William Pitt l'Ancien (15 novembre 1708 – 11 mai 1778), 1er comte de Chatham, est un homme d'État whig britannique premier ministre et lord du sceau privé de 1766 à 1768. Il est ainsi surnommé pour le distinguer de son fils, William Pitt le Jeune, Premier ministre de 1783 à 1801 et de 1804 à sa mort en 1806. Il était également surnommé The Great Commoner (le Grand Roturier) du fait de sa longue réticence à accepter un titre de noblesse jusqu'en 1766.
Pitt est le petit-fils de Thomas Pitt (1653 – 1726), gouverneur de Madras connu sous le surnom de « Diamond » Pitt car il a découvert et vendu un diamant d'une taille extraordinaire au duc d'Orléans pour environ 135 000 livres. Cette vente ainsi que les revenus de commerce en Inde fondèrent la fortune de la famille Pitt. Après son retour en Angleterre, le gouverneur achète la propriété de Boconnoc en Cornouailles qui lui fournit le contrôle d'un siège au parlement. Il fait d'autres achats et devient l'une des figures politiques dominantes dans le West Country en contrôlant des sièges comme dans le bourg pourri d'Old Sarum.
Le père de William est Robert Pitt (1680 – 1727), le fils ainé du gouverneur Pitt, qui siège au parlement britannique avec le parti Tory entre 1705 et 1727. Sa mère est Harriet Villiers, la fille d'Edward Villiers et de l'héritière du royaume d'Irlande Katherine FitzGerald. Les deux oncles paternels de William, Thomas et John sont des députés tandis que sa tante Lucy est mariée à un des chefs du parti Whig, le général James Stanhope. Entre 1717 et 1721, Stanhope joue le rôle de premier ministre, même si la fonction n'existe pas encore officiellement et est un contact politique privilégié pour la famille Pitt jusqu'à ce que l'effondrement de la Compagnie de la mer du Sud ne fasse chuter son gouvernement.
William Pitt est né à Golden Square, Westminster, le 15 novembre 1708. Son frère ainé, Thomas Pitt est né en 1704. William a également cinq sœurs, Harriet, Catherine, Ann, Elizabeth et Mary. À partir de 1719, William est scolarisé au collège d'Eton avec son frère. William n'apprécie pas Eton, avançant plus tard qu'une « école privée pouvait convenir à un garçon turbulent mais pas à un enfant doté d'une quelconque douceur ». C'est à cette période que Pitt commence à souffrir de goutte. En 1726, le gouverneur Pitt meurt et la propriété familiale à Boconnoc est transmise au père de William. Lorsque Robert meurt un an plus tard, c'est le frère aîné de William, Thomas Pitt qui hérite de la propriété.
En janvier 1727, William entre comme roturier au Trinity College d'Oxford. S'il n'est pas un érudit en littérature antique, il est un lecteur assidu et Démosthène est son auteur favori. À cette époque, il devient un ami proche de George Lyttelton qui devient plus tard un homme politique influent. En 1728, un violent accès de goutte l'oblige à quitter l'université d'Oxford sans avoir terminé ses études. Il choisit alors de voyager en France et en Italie lors d'un Grand Tour et entre 1728 et 1730, il étudie à l'université d'Utrecht dans les Provinces-Unies. Il récupère des accès de goutte mais la maladie se révèle incurable et il en est victime jusqu'à la fin de sa vie.
Lorsque Pitt rentre en Angleterre en 1730, il lui est nécessaire, en tant que fils cadet, de choisir une profession. Durant environ 18 mois, Pitt réside dans la propriété de son frère en Cornouailles. Il réfléchit à la possibilité de rejoindre l'Église d'Angleterre mais opte à la place pour une carrière militaire. Ayant rejoint l'armée, il obtient, grâce au soutien de ses amis le grade de cornette dans une unité de dragons. Il est avancé qu'une commission de 1 000 £ a été fournie par le premier ministre Robert Walpole sur les fonds du Trésor pour obtenir le soutien du frère de William, Thomas, au parlement. Cependant, la somme aurait été annulée par le commandant du régiment, Lord Cobham, qui était lié aux frères Pitt par les liens du mariage.
