Walter Horatio Pater, né le 4 août 1839 à Stepney et mort le 30 juillet 1894, est un essayiste anglais, historien de l'art et critique littéraire.
Son activité d'enseignant à l'université d'Oxford et ses textes théoriques contribuèrent à définir l'esthétisme. Il exerce une influence marquante sur plusieurs écrivains, en particulier Oscar Wilde.
Né le 4 août 1839, à Stepney (dans l'East End de Londres) Pater est le fils cadet du médecin Richard Glode Pater, arrivé à Londres au début du XIXe siècle. Il a 3 ans lorsque son père meurt en 1842. La famille part alors à Hackney puis en 1847, s'installe à Enfield (Middlesex) où Pater suit des cours à l'Enfield Grammar School. Il y reçoit le surnom de « Parson Pater » pour son sérieux. En 1853, sa famille s'installe à Harbledown près de Cantorbéry où il est inscrit à la King's School. Maria Pater, sa mère, meurt en 1854.
À la King's School, Pater lit les premiers volumes de Modern Painters de John Ruskin et découvre le monde de l'art. Entre 1857 et 1858, il connaît une première phase de doute religieux tout en rédigeant de la poésie. Boursier, il s'inscrit en 1858 à Queen's College (Oxford) après avoir décroché un prix en latin et en histoire religieuse à Canterbury.
Durant ses études universitaires, Pater se constitue une culture impressionnante, au-delà des recommandations, en lisant Flaubert, Gautier, Swinburne, Thackeray, Berkeley, Hume, Carlyle, John Stuart Mill, De Quincey, Keats, Walter Scott. Dès cette époque, il traduit régulièrement Flaubert et Sainte-Beuve. C'est peut-être en Allemagne où il passe ses vacances et où se sont installées sa tante et ses sœurs qu'il apprend l'allemand. Il lit Goethe, Hegel et les philosophes allemands. À cette époque, il impressionne Benjamin Jowett, futur Master of Balliol College, helléniste et traducteur de Platon, qui lui donne des cours particuliers. Toutefois, en 1862, Pater ne décroche pas la plus haute mention à son BA de literae humaniores. Depuis son enfance, il envisageait de devenir pasteur anglican, mais comme nombre de ses condisciples, il perd définitivement la foi à Oxford. Dénoncé par un ami auprès de l'évêque de Londres, il renonce et se tourne vers une carrière universitaire. À la mort de sa tante en 1862, il a la charge de ses deux sœurs qu'il a ramenées d'Allemagne. La cadette, Clara (1841-1910), s'investira dans l'éducation des femmes en donnant des cours d'allemand, de grec et de latin à Oxford en 1879, après avoir elle-même suivi des cours de latin donnés par Henry Nettleship. Elle deviendra tutor en grec et latin à Somerville College (Oxford) en 1885 avant d'enseigner de 1898 à 1900 à Londres. Après son diplôme, en 1863, Pater reste à Oxford où il donne des cours particuliers avant de se voir proposer un poste de fellow en grec et latin en 1864 à Brasenose College pour sa connaissance de la langue et de la philosophie allemande. Il fera l'ensemble de sa carrière à Oxford. En 1869, il s'installe avec Clara et Hester au 2, Bradmore Road.
Après un séjour à Paris en 1864 avec ses sœurs, Pater visite l'Italie (Florence, Pise et Ravenne) en 1865 en compagnie de Charles Lancelot Shadwell. Il commence à publier des articles sur l'art et la littérature dans des revues. Le premier, « Coleridge's Writings » paraît en 1866 dans la Westminster Review que dirige John Chapman. Pater traite des écrits théologiques de Coleridge et condamne l'absolutisme théologique et philosophique. En 1867, il publie un essai sur Winckelmann (1867) à l'occasion de la parution d'une biographie sur l'historien d'art allemand. Pater excède largement l'exercice du compte rendu pour méditer sur la Grèce et sur la naissance de la culture et de l'art dans l'aire européenne, tout en soulignant positivement l'homoérotisme de Winckelmann dont il fait une composante de la culture européenne depuis l'Antiquité. En 1868, il publie « The Poems of William Morris » (1868), compte rendu des recueils de poésie de William Morris qui fait l'éloge de leur sensualité et évoque la 'Renaissance'. Pater se tourne ensuite vers la Fortnightly Review de John Morley où les articles sont signés, et qui publie John Addington Symonds, Swinburne, George Meredith, Morris. Il y fait paraître ses essais sur Léonard de Vinci (1869), Sandro Botticelli (1870), Michel-Ange (1871) et Pic de la Mirandole (1872). À l'exception de « Coleridge's Writings », ces essais seront repris dans son premier ouvrage : Studies in the History of the Renaissance (1873). Pater y rajoute un essai sur la poésie courtoise médiévale et sur Joachim du Bellay, rédige une « Préface » et une « Conclusion » où il incorpore des fragments de « Coleridge's Writings » et de son essai sur Morris. À l'exception de Marius et des deux chapitres de La Renaissance, tous ses textes sont d'abord parus dans la presse quotidienne et dans des revues mensuelles ou hebdomadaires.
