Ce Jour-là

William L. Shirer

Journaliste américain (1904-1993)

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William Lawrence Shirer est un journaliste, historien et écrivain américain, né le 23 février 1904 à Chicago et mort le 28 décembre 1993 à Boston.

Il fut correspondant de presse, puis de radio en Europe, dans les années 1920 et 1930. Sa couverture des annexions nazies de 1938-1939 et du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale pour la CBS depuis Berlin le rendit célèbre auprès du public américain. Il fut avec d’autres journalistes engagés par Edward R. Murrow l’un des pionniers de la diffusion transatlantique, réalisant un certain nombre de « coups » médiatiques et inaugurant la formule du « tour d’horizon » entre correspondants en direct depuis plusieurs grandes capitales. Le Peabody Award lui fut remis en 1946 pour « couverture et interprétation remarquables de l’actualité ».

Il est également connu pour son ouvrage The Rise and Fall of the Third Reich (1960), un récit détaillé de l’histoire politique, diplomatique et militaire du nazisme, du régime hitlérien et de l’Allemagne dans la Seconde Guerre mondiale ; il avait auparavant fait paraître son Berlin Diary (1941). Il est l’auteur d’une quinzaine d’autres livres sur les événements du XXe siècle ainsi que de quelques romans. Plusieurs de ses ouvrages eurent un grand succès populaire et furent primés, mais firent l’objet de critiques d’historiens pour leur faiblesse à l’aune des exigences universitaires et pour leur coloration par certains partis pris.

Origines, formation et famille

William Shirer naît à Chicago le 23 février 1904. Son père, un magistrat fédéral, meurt lorsqu’il a 9 ans, et sa mère déménage avec William, sa sœur aînée et son frère cadet à Cedar Rapids, dans l’Iowa, où vivent les grands-parents maternels de William Shirer. Après sa scolarité secondaire à la Washington High School, il entre au Coe College (en), un collège d’arts libéraux ; il participe au journal étudiant, le Cosmos, et travaille l’été aux pages sportives du Cedar Rapids Republican.

Après avoir obtenu un Bachelor of arts de journalisme en 1925, il se rend en Europe dans l’intention d’y passer l’été et avec deux cents dollars en poche, mais ayant trouvé, le matin du jour prévu pour son retour, un emploi au bureau du Chicago Tribune à Paris, il s’y établit et va ne revenir aux États-Unis que quinze ans plus tard.

Lors de son séjour parisien, il suit des cours sur l’histoire de l’Europe au Collège de France.

Il épouse en 1931 une photographe autrichienne, Theresa Stiberitz, dite Tess (1910-2008) ; ils ont ensuite deux filles, Eileen Inga et Linda Elizabeth. Shirer divorce en 1961 et se remarie avec Irina Lugovskaya.

Il a perdu l’usage de son œil droit en 1932 à la suite d'un accident de ski dans les Alpes.

Au cours de sa scolarité et de ses années en Europe, il a appris l’allemand, le français, l’espagnol et l’italien.

De 1925 à 1927, Shirer travaille au Paris Tribune, l’édition française du Chicago Tribune, puis devient en 1927 correspondant de l’édition américaine. Cette nouvelle fonction l’amène à voyager en Europe ainsi qu’au Proche-Orient et en Inde, où il rencontre le mahatma Gandhi, avec qui il restera en contact.

Il perd son emploi au Tribune en 1932 en raison de la Grande Dépression ; le couple Shirer part vivre en Espagne, où il partage pendant un an une villa sur la côte avec le guitariste Andrés Segovia.

En 1934, Shirer est embauché par l’édition française du New York Herald, mais quitte Paris pour l’Allemagne au mois d’août. Il revient fréquemment en France dans les années 1930.

En 1934, Shirer est engagé par le bureau berlinois de l’Universal News Service, l’une des deux agences de presse du magnat des médias William Randolph Hearst. Il couvre notamment les triomphes hitlériens des années 1930 comme le retour à l’Allemagne du territoire du bassin de la Sarre en 1935 et la remilitarisation de la Rhénanie en 1936.

Lorsque l’UNS cesse ses activités en août 1937, Shirer est transféré à l’International News Service, l’autre agence de Hearst, mais il est renvoyé quelques semaines plus tard. Le jour même où il reçoit son avis de licenciement, il reçoit également une invitation d’Edward R. Murrow, le responsable des activités européennes de la CBS. Lors de leur rencontre, quelques jours plus tard à Berlin, Murrow explique à Shirer qu’il ne peut couvrir toute l’actualité européenne depuis son bureau de Londres et qu’il recherche un correspondant pour ouvrir un bureau en Europe continentale. Il propose le poste à Shirer, sous réserve qu’un enregistrement d’essai satisfasse les dirigeants du réseau, qui désirent juger si sa voix est adaptée à la diffusion radiophonique. Bien que Shirer craigne que sa voix flûtée ne convienne pas, l’essai est jugé concluant.

Shirer devient chef du bureau européen de la CBS, qu’il installe à Vienne ; la capitale autrichienne, en plus d’avoir une situation plus centrale que Berlin, offre alors plus de garantie d’indépendance vis-à-vis des autorités allemandes. Il est chargé de préparer les émissions et, dans les premiers temps, d’engager des correspondants de presse pour les mener à bien, car la CBS interdit alors à ses correspondants de prendre eux-mêmes la parole sur le réseau ; cette interdiction, jugée absurde par Murrow et Shirer, est levée en mars 1938. Shirer est le premier de ce qu’on appellera les « gars de Murrow » (Murrow’s Boys), un groupe de journalistes de radio recrutés par Murrow qui ont couvert la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre pour le public américain.

Jusqu’en 1939, Shirer et les autres correspondants étrangers en Allemagne ne sont soumis qu’à une autocensure : ils savent que les fonctionnaires du ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande du Reich, dirigé par Joseph Goebbels, peuvent leur refuser l’accès aux studios de radio de l’État ou les faire expulser du territoire allemand. Ils conservent malgré tout plus de liberté dans leur travail que les journalistes allemands s’adressant au public allemand.

Le 11 mars 1938, lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne après plusieurs semaines de pressions des nazis sur le gouvernement autrichien, Shirer est le seul journaliste de radio américain à se trouver à Vienne, son confrère Max Jordan, de la NBC, s’étant absenté. Cependant, les troupes d’occupation allemandes, qui contrôlent les studios de la radio, ne l’autorisent pas à retransmettre son reportage aux États-Unis. Sur le conseil de Murrow, qui vient le remplacer à Vienne, Shirer gagne Londres en avion et peut y faire le premier compte-rendu non censuré d’un témoin direct des événements. Il rapporte dans son Berlin Diary que dans l’avion se trouvaient de nombreux Juifs qui fuyaient l’Autriche devenue nazie.

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