Pitt se rapproche de Cobham qu'il considère comme un père de substitution. Il est stationné pour la plus grande partie de son service à Northampton. Pitt est particulièrement frustré par le fait que, du fait de la politique isolationniste du premier ministre, le Royaume-Uni n'est pas entré dans la guerre de Succession de Pologne qui débute en 1733 et William n'a pas eu l'occasion de combattre. En 1733, Pitt obtient une permission prolongée et il voyage une nouvelle fois en Europe continentale. Il visite brièvement Paris mais passe la plus grande partie de son temps en province. Il s'agit de la deuxième et dernière fois que Pitt quitte l'Angleterre.
La carrière militaire de Pitt devait être relativement courte. Son frère ainé Thomas pouvait briguer deux postes lors des élections de 1734. Il choisit de siéger pour Okehampton et William reçoit le siège d'Old Sarum. Ainsi, en février 1735, William Pitt entre au parlement comme représentant d'Old Sarum.
Pitt rejoint rapidement la faction mécontente des Whigs connue sous le nom de Patriots qui fait partie de l'opposition. Le groupe a l'habitude de se rassembler à la Stowe House, la propriété de Lord Cobham, qui est l'un des leaders de la faction. Cobham est initialement un partisan du gouvernement de Walpole, mais des tensions sur la controversée Excise Bill de 1733 l'ont poussé à rejoindre l'opposition. Pitt devient rapidement l'un des membres les plus influents de la faction.
Pitt fait son premier discours à la Chambre des communes en avril 1736 à l'occasion du débat sur la lettre de félicitation à transmettre au roi George II pour le mariage de son fils Frédéric de Galles. Il s'attaque ensuite à la politique de non-intervention du pays dans la guerre en Europe qu'il considère en violation du Traité de Vienne et des termes de l'alliance avec l'Autriche. Il devient un tel critique du gouvernement que Walpole le punit en arrangeant son licenciement de l'armée en 1736 avec plusieurs de ses alliés et amis politiques. Cela provoque une vague d'hostilité envers Walpole car beaucoup considèrent cet acte comme inconstitutionnel du fait de la liberté d'expression des parlementaires. Cependant aucun des hommes n'est réintégré dans l'armée et l'incident met un terme à la carrière militaire de Pitt mais cette perte est rapidement compensée. L'héritier au trône, Frédéric de Galles est impliqué dans une longue querelle avec son père, Georges II et est le chef de l'opposition. Il nomme William Pitt au poste de Groom of the Chamber en récompense.
Dans les années 1730, les relations entre la Grande-Bretagne et l'Espagne se détériorent. Des cas répétés de mauvais traitements de marchands britanniques par les Espagnols, en particulier l'incident de l'oreille de Jenkins provoquent la colère des Britanniques. Pitt est partisan d'une ligne dure envers l'Espagne et attaque fréquemment le gouvernement Walpole pour sa faiblesse lors des négociations avec Madrid. Pitt attaque la Convention d'El Pardo visant à régler la dispute pacifiquement.
Poussé par la pression populaire, le gouvernement britannique est forcé de déclarer la guerre à l'Espagne en 1739. La guerre commence par une victoire britannique à Portobelo. Cependant, la guerre se prolonge et Pitt accuse le gouvernement de ne pas mener la guerre efficacement ; Ainsi la Grande-Bretagne attend deux ans avant de mener de nouvelles offensives par crainte que les victoires n'entrainent l'entrée en guerre de la France. Lorsqu'ils se décident à passer à l'offensive, un assaut désastreux mené sur le port sud-américain de Carthagène coûte la vie à plusieurs milliers de soldats britanniques, presque tous de maladie. La décision de lancer l'attaque durant la saison humide est considérée comme une preuve supplémentaire de l'incompétence du gouvernement.
Après cela, la guerre coloniale contre l'Espagne est presque entièrement abandonnée car les ressources britanniques sont détournées contre la France lors du déclenchement de la guerre de Succession d'Autriche. La guerre avec l'Espagne se termine par un statu quo ante bellum et beaucoup des tensions sous-jacentes au conflit restent non résolues par le traité de Madrid, ce qui présage de futurs conflits. Pitt considère la guerre comme une occasion manquée de profiter du déclin de la puissance espagnole même s'il se fait ultérieurement l'avocat de relations plus amicales avec l'Espagne afin d'isoler la France.