William Carlos Williams, né le 17 septembre 1883 et mort le 4 mars 1963, est un poète, traducteur, critique littéraire et romancier américain.
Il est un des grands représentants du modernisme américain, participant aux mouvements de l'imagisme et de l'objectivisme dont il est l'un des membres fondateurs. Il est ami du poète Ezra Pound, créant d'abord une poésie proche de lui puis s'en éloignant. Sa poésie se construit en opposition à celle de T. S. Eliot et cherche à présenter des objets pour leur valeur propre et non dans une perspective métaphysique. Il s'agit aussi pour lui de rendre compte de l'expérience américaine, alors que beaucoup d'écrivains modernistes sont exilés en Europe.
Peu connu pendant de nombreuses années, il acquiert la reconnaissance après la Seconde guerre mondiale, avec ses poèmes Paterson, Asphodèle et Tableaux d'après Breughel, bien que deux de ses poèmes les plus cités, La Brouette rouge et Le Grand Chiffre, aient été publiés dès 1923. Il devient alors une référence majeure pour les écrivains de la Beat Generation, dont Allen Ginsberg qui fut son ami et qu'il préfaça, mais aussi pour l’École de New York et la Renaissance de San Francisco.
Il était aussi pédiatre et médecin généraliste, des métiers qui ont probablement influencé le choix des sujets de sa poésie. Sa biographe Linda Wagner-Martin note d’ailleurs qu’« il travailla aussi durement à devenir écrivain qu’il le faisait dans son métier de médecin ».
Il inspire le film Paterson de Jim Jarmusch, qui reprend plusieurs éléments de son poème-fleuve Paterson, et dans lequel est lu le poème This Is Just To Say.
William Carlos Williams est né à Rutherford, un petit village proche de la ville de Paterson et de New York, dans le New Jersey. Son père était anglais et sa mère était née à Porto Rico. Il reçoit son premier prénom en référence à son père, comme cela était courant pour le fils aîné, et son deuxième prénom en référence à son oncle du côté maternel, qui était médecin. Depuis sa maison sise rue West Passaic, il peut voir les gratte-ciels new-yorkais, mais Rutherford est alors entourée de forêts, avant de devenir peu à peu une partie de la banlieue de New York ; ce thème de la disparition de la nature au profit de la ville, lié au passage de l'enfance à la vieillesse, sera important dans son œuvre.
Il va à l’école publique de Rutherford jusqu’en 1897, puis est envoyé au Château de Lancy, près de Genève, puis au Lycée Condorcet à Paris, pendant deux ans, et à l’Horace Mann High School à New York. En 1902, il entre à l’Université de médecine de Pennsylvanie, il y rencontre Ezra Pound, puis Hilda Doolittle (plus connue sous le nom de H.D.) et le peintre Charles Demuth. Ces amitiés encouragent sa passion croissante pour la poésie. Il est reçu docteur en médecine en 1906 et passe quatre ans en internat à New York, à voyager et à compléter ses études (notamment à l’Université de Leipzig où il étudie la pédiatrie). Il retourne à Rutherford en 1910 et s’y établit comme médecin jusqu’en 1951. La plupart de ses patients ont ignoré la plus grande part de ses écrits, ne le connaissant que comme le médecin qui mit au monde trois mille de leurs enfants.
Débuts dans l'avant-garde (1910-1931) : imagisme, dadaïsme et objectivisme
Il épouse Florence Herman (1891-1976) en 1912, qu'il appelle « Flossie » dans ses poèmes. De cette union naîtront les fils William Eric en 1914 et Paul Herman en 1916. Peu après, il publie le recueil Les Humeurs (The Tempers). Il est alors proche du mouvement imagiste, qui s'est formé à Londres en 1910 autour de son ami Ezra Pound.
