William Kennedy Laurie Dickson, dit William K.L. Dickson ou William Kennedy Dickson, est un inventeur, réalisateur, scénariste, producteur de cinéma, directeur de la photographie et acteur franco-britannique, né le 3 août 1860 au Minihic-sur-Rance (Ille-et-Vilaine) et mort le 28 septembre 1935 à Twickenham (Royaume-Uni).
Sa carrière marquante s'est déroulée aux États-Unis. Il est l'un des inventeurs du pré-cinéma, le premier réalisateur de films de l'histoire et le premier acteur dans un film.
Dickson naît le 3 août 1860 en France dans le petit port du Minihic-sur-Rance (Ille-et-Vilaine), d'une mère d'origine écossaise et d'un père anglais. Son père, James Waite Dickson, est artiste, astronome et linguiste, et se dit être le descendant en ligne directe du peintre Hogarth ainsi que du juge John Waite, l'homme qui prononça la sentence de mort du roi Charles Ier. Musicienne douée, sa mère, Elizabeth Kennedy-Laurie Dickson, est apparentée aux Laurie de Maxwellton — immortalisés dans la ballade Annie Laurie — et, de façon plus lointaine, au duc d'Atholl et à la branche royale des Stuart.
Jusqu'en 1879, William Dickson habite en France. Après la mort de son père, il s'installe en Grande-Bretagne avec sa mère et ses sœurs. Là, Dickson, fasciné par les sciences et la mécanique, envoie des lettres à Thomas Alva Edison aux États-Unis, demandant à l'inventeur et industriel de l'employer, mais ses demandes demeurent sans réponse. La famille de Dickson émigre aux États-Unis, et quelques années plus tard Dickson voit son rêve s'accomplir : il obtient un emploi de photographe chez Edison. Très vite, il se révèle indispensable et doué, à tel point qu'il est chargé de travailler aux côtés d'Edison pour développer le phonographe.
Inventeur et pionnier du cinéma
En 1887, Edison caresse un projet qui lui tient à cœur : créer un appareil qui devrait faire « pour l'œil ce que le phonographe fait pour l'oreille ». Edison trace à grands traits les plans de plusieurs projets et charge Dickson de la réalisation des appareils. Dickson se penche d'abord sur la conception de l'appareil de prise de vues, la caméra. Plusieurs procédés voient le jour, qui seront abandonnés. Dickson développe notamment un système de prise de vue et d'enregistrement synchrone du son. C'est une adaptation du phonographe à cylindre, où sont disposés côte à côte sur le même axe en rotation, d'une part un graveur sur cylindre de cire, et d'autre part un enregistreur photographique enregistrant des photogrammes les uns à la suite des autres, à la manière du sillon du phonographe, en spirale, sur un cylindre enduit de produit photosensible. Le son et les images étant disposés sur le même entraînement rotatif, l'enregistrement, puis la lecture des photogrammes sur un cylindre transparent éclairé de l'intérieur, se font à la même vitesse et sont donc couplés au son. Mais Dickson se heurte à deux obstacles insurmontables. D'abord, la sensibilité de l'émulsion colloïdale est insuffisante, compte tenu de la nécessité d'enregistrer en une seconde au moins douze instantanés. D'autre part, alors que le cylindre de cire permet d'enregistrer quelques minutes de son, le cylindre-images, à douze photogrammes par seconde, ne permet que quelques secondes de prise de vues.
C'est l'invention d'un autre chercheur qui permet à Dickson — et à tous les autres chercheurs — de sortir de l'impasse. En 1887, John Carbutt met au point un support souple de nitrocellulose, le celluloïd, que l'industriel américain George Eastman commercialise dès 1888 sous la forme d'un ruban de 70 mm de large, et de longueur en principe illimitée. Cette découverte met fin à la brièveté du cycle typique du jouet optique — phénakistiscope, zootrope, zoopraxiscope, praxinoscope —, qui offre un maximum d'une à deux secondes de spectacle, des dessins ou des photographies installés à la circonférence d'un disque tournant.
