Walter Richard Sickert, né le 31 mai 1860 à Munich en Bavière, et mort le 22 janvier 1942 à Bath en Angleterre, est un peintre et graveur britannique d'origine allemande qui est membre du Camden Town Group postimpressionniste au début du XXe siècle à Londres. Il a une influence importante sur les styles typiquement britanniques de l'art d'avant-garde au milieu et à la fin du XXe siècle. Cet artiste décrit par ses proches comme sadique est accusé après de multiples recherches (ne tenant pas toutes la route) menées par Patricia Cornwell d'être le fameux criminel Jack l'éventreur.
Cosmopolite et excentrique, il privilégie souvent les scènes et les gens ordinaires, ainsi que les scènes urbaines, comme sujets. Son travail comprend des portraits de personnalités connues et des images dérivées de photographies de presse. Il est considéré comme une figure marquante de la transition de l'impressionnisme au modernisme.
Des décennies après sa mort, certains, dont deux romanciers, soupçonnent Sickert d'avoir été le tueur en série londonien Jack l'Éventreur, mais ces allégations sont depuis largement rejetées par la communauté scientifique.
Sickert nait à Munich, en Allemagne, le 31 mai 1860. Il est le fils aîné d'Oswald Sickert, un artiste allemand et danois qui est passé par l'atelier de Thomas Couture et admire Courbet, et de sa femme anglaise, Eleanor Louisa Henry, qui est la fille illégitime de l'astronome Richard Sheepshanks et a grandi à Dieppe. En 1868, à la suite de l'annexion allemande du Schleswig-Holstein, la famille s'installe en Angleterre où l'œuvre d'Oswald a été recommandée par Freiherrin Rebecca von Kreusser à Ralph Nicholson Wornum, alors conservateur de la National Gallery. La famille finit par s'installer à Londres et obtient la nationalité britannique. Le jeune Sickert est envoyé à l'University College School de 1870 à 1871, avant d'être transféré au King's College School de Wimbledon, où il étudie jusqu'à l'âge de 18 ans.
Bien qu'il soit fils et petit-fils de peintres, il commence d'abord une carrière d'acteur ; il fait quelques apparitions dans la compagnie de Sir Henry Irving, avant de se lancer dans l'étude de l'art en 1881. Après moins d'un an de fréquentation de la Slade School, trouvant l'enseignement médiocre, Sickert la quitte pour devenir l'élève et l'assistant pour l'eau-forte de James Abbott McNeill Whistler, le plus français des artistes américains, dont il devient le confident. Les premières peintures de Sickert sont de petites études tonales peintes alla prima d'après l'exemple de Whistler.
En 1883, il se rend à Paris et rencontre Edgar Degas, dont l'utilisation de l'espace pictural et l'accent mis sur le dessin auront une forte influence sur son œuvre : « Degas a fourni le contrepoids à Whistler, et celui qui devait finalement s'avérer le plus important pour le développement de Sickert. » Il développe une version personnelle de l'impressionnisme, privilégiant les couleurs sombres donnant des effets saisissants et surnaturels. Suivant les conseils de Degas, Sickert peint en atelier, travaillant à partir de dessins et de mémoire, d'après des croquis, pour échapper à « la tyrannie de la nature ». Degas lui inculque notamment l'idée que le dessin est essentiel.
En 1887, il présente sans succès son tableau Rehearsal. The End of the Act au Salon des XX de Bruxelles.
Sickert se concentre aussi sur les motifs de papier peint dans ses tableaux, créant des arabesques décoratives abstraites, aplanissant l'espace tri-dimensionnel. Ses peintures, comme celles de Degas représentant des danseuses et artistes de café-concert, font la connexion entre l'artificialité de l'art en lui-même et les conventions de la performance théâtrale et le décor peint. Plusieurs de ses œuvres sont exposées au New English Art Club, un groupe d'artistes influencés par le réalisme français que Sickert rejoint en 1888.
Ses premières œuvres majeures, datant de la fin des années 1880, sont des représentations de scènes de music-halls de Londres, souvent dépeintes d'un point de vue complexe et ambigu. Ainsi, les relations spatiales entre l'orchestre, le public et l'artiste deviennent confuses, de même que les gestes des figures dans l'espace ou se reflétant dans un miroir. Les gestuelles isolées des chanteurs et acteurs ne semblent se tendre vers personne en particulier, et les membres du public sont portraiturés s'étirant et contemplant des choses non visibles dans l'espace pictural. Ces thèmes de confusion et d'incommunicabilité deviendront un trait caractéristique de sa peinture. L'un des deux tableaux qu'il expose au NEAC en avril 1888, Katie Lawrence chez Gatti, qui représente une chanteuse de music-hall bien connue de l'époque, suscite une polémique« plus vive que toute autre autour d'un tableau anglais de la fin du XIXe siècle ». Ce thème pictural est ignoré jusque là en Angleterre, le music-hall y étant considéré comme un lieu de dépravation. Le rendu de Sickert est dénoncé comme laid et vulgaire, et son choix de sujet est déploré comme trop vulgaire pour l'art, car les interprètes féminines sont alors généralement considérées comme moralement apparentées aux prostituées. Le tableau annonce l'intérêt récurrent de Sickert pour les thèmes sexuellement provocateurs.
