Ce Jour-là

William Cobbett

Politicien britannique

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William Cobbett (né à Farnham (Surrey) le 9 mars 1763 – mort à Normandy (Surrey) le 18 juin 1835) est un homme politique et essayiste anglais. Militant agrarien, il était d'une faction non-interventionniste, cherchant à réformer le Parlement, notamment par l'abolition des « bourg pourris », et à augmenter les salaires des travailleurs agricoles, dont la condition dans les petites exploitations était misérable. Il était opposé au Malthusianisme, estimant que c’est par l’amélioration de la condition sociale des ouvriers que l’on maîtriserait la surpopulation des villes. Cobbett était partisan de l’épargne populaire, d’une diminution des impôts, de la disparition des enclosures et d'un retour à l’étalon-or, et s'opposa aux bureaucrates comme aux spéculateurs. Ses prises de position lui permirent d'obtenir deux des nouvelles circonscriptions née du redécoupage (à Oldham) et favorisèrent l'adoption du Reform Act 1832. Il réclama aussi l’abolition des lois anticatholiques.

Années de jeunesse (1763–1791)

William Cobbett est le fils d'un agriculteur et publicain, George Cobbett, qui lui apprit lui-même à lire et à écrire. De cette période, il écrivit plus tard : « Je ne puis me souvenir d'une période où je n'ai pas travaillé pour gagner ma vie. Mon premier travail fut de chasser les oiseaux des semis, et les pigeons des champs de pois. » Il fut laboureur au Château de Farnham puis, pour peu de temps, jardinier aux jardins royaux de Kew. Son enfance bucolique lui avait communiqué sa passion pour le jardinage et la chasse.

Le 6 mai 1783, il prit la malle-poste de Londres où il exerça pendant neuf mois la charge de commis dans l'étude d'un Mr. Holland de Gray's Inn. Puis il s'engagea au 54e Régiment d'infanterie (West Norfolk). Il consacrait ses loisirs à l'étude de la grammaire de l'anglais. De 1785 à 1791, le régiment Cobbett fut envoyé en mission au New Brunswick : parti de Gravesend dans le Kent, il débarqua à Halifax (Nouvelle-Écosse). Cobbett y fut promu sergent-major, le grade de sous-officier le plus élevé.

Le régiment Cobbett fut rapatrié en Grande-Bretagne, et débarqua à Portsmouth le 3 novembre 1791, et lui-même obtint une dispense de l'armée le 19 décembre 1791. À Woolwich, il épousa au mois de février 1792 l'Américaine Anne Reid (1774–1848), qu'il avait rencontrée au Fort Howe à Saint Jean. Ils eurent six enfants : Anne (1795–1877), William (1798–1878), John (1800–1877), James Paul (1803–1881), Eleanor (1805–1900) et Susan (1807–1889). Anne Cobbett écrira plusieurs manuels d'économie domestique, dont The English Housekeeper: The Manual of Domestic Management.

Refuge en France et premier séjour aux États-Unis (1792–1800)

Cobbett s'était pris d'aversion pour les officiers, qu'il suspectait de corruption, et au Nouveau-Brunswick, il avait réuni plusieurs preuves contre certains d'entre-eux ; mais ses accusations furent étouffées par l'Etat-major ; aussi décida-t-il de faire la lumière sur la condition militaire de son temps, dans un premier essai : The Soldier's Friend (1792), où il signalait la solde misérable et les mauvais traitements infligés aux conscrits. Pressentant que l'ouvrage serait censuré, il partit en France pour échapper à la prison au mois de mars 1792. Cobbett avait l'intention d'y rester toute une année pour apprendre le français, mais les troubles de la Révolution française et les guerres révolutionnaires le poussèrent à faire voile vers les États-Unis en septembre.

C'est ainsi qu'au printemps 1793, il débarqua à Philadelphie, alors la capitale provisoire des États-Unis. Cobbett survécut grâce aux cours d'anglais qu'il dispensait aux Français de l'endroit, et à ses traductions du français vers l'anglais. Il affirma plus tard que c'est par hasard qu'il était devenu éditorialiste : au cours d'une de ses leçons, un de ses étudiants français lisait à haute voix dans un journal new-yorkais la lettre ouverte que les Démocrates avaient adressée à Joseph Priestley à son arrivée en Amérique, et la réponse de Priestley. Or le Français se réjouissait bruyamment des sentiments anti-Britanniques qui s'y donnaient libre cours, et irrita Cobbett au point qu'il décida d’« écrire et de publier un manifeste en défense de mon pays. » Ses Observations on the Emigration of Dr. Priestley, publiées anonymement en 1794, étaient une critique virulente contre Priestley.

