Walter Spanghero, né le 21 décembre 1943 à Payra-sur-l'Hers (Aude), est un joueur international français de rugby à XV, devenu dirigeant sportif et homme d'affaires. Walter Spanghero est considéré comme l'un des meilleurs joueurs français de sa génération et comme un joueur emblématique de l'histoire du rugby français ainsi que de l'histoire du RC Narbonne, club dans lequel il joua durant presque l'entièreté de sa carrière. Il compte cinquante-et-une sélections en équipe de France, dont vingt-trois fois au poste de troisième ligne centre, cinq fois comme troisième ligne aile et vingt-trois fois au poste de deuxième ligne entre 1964 et 1973. Il a marqué quatre essais et a été désigné capitaine à onze reprises.
Walter Spanghero est un des acteurs de la victoire française lors de trois Tournois des Cinq Nations (1967, 1968 et 1973) dont un Grand Chelem en 1968. Il participe aux tournées en Afrique du Sud en 1964, 1967 et 1971, en Australie en 1968 et 1972 et en Nouvelle-Zélande en 1968.
Après avoir travaillé à la ferme paternelle, puis dans une banque, il est devenu le chef d'entreprise d'une société locale indépendante de location de voitures de la région toulousaine avant de céder cette affaire.
Walter Spanghero est né le 21 décembre 1943 à Payra-sur-l'Hers (Aude). Walter est un prénom masculin allemand et anglais, d'origine germanique, qui est courant dans la région d'origine de ses parents. Il se marie le 13 juillet 1976 et il a un fils unique prénommé Xavier.
Son père, Dante Ferrucio Spanghero, immigré du Frioul, arrive en France dans les années 1930 pour y gagner sa vie comme maçon. La gale du ciment le rend inapte à la profession et il rentre en Italie. Après avoir quitté à nouveau son pays natal pour rejoindre Montréal, il s'installe à Bram en 1936. Il épouse Roméa, elle aussi immigrée italienne, en 1938 à Mirepoix, en Ariège, pour donner naissance à une famille nombreuse de six garçons et deux filles. Il travaille à la ferme, ils « vivent chichement, les repas sont frugaux », se souvient Laurent Spanghero, le fils aîné. Dante Ferrucio Spanghero joue au rugby à XV dans le club local de Bram.
Les six garçons jouent au rugby à un haut niveau, Walter et Claude deviendront même internationaux. « On faisait tous 1,90 m et plus de 100 kilos, alors la presse en a fait ses choux gras, de la fratrie Spanghero », se rappelle Laurent.
Walter est le troisième de la lignée. Ses cinq frères sont Laurent, Jean-Marie, Claude, Guy et Gilbert. Claude est 22 fois international (dont sept aux côtés de son frère), il fait partie de l'équipe première du Racing Club narbonnais tout comme Laurent, Jean-Marie et Guy. Gilbert joue notamment à Graulhet. En 1966, un sujet de l'émission Les Coulisses de l'exploit est réalisé au sujet de la fratrie Spanghero, reportage assuré par le journaliste sportif Roger Couderc. Le benjamin a dix-neuf ans de moins que l'aîné. Maryse et Annie sont les deux filles.
Walter Spanghero aide d'abord à la ferme. Il est amoureux de la terre, très attaché au travail bien fait. À l'âge de douze ou treize ans, il va traire les vaches dès 5 heures du matin, avant de partir pour l'école et fait de même le soir. « Alors que j'étais pensionnaire à Saint-Joseph de Limoux, à l'âge de 13 ans, un professeur a voulu m'adresser un coup de pied. Je l'ai évité et l'enseignant est allé se fracasser la cheville contre un banc. Mon père, convoqué, était mort de honte. Alors, il m'a dit : « si les études te vont pas, tu vas venir avec moi aux champs » », se souvient Walter Spanghero. Il devient garçon de ferme.
Débuts avec Narbonne et en équipe de France
Walter Spanghero commence tardivement le rugby à XV à 17 ans à Bram. Il rejoint Narbonne en 1961 et il joue en équipe première de 1961 à 1975. En 1964, les Narbonnais et Walter parviennent à disputer les demi-finales du championnat de France (défaite 8-3 contre la Section paloise, future championne de France). En quart de finale, Walter Spanghero se distingue en deuxième ligne pour une victoire 11 à 0 sur Montferrand.
