne.
Le premier mandat de Pitt, sous le règne de George III du Royaume-Uni, fut dominé par d'importants événements en Europe dont la Révolution française et les guerres napoléoniennes. Pitt, bien que souvent désigné comme étant un tory, se considérait comme un whig indépendant et s'opposait généralement au développement d'un système politique partisan.
L'honorable William Pitt, second fils de William Pitt l'Ancien, était né à Hayes dans le district de Bromley à Londres. Sa mère, Hester Grenville, était la sœur de l'ancien Premier ministre George Grenville. Selon le biographe John Ehrman, Pitt hérita du dynamisme et du génie de son père et de la nature déterminée et méthodique de la lignée des Grenville.
Enfant intelligent mais à la santé fragile, il est éduqué à la maison par le révérend Edward Wilson et devient rapidement expert en latin et en grec. En 1773, alors âgé de 14 ans, il entre au Pembroke College de Cambridge où il étudie la philosophie politique, la littérature antique, les mathématiques, la trigonométrie, la chimie et l'histoire. À Cambridge, Pitt a pour tuteur George Pretyman (en) qui devint un ami proche. Pitt le nomma plus tard évêque de Lincoln puis de Winchester et il fit bon usage de ses conseils tout au long de sa carrière politique. Il se lie d'amitié avec le jeune William Wilberforce qui deviendra un ami fidèle et un allié politique au parlement. Pitt tendait à ne se socialiser qu'avec les autres étudiants et ceux qu'il connaissait déjà et ne s'aventurait que rarement hors de l'université. Pourtant il était décrit comme charmant et amical. Selon Wilberforce, Pitt avait un esprit exceptionnellement vif ainsi qu'un sens de l'humour attachant : « aucun homme… ne se livrait plus librement ou heureusement dans cette facétie ludique qui flatte toutes les personnes sans en blesser aucune ». En 1776, Pitt, handicapé par sa santé fragile, utilisa un privilège peu utilisé réservé aux fils de nobles et choisit d'être diplômé sans avoir à passer d'examen. Le père de Pitt qui avait été élevé au rang de comte de Chatham mourut en 1779. N'étant pas fils aîné, Pitt ne reçut qu'une petite part de l'héritage paternel. Il reçut une éducation juridique au Lincoln's Inn et entra au barreau à l'été 1780.
Durant les élections générales de septembre 1780, Pitt brigua le siège de l'université de Cambridge mais fut battu. Essayant toujours d'entrer au parlement, Pitt, avec l'aide de son camarade étudiant Charles Manners, s'assura le soutien de James Lowther. Lowther contrôlait en effet le « bourg pourri » d'Appleby ; une élection partielle dans cette circonscription envoya Pitt à la Chambre des communes en janvier 1781. Les conditions de son entrée au parlement n'empêcheront pas Pitt de faire plus tard campagne contre les mêmes bourgs pourris auxquels il devait son siège.
Au parlement, le jeune Pitt mit de côté sa tendance à se tenir en retrait en public et émergea comme un orateur doué dès son premier discours officiel. Pitt était initialement aligné avec d'influents whigs comme Charles James Fox. Aux côtés des whigs, Pitt dénonça la poursuite de la guerre dans les colonies américaines comme l'avait fait son père. Il proposa au Premier ministre Lord North de faire la paix avec les rebelles américains. Pitt soutint également des mesures de réformes parlementaires incluant une proposition destinée à lutter contre la corruption électorale. Il renouvela son amitié avec William Wilberforce, à présent parlementaire de Kingston-upon-Hull, avec lequel il discutait dans les couloirs de la Chambre des communes.
Après la chute de Lord North en 1782, le whig Lord Rockingham fut nommé Premier ministre. Pitt reçut le poste inférieur de vice-trésorier d'Irlande mais le refusa comme trop subalterne. Lord Rockingham mourut seulement trois mois après sa nomination et un autre whig, Lord Shelburne, lui succéda. De nombreux whigs qui avaient fait partie du ministère Rockingham, dont Fox, refusèrent de servir le nouveau Premier ministre. Pitt accepta le poste confortable de chancelier de l'Échiquier.
Fox, qui devint le rival politique de toute une vie de Pitt, rejoignit une coalition menée par Lord North avec laquelle il chercha à faire tomber l'administration Shelburne. Lorsque Lord Shelburne démissionna en 1783, le roi George III, qui méprisait Fox, offrit le poste de Premier ministre à Pitt. Cependant Pitt refusa sagement car il savait qu'il serait incapable d'obtenir le soutien de la Chambre des communes.
En 1783, Pitt développa une virulente animosité envers un autre membre du Parlement, Christophe Potter. Ce dernier visait également la primature et de plus, il avait participé aux préliminaires de la paix d'Amérique qui allait être signée à Paris en septembre 1783, en présence de Benjamin Franklin. Deux raisons suffisantes pour en découdre. Un combat en duel semble avoir eu lieu entre les deux hommes et Pitt en serait sorti vainqueur, blessant son adversaire. La coalition Fox-North parvint au pouvoir dans un gouvernement nominalement dirigé par William Cavendish-Bentinck.
Pitt, qui avait perdu son poste de chancelier de l'Échiquier, rejoignit l'opposition. Il souleva la question de la réforme parlementaire pour affaiblir la coalition Fox-North qui était composée de partisans et d'opposants de la réforme. Il ne se fit pas l'avocat d'un élargissement du suffrage mais chercha s'attaquer à la corruption et aux bourgs pourris. Même si sa proposition ne fut pas retenue, de nombreux réformateurs au parlement commencèrent à considérer Pitt comme leur représentant au lieu de Charles James Fox.
Impact de la révolution américaine
La défaite et la perte des treize colonies furent un choc pour la Grande-Bretagne. La guerre avait révélé les limites financières et militaires de l'État lorsqu'il affrontait, sans alliés, de puissants adversaires dans des territoires distants. La défaite aggrava les dissensions et l'antagonisme envers les ministres du Roi. Au parlement, l'inquiétude principale passa de la crainte d'une monarchie absolue aux problèmes liés à la représentation, à la réforme parlementaire et à la réduction des dépenses gouvernementales. Les réformateurs voulaient détruire ce qu'ils voyaient comme une corruption institutionnelle largement répandue. Le résultat fut une crise qui dura de 1776 à 1783. Alors que la paix de 1783 laissait la France financièrement exsangue, l'économie britannique profitait de la reprise des échanges avec l'Amérique. Cette crise prit fin en 1784 grâce à l'habileté du roi à rejeter les demandes de Fox et à un regain de confiance dans le système engendré par la direction de Pitt. Les historiens concluent que la perte des colonies américaines permit au Royaume-Uni d'affronter la Révolution française avec une plus grande unité.
La coalition Fox-North tomba en décembre 1783 après que Fox eut proposé la loi d'Edmund Burke pour réformer la Compagnie anglaise des Indes orientales. Fox avança que la loi était nécessaire pour sauver la compagnie de la faillite. Pitt répondit : « La nécessité, telle est la raison que l'on invoque pour toute atteinte à la liberté humaine. C'est l'argument des tyrans ; c'est le credo des esclaves ». Le roi était opposé à cette loi et lorsque celle-ci fut approuvée à la Chambre des communes, il s'assura de son rejet à la Chambre des lords en menaçant de considérer comme son ennemi tous ceux qui voteraient en faveur de la loi. À la suite de l'échec de la proposition de loi à la chambre haute, Georges III renvoya la coalition gouvernementale et offrit pour la troisième fois le poste de Premier ministre à William Pitt qui l'accepta.