Dans La Renaissance, Pater s'appuie plus ou moins sur les connaissances de son époque pour transformer la Renaissance en période historique courant du XIIe siècle au XVIIIe siècle, couvrant la France et l'Allemagne, mais également en périodes de libération revenant régulièrement vivifier les hommes et les civilisations. La Renaissance devient une expérience psychique individuelle et collective.
L'essai sur Léonard de Vinci contient le célèbre portrait de Mona Lisa ; celui sur Botticelli est le premier à être spécifiquement consacré au peintre italien et contribuera à remettre sa peinture à l'honneur chez les critiques et les historiens d'art.
Studies in The History of The Renaissance deviendra The Renaissance: Studies in Art and Poetry dès la seconde édition en 1877. L'ouvrage sera réédité en 1888 et 1893 avec des modifications parfois substantielles. À la troisième édition, Pater ajoute ainsi un essai sur « The School of Giorgione » paru dans la Fortnightly Review en 1877. Cet essai contient la célèbre maxime : « All art constantly aspires towards the condition of music ».
En 1873, la « Conclusion » déclenche une polémique par son matérialisme et son « hédonisme ». Pater prône une existence vouée à la recherche de la sensation, qu'elle soit apportée par la nature, les hommes ou l'art, et fait de ce dernier le meilleur exemple de passion. Il dénonce les habitudes et le conformisme intellectuel, et revendique l'art de la différenciation permanente des sensations. La sensation et la jouissance qu'elle engendre peuvent venir de la nature, comme Pater l'écrira dans « Joachim du Bellay » : « Une lumière soudaine transforme une chose triviale, une girouette, un moulin, un van, la poussière sur le pas de la porte. Cela ne dure qu’un instant : mais on garde le désir que cet instant puisse se renouveler par hasard » (La Renaissance, p. 277). La jouissance peut venir de l'« excitation intellectuelle » procurée par la philosophie, la science et les arts comme par les hommes, mais il faut « Brûler toujours de cette flamme semblable à une gemme, maintenir cette extase » (La Renaissance, p. 362).
The Renaissance et son auteur sont accusés d'« hédonisme » et d'amoralité par les conservateurs dont W. Capes, l'ancien tutor de Pater à Queen's College, le chapelain de Brasenose, et l'évêque d'Oxford. Devant cette levée de boucliers, en 1874, Pater préférera retirer sa candidature du proctorship face à la désapprobation de Benjamin Jowett, qui est de surcroît en possession d'une correspondance entre Pater et un jeune étudiant de Balliol, William Money Hardinge, connu pour son apologie de l'homosexualité.
En 1876, W. H. Mallock parodie Pater dans une satire des intellectuels de l'époque, The New Republic, et en fait un esthète efféminé. The New Republic paraît au moment de la nomination du Professeur de Poésie d'Oxford, et suscite, avec la controverse sur La Renaissance, le retrait de la candidature de Pater. Quelques mois plus tard, en décembre 1876, Pater publiera dans la Fortnightly la riposte qu'est « A Study of Dionysus » mettant en scène le jeune dieu étranger persécuté pour sa religion. Cependant, en 1878 il décide de ne pas publier « Dionysus and other Studies », bien que l'ouvrage ait été annoncé et composé. Il se consacre alors à l'écriture et à l'enseignement.