Il découvre en 1913 la peinture européenne lors de la célèbre exposition à l'Armory Show de New York. Il rencontre alors Man Ray, Marcel Duchamp et Marianne Moore. Pendant la Première Guerre mondiale, alors que de nombreux artistes européens s’établissent à New York, Williams se lie avec de nombreux membres de l’avant-garde, comme ceux précédemment cités, ainsi que Francis Picabia. En 1915 débute sa participation à un groupe d’artistes new-yorkais et d’écrivains nommés « The Others » (« Les Autres »). Fondé par le poète Alfred Kreymborg (en) et Man Ray, ce groupe comprenait Walter Conrad Arensberg, Wallace Stevens, Mina Loy, Marianne Moore et Marcel Duchamp. C’est par ce biais que Williams entre en contact avec le dadaïsme, ce qui explique l’influence des principes dadaïstes et surréalistes sur ses premiers poèmes. Son engagement avec The Others fait de Williams un personnage clé des débuts du modernisme en Amérique.
Après la guerre, il publie Korè aux enfers (1920), et fonde la revue Contact, dont le premier numéro sort en décembre. Le livre Le Printemps et le reste (Spring and all), qui contient le célèbre poème La Brouette rouge, sort en 1923. La poésie et la prose critique s'y entremêlent ; les passages en prose ont valeur de manifeste poétique, revendiquant la puissance de l'imagination et du désordre face à la tradition. Il commence à réunir de la documentation pour ce qui deviendra le récit In The American Grain, qu'il publie à son retour d'Europe.
En 1924, sous la pression d'Ezra Pound, qui lui affirme que rien ne se passe artistiquement aux États-Unis et qu'il faut venir en Europe, Williams entreprend un voyage qui le mène surtout à Paris, où il fréquente Ezra Pound et James Joyce, et rencontre des auteurs comme Ernest Hemingway et Gertrude Stein. Man Ray prend des photographies de lui. Il croise également Louis Aragon, Adrienne Monnier et Valery Larbaud. Les époux Williams vont ensuite dans le Midi, où ils vont voir Norman Douglas, puis à Rome et à Vienne, où William étudie pendant un mois à la Faculté de Médecine. Les fils de Flossie et Williams restèrent en Europe pour vivre comme Williams et son frère l’avaient fait dans leur jeunesse.
Son livre Au Grain d'Amérique, publié en 1925, est un échec commercial. Au même moment, Le Printemps et le reste et Le Grand roman américain sont publiés en France. Williams reçoit en 1924 un prix de la revue Poetry, puis en 1926 un prix de la revue Dial.
Il retourne pour un cours voyage en Europe en 1927, lors duquel il rencontre Gertrude Stein, mais cette rencontre n'est pas concluante, bien que Williams ait par la suite très apprécié les œuvres de Stein. Williams raconte dans son Autobiographie s'être senti mal à l'aise en France ; si ses contacts intellectuels ont été très intéressants, il n'a pas du tout envie de s'y installer, comme nombre de ses contemporains américains. Il publie l'année suivante un récit de son voyage en Europe, intitulé A Voyage to Pagany.
En 1931, il relance la revue Contact. Depuis deux ans, il est en correspondance avec le jeune Louis Zukofsky, qu'il a rencontré par l'intermédiaire d'Ezra Pound. Il s'agit pour eux deux de trouver une forme plus solide et plus souple que celles proposées par l'imagisme. Au mois de février, Harriet Monroe publie un numéro de Poetry dont la rédaction a été confiée à Louis Zukofsky, et dans lequel on trouve des poèmes de Carl Rakosi, Zukofsky, Charles Reznikoff, Richard Johns et de Williams, et un manifeste final par Zukofsky. Ils sont rejoints également par George Oppen.
Durant la Grande Dépression, William Carlos Williams se montre préoccupé par le sort des plus démunis, ce qui se voit dans certains poèmes, comme Death, Proletarian Portrait et Late for Summer Weather. Ses nouvelles s'intéressent également à la condition des plus pauvres, comme le montre son recueil The Knife of the Times and Other Stories (1932), ainsi que les textes publiés dans la revue de gauche Blast.
Consécration, derniers recueils et fin de vie
À partir de 1944, il travaille à son « maître livre » Paterson, qu'il publie en cinq livres de 1946 à 1958. Il commence alors à obtenir un certain succès, devenant docteur honoris causa de l'université de Buffalo en 1946, recevant le National Book Award of Poetry en 1950, puis devenant docteur honoris causa de l'université de Rutgers en 1951 et de l'université de Pennsylvanie en 1952.