William Miller (15 février 1782 - 20 décembre 1849) était un prédicateur baptiste américain qui dirigea un mouvement protestant de réveil interconfessionnel entre 1831 et 1844, surnommé « le millérisme » ou « l'adventisme », annonçant le retour de Jésus-Christ pour 1843-1844. Ultérieurement, ce message donna naissance à plusieurs mouvements adventistes, notamment à l’Église adventiste du septième jour.
Le mouvement d'étude des prophéties
Au début du XIXe siècle, les soubresauts de la Révolution française incitèrent certains lecteurs de la Bible à examiner les prophéties apocalyptiques des livres de Daniel et de l'Apocalypse. Se penchant sur les « 2300 jours » (convertis en années), la plus longue période prophétique de la Bible dans Daniel 8:14, plus de 80 commentateurs bibliques du monde entier conclurent qu'elle s'achèverait à une date située le plus souvent entre 1840 et 1847. Pensant qu'il s'agissait du retour du Christ, ils répandirent la nouvelle en diverses parties du monde. Joseph Wolff (1795-1862), un juif allemand converti au christianisme (anglican), annonça ce message au Moyen-Orient et en Inde aux juifs, aux musulmans et aux hindous. Vers 1790, Manuel de Lacunza (1731-1801), un jésuite chilien, écrivit Le retour du Christ en gloire et en majesté. Ce livre circula après sa mort en 1801 en Italie, en Espagne et en Amérique latine. Des prédicateurs protestants suscitèrent l'intérêt des foules : Louis Gaussen en Suisse et en France, Edward Irving en Angleterre, Thomas Playford en Australie et même des enfants en Scandinavie. Dans les années 1820, John Brown et William Cunninghame, deux correspondants anglais du Christian Observer, diffusèrent cette interprétation de la prophétie.
Enfance et adolescence à Low Hampton (1782-1803)
William Miller fut le plus célèbre annonceur de ce retour du Christ. Il naquit le 15 février 1782 à Pittsfield dans le Massachusetts. Ses parents étaient le capitaine William Miller, un vétéran de la Révolution américaine, et Paulina, la fille de Elnathan Phelps, un pasteur baptiste. Il était l'aîné d'une famille de fermiers de seize enfants. Quand Miller eut quatre ans, sa famille alla résider dans la localité rurale de Low Hampton dans l'État de New York. Sa mère se chargea de son instruction jusqu'à l'âge de neuf ans. De neuf à quatorze ans, il travailla dans la ferme familiale et chaque hiver, il fréquenta l'école du district d'East Poultrey.
Dès son jeune âge, Miller fut un lecteur avide. Le juge James Witherell et Matthew Lyon (en) (un membre du Congrès) qui résidaient à Fairhaven dans le Vermont, ainsi qu'Alexander Cruikshanks de Whitehall dans l'État de New York, lui permirent d'avoir accès aux livres de leurs bibliothèques privées, notamment aux livres d'histoire. Durant son adolescence, Miller fréquenta des jeunes déistes, estimant que la Bible était un livre démodé.
Fermier à Poultney (1803-1812)
En 1803, Miller se maria à Lucy Smith et alla habiter dans la ville voisine de Poultney, où il devint un fermier prospère. Ce changement de résidence le mit en contact avec l'intelligentsia déiste de la ville. Il écrivit : « Ils placèrent entre mes mains les œuvres de Voltaire, de Hume, Paine, Ethan Allen et d'autres écrivains déistes. » Il fut élu à un certain nombre de positions : shérif en 1809, juge de paix, lieutenant de la milice du Vermont en 1810. Il adhéra aussi à la franc-maçonnerie. Quand la guerre de 1812 éclata contre la Grande-Bretagne, il fut promu au grade de capitaine de milice. Vers la fin du conflit en 1815, il devint capitaine d'armée régulière.
Capitaine de milice (1812-1815)
La guerre ébranla les certitudes déistes de William Miller sur la bonté inhérente de l'homme et sur la mort comme une fin ultime. Les atrocités de la guerre le convainquirent du contraire. Dès le début du conflit, son père et une de ses sœurs furent des victimes civiles. Et contre toute attente, l'armée anglaise de 15 000 soldats expérimentés (dont des vétérans de la bataille de Waterloo) subit une défaite inattendue contre la petite armée de 1 500 soldats et 4 000 volontaires américains à la bataille de Plattsburgh. Miller y vit un signe de la providence. C'était pour lui « l’œuvre d'une puissance plus forte que celle de l'homme ».
Fermier à Low Hampton : étude des prophéties (1815-1831)
Après la guerre, Miller retourna à Low Hampton auprès de sa mère et acheta une ferme (ce site historique est aujourd'hui un musée d'Adventist Heritage Ministry). Il fréquenta l'église baptiste de son oncle Elihu, soucieux de savoir comment la Bible « pouvait développer des principes aussi parfaitement adaptés aux besoins du monde déchu ». En 1816, il conclut qu'elle était une révélation de Dieu.
Après deux années d'étude assidue et systématique de la Bible, verset par verset, avec l'aide d'une concordance biblique, William Miller conclut en 1818, se fondant sur Daniel 8-9, que la fin des 2 300 jours prophétiques de Daniel 8:14 qui doit conduire à « la purification du sanctuaire » s'accomplirait vers 1843. Pensant que le « sanctuaire » désignait l'Église chrétienne, il considéra que la terre serait purifiée lors du retour du Christ. Miller arriva ainsi à cette conclusion :
Selon le principe qu'un jour prophétique est égal à une année, les 2 300 jours prophétiques représentaient une période de 2300 années.
Cette période démarrait en 457 av. J.-C. par le décret du roi de la Perse, Artaxerxès Ier, qui donna l'autorisation au scribe Esdras de reconstruire Jérusalem et son temple (voir dans le livre d'Esdras 7:12-26).
Selon les calculs de Miller, la période des 2 300 années s'achevait donc en 1843.
Annonce limitée du retour du Christ (1831-1838)
Au départ, Miller fut très réticent à faire part de sa conviction. Croyant être seul au monde à aboutir à cette conclusion, il poursuivit ses recherches en privé sans rien dire à personne pendant plusieurs années. En août 1831, une invitation inopinée à présenter un exposé sur le retour du Christ le força pour la première fois à divulguer le sujet en public. La même année, il abandonna la franc-maçonnerie. Miller reçut invitations sur invitations à présenter son message. Ne pouvant plus répondre à toutes les attentes, il publia en 1834 un petit livre intitulé : Évidences de l’Écriture et de l'histoire de la seconde venue de Christ, vers 1843.