Co-invention du film 35 mm standard
Avec l'aide de ses assistants, William Heise et Charles Kayser, Dickson part dans une autre direction que leur trace à grands traits leur employeur, Edison. Dickson découpe d'abord le support souple lisse d'Eastman en trois bobineaux de 19 mm de large qu'il dote d'une rangée de perforations ovales (six perforations par photogramme). La pellicule se déroule horizontalement et les photogrammes sont circulaires, d'un demi-pouce de diamètre, dernier lien formel avec les jouets optiques. Mais c'est avec ce format et ce procédé que l'équipe d'Edison enregistre ses premiers essais aboutis. Entre autres, Dickson se fait filmer par Heise, saluant avec son canotier un public imaginaire. Ce film, Dickson Greeting, est présenté en public le 20 mai 1891, devant une assemblée de 150 militantes de la Federation of Women’s Clubs, qui sont enchantées de ce spectacle de 10 secondes, qu'elles admirent en se penchant sans se lasser sur l'œilleton du kinétoscope. Il n'en reste que deux secondes sur dix car à l'époque, les copies étaient tirées à partir du négatif original qui subissait ainsi de nombreuses manipulations et des passages dans des machines aux mécanismes intermittents qui finissaient par détériorer le négatif (d'où les remakes fréquents). Le quotidien américain The New York Sun relate la première présentation publique de ce film, devant un parterre de militantes féministes et nous renseigne précieusement sur le contenu manquant : « Sur la face supérieure de la boîte, se trouvait un trou, de 1 pouce de diamètre environ. Et, alors qu'elles se penchaient pour regarder, elles virent l'image d’un homme. C'était une très belle image. Il s'inclina, tout en souriant et en agitant la main puis enleva son chapeau avec grâce et le plus grand naturel. Chaque mouvement était parfait ». On peut dire qu'il s'agit du premier film du cinéma, même si Georges Sadoul, dans la chronologie de sa monumentale Histoire du cinéma mondial, le qualifie d'« essai ».
Si Dickson Greeting est un film abouti, l'équipe d'Edison reproche au format 19 mm son manque de définition, qui est ressenti plus particulièrement quand les personnages sont filmés en pied (dans Dickson Greeting, le personnage est cadré en plan américain, coupé au milieu des cuisses). Aussi Dickson conçoit-il un film plus adapté à des cadrages larges : le film Eastman de 70 mm de large est débité en deux rouleaux de 35 mm de large, chacun doté sur ses bords de perforations rectangulaires, à raison de huit perforations par photogramme (quatre d'un côté, quatre de l'autre). Le déroulement de la pellicule est, cette fois, vertical, de haut en bas, et les images sont rectangulaires. Edison s'empresse de déposer des demandes de brevet dans plusieurs pays sur la disposition, le nombre et la forme précise de ces perforations. Le film standard du cinéma est né : le 35 mm aux perforations Edison, que les cinéastes et industriels du monde entier choisiront en 1906 comme standard international des films de cinéma, aux dépens d'autres formats, moins performants, comme le 35 mm à double jeu d'une seule perforation ronde par photogramme (une d'un côté, une de l'autre) utilisé par les frères Lumière, et le 58 mm sans perforations (entraînement par came battante) de l'industriel Léon Gaumont, et d'autres encore.
La pellicule étant prête, la caméra d'Edison est alors finalisée. Baptisée kinétographe, c'est une machine plutôt lourde et encombrante, et de surcroît nécessitant une alimentation électrique. Laurent Mannoni, conservateur à la Cinémathèque française des appareils du précinéma et du cinéma, précise : « Les premiers films ont été enregistrés par le Kinétographe (en grec, écriture du mouvement) : caméra de l’Américain Thomas Edison, brevetée le 24 août 1891. » et : « Cent quarante-huit films sont tournés entre 1890 et septembre 1895 par Dickson et Wiliam Heise à l'intérieur d'un studio construit à West Orange, la Black Maria, une structure montée sur rail, orientable selon le soleil. ».
C'est ainsi que le couple Thomas Edison et William Dickson est à l'origine de la première caméra de cinéma, et du film standard de 35 mm. Selon Dickson, c'est Edison qui le premier désigne par le mot anglais film les bobineaux impressionnés et leur contenu artistique.