En 1795, Cobbett écrivit un libelle anti-démocrate : Un os à ronger pour les Démocrates et répondit à ses critiques avec « Dent pour dent » (A Kick for a Bite), le premier libelle qu'il signa du pseudonyme « Peter Porcupine », étant donné qu'un de ses adversaires l'avait qualifié de porc-épic. Il prit parti contre Thomas Jefferson et pour les Fédéralistes d’Alexander Hamilton, parce qu'ils étaient pro-britanniques.

Au mois de janvier 1796, il publia un nouveau mensuel politique, The Censor, qui ne connut que huit livraisons, avant d'être remplacé par la Porcupine's Gazette, quotidien qui parut du 7 mars 1797 à la fin de l'année 1799. Talleyrand, qui à cet époque dirigeait le Renseignement français, s'efforça en vain de le recruter parmi ses agents aux Etats-Unis.

Cobbett ouvrit une librairie à Philadelphie au mois de juillet 1796. Sa devanture affichait un grand portrait de George III et la boutique comportait un immense tableau représentant la « victoire décisive de Richard Howe contre les Français », qui suscita un émoi considérable en ville. Il rééditait l'essentiel des pamphlets pro-anglais alors à la mode, dont la biographie à charge de Thomas Paine par George Chalmers , copieusement annotée des propres annotations injurieuses de l’éditeur.

Après que l’Espagne eut conclu une alliance avec la France contre la Grande-Bretagne, Cobbett se déchaîna dans la Porcupine's Gazette avec une série d’attaques contre Charles IV, au point que le consul espagnol de Philadelphie demanda au gouvernement américain de poursuivre Cobbett pour insulte au monarque espagnol. Cobbett fut effectivement arrêté le 18 novembre 1797 et jugé par Thomas McKean (d’ailleurs gendre du consul d’Espagne) et la Cour suprême de Pennsylvanie. Malgré les réquisitions de McKean, le grand jury rejeta les accusations par une majorité d'une voix.

Dans son billet de la Gazette, il s’en prenait régulièrement à Benjamin Franklin Bache, rédacteur en chef de l’organe du parti républicain-démocratique, l’Aurora de Philadelphie, appelant à traiter « ce sans culotte obstiné comme on le ferait d’un JUIF, d’un TURC, d’un JACOBIN ou d’un CHIEN . » Il s'en prit d'une façon tout aussi grossière au successeur de Bache, William Duane, et aux émigrés irlandais, estimant que ces hommes étaient « animés des mêmes principes infâmes, et mus par la même soif de sang et de rapines, qui a fait de la France une vaste boucherie humaine. » Au mois de mai 1798, il entreprit de publier les détails d'une « Conspiration des Irlandais Unis, dont l' Intention Évidente est d'aider les Tyrans de France en gagnant à leur cause le Gouvernement des États-Unis. » Au sein de leur African Free School de Philadelphie, les républicains irlandais clamaient (et devaient prêter serment) que « un système de gournement libre et l'abandon de toute police de l'opinion sur n'importe quel sujet, [sont] des droits universels de l'espèce humaine. » Dans le contexte d'une guerre larvée contre les conventionnels Français, la Révolution haïtienne (l'île était jusque-là une partie de la République française) constituait pour Cobbett une preuve suffisante de l'intention d'organiser une révolte des esclaves et « de précipiter tout le pays dans la rébellion et les massacres. »

Cobbett fit aussi campagne contre le médecin abolitionniste Benjamin Rush, partisan de la saignée pendant l’épidémie de fièvre jaune, l'accusant d'avoir provoqué une multitude de décès. Rush remporta son procès en diffamation contre Cobbett qui, plutôt que verser 8 000 $ de dédommagement, préféra s'enfuir à New York et en 1800, s'embarquer à Halifax pour Falmouth.

Le gouvernement britannique sut d'ailleurs gré à Cobbett de sa défense acharnée des intérêts de son pays aux Etats-Unis : le Duc de Kent salua en lui "this great British patriot"; le consul britannique en Amérique, Robert Liston, lui proposa « une forte récompense » (qu'il repoussa), et William Windham, le Secrétaire d'État à la Guerre, affirma que Cobbett méritait une statue en or pour les services rendus à la Grande-Bretagne en Amérique.

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