Il est retenu pour effectuer la tournée de l'équipe de France en Afrique du Sud après un match de sélection, disputé à Pau en juin 1964. Alors présent au bataillon de Joinville, il doit sa présence dans le groupe français à l'absence du troisième ligne centre de Toulouse Jean Fabre, blessé au nez. Walter Spanghero reçoit sa première cape à l'âge de 20 ans le 25 juillet 1964. Il est retenu pour affronter les Springboks à Springs. Les circonstances sont peut-être les plus difficiles possibles. La pression est importante, la précédente tournée de l'équipe de France de rugby à XV en 1958 en Afrique du Sud ayant été la première tournée d'une équipe de rugby à XV représentant la France dans une nation du Commonwealth de l'hémisphère Sud qui a en plus abouti sur une victoire finale dans la série de test matchs (avec une victoire et un match nul). Il est ainsi aligné aux côtés de Benoît Dauga, 22 ans. Emmenée par son capitaine Michel Crauste, l'équipe de France domine le match grâce au pack d'avants, et prend l'avantage sur un essai de l'ailier Christian Darrouy. Les Sud-Africains manquent une transformation et la France s'impose 8-6. Walter Spanghero est la révélation et l'homme du match. Pour le troisième match de la tournée disputé contre la Western Province, le jeune joueur est essayé au poste de pilier.
Walter Spanghero découvre en 1965 le Tournoi des Cinq Nations avec une sélection le 9 janvier 1965 à Colombes contre l'Écosse. Lors de France-Irlande en 1966, au début de la seconde mi-temps, après une charge du joueur narbonnais, le public se lève, et scande son nom. L'émotion est forte pour le jeune joueur.
Les tournées dans l'hémisphère Sud sont rares, les déplacements en Roumanie moins appréciées des amateurs de rugby. Le Tournoi, lui, « suscite un engouement formidable », selon Claude Dourthe.
Nouvelles tournées et Grand Chelem
Une nouvelle tournée en Afrique du Sud en 1967 lui vaut le surnom de « Iron Man » (« l'homme de fer ») de la part des Sud-Africains. Lors de celle-ci, il dispute le premier test, à Durban. Il subit un K.O. lors d'une bagarre. Pour la première fois de son histoire, l'équipe de France subit une défaite lors d'un test disputé en Afrique du Sud. Il est aligné au poste de troisième ligne aile à Bloemfontein où les Français subissent une nouvelle défaite, 16 à 3. Pour le troisième test, à Johannesbourg, il évolue de nouveau au poste de troisième ligne aile lors d'une victoire 19 à 14. Malgré une blessure contre le Northern Transvaal, match considéré comme l'équivalent d'un test, rencontre où il inscrit un essai, il se rétablit rapidement pour disputer le dernier test, au Cap. Cette rencontre se termine sur un score nul de 6 partout dans lequel il inscrit un essai.
Walter Spanghero connaît en 1968 un autre fait d'armes, avec un Grand Chelem obtenu dans le Tournoi des Cinq Nations 1968 dans des conditions étonnantes. « C'est bien simple, note Spanghero, nous n'avons été que quatre à disputer les quatre matchs, Cester, Campaes, Carrère et moi. » Après les deux premiers matchs du tournoi, les sélectionneurs acceptent d'organiser un match de démonstration à Grenoble juste avant l'ouverture des Jeux olympiques. L'équipe de France, qui avait « fait la troisième mi-temps le soir précédent », se souvient Christian Carrère, s'incline face à une sélection du Sud-est mené par les frères Guy et Lilian Camberabero. Cette défaite provoque de gros changements : huit nouveaux joueurs sont appelés par rapport au test précédent. Cette rencontre est ainsi fatale à la première ligne formée de Abadie, Cabanier et Gruarin, aucun de ces joueurs ne disputant ensuite de matchs avec les Bleus.
Pour le dernier match disputé au pays de Galles, le terrain est très difficile (« C'est bien simple, explique Christian Carrère en 2003, aujourd'hui le match serait reporté »), la météo est détestable, le jeu est cantonné devant. Alors, « un match engagé, quoi » — avoue Walter Spanghero — a lieu. « Le pied est fait pour se mouvoir de haut en bas dans une mêlée ouverte. Jamais comme un balancier. C'est vrai, je suis un peu sorti « tatoué » de cette rencontre, mais en entier. »