À la fin des années 1880, il passe une grande partie de son temps en France, en particulier à Envermeu et à Dieppe, où il a passé d'heureux moments avec sa mère durant sa jeunesse. Au cours de cette période, il commence à écrire des critiques d'art pour diverses publications, dont The Whirlwind de Herbert Vivian et Stuart Richard Erskine.
Avec d'autres élèves de Whistler, dont sa maîtresse Maud Flanklin et sa future épouse Beatrice Whistler ils exposent entre 1887 et 1888 à la Royal Society of British Artists. Il a gardé contact avec son ancien maître Whistler et lors d'un séjour de celui-ci a Dieppe en 1893, Whistler fait le portrait de son épouse Ellen Cobden, dans Vert et Violet.
En 1898, alors que ses œuvres se vendent mal, il décide de s'installer à Dieppe, sur les hauteurs de la ville où, pendant un temps, il vit modestement avec la poissonnière la plus en vue de la ville, mère célibataire. Il multiplie les paysages de Dieppe et de sa région. Il peint la cathédrale Saint-Jacques à toutes les heures de la journée, comme Claude Monet peignit la cathédrale de Rouen et la basilique Saint-Marc à Venise. La ville lui inspire plus de trois cents toiles. Son ami Degas vient le rejoindre en 1902. Il quitte Dieppe définitivement qu'en 1922.
Entre 1894 et 1904, Sickert effectue une série de visites à Venise pendant l'hiver, se concentrant initialement sur la topographie de la ville ; c'est lors de son dernier voyage de peinture en 1903-1904 que, forcé de demeurer à l'intérieur du fait du mauvais temps, il développe une approche distinctive du tableau à plusieurs figures qu'il explore plus avant à son retour en Grande-Bretagne. On pense que les modèles de nombreuses peintures vénitiennes, une série de nus, sont des prostituées, que Sickert aurait pu connaître en tant que client.
La fascination de Sickert pour la culture urbaine explique son acquisition d'ateliers dans les quartiers ouvriers de Londres, d'abord à Cumberland Market dans les années 1890, puis à Camden Town en 1905, quartier populaire du nord de Londres. Cet emplacement est le théâtre d'un événement qui assure la place de Sickert dans le mouvement réaliste en Grande-Bretagne : le 11 septembre 1907, Emily Dimmock, une prostituée trompant son partenaire, est assassinée chez elle à Agar Grove (alors St Paul's Road) à Camden ; après un rapport sexuel, l'homme lui a tranché la gorge pendant qu'elle dormait, puis est parti le lendemain matin. Le meurtre de Camden Town devient une source permanente de sensationnalisme lubrique dans la presse. Depuis plusieurs années, Sickert peint déjà des nus féminins lugubres sur des lits, et continue à le faire, remettant délibérément en question l'approche conventionnelle de la peinture de la vie - « Le flot moderne de représentations d'images vides dignes du nom de « nu » représente un art et une faillite intellectuelle » - donnant à quatre d'entre eux, dont un personnage masculin, le titre The Camden Town Murder (Le meurtre de Camden Town), suggérant que l'homme vient juste de tuer la femme à ses côtés, et provoquant une controverse qui porte l'attention sur son travail. Il peint plusieurs versions d'une scène dans laquelle un homme costaud se tient assis dans une pose désespérée sur un lit, une femme nue étendue à ses côtés. Ces peintures ne montrent cependant pas de violence, mais une triste prévenance, qui s'explique par le fait que trois d'entre elles sont exposées à l'origine avec des titres complètement différents, l'une étant plus justement What Shall We Do for the Rent ? (Qu'est-ce que nous devons faire pour payer le loyer ?), suggérant que l'homme s'est redressé, ayant peur de ne pas payer ses dettes, tandis que sa femme dort, et la première de la série, Summer Afternoon (Après-midi d'été). Ce jeu sur les interprétations multiples de la même scène est le développement d'un genre pictural intitulé « image problématique ».