Walter Isard, né le 19 avril 1919 à Philadelphie et mort le 4 novembre 2010, est un professeur américain d'économie à l'université de Pennsylvanie et au Cornell College for Arts & Sciences et est connu principalement comme étant le fondateur de la discipline de science régionale. Walter Isard a établi un mouvement interdisciplinaire sur la recherche régionale et urbaine en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Par son leadership et sa détermination, il a permis aux économistes, aux géographes, aux sociologues et aux urbanistes de construire des théories de phénomènes urbains et régionaux et d'appliquer ces méthodes d'analyse aux questions politiques émergentes du XXe siècle.
Walter Isard est né le 19 avril 1919 à Philadelphie de parents immigrants. Il a obtenu son diplôme à l'université Temple avec félicitation à l'âge de 20 ans puis il a étudié en troisième cycle dans le département d'économie de l'université Harvard, sous Alvin Hansen qui a stimulé son intérêt pour la Théorie de la localisation via l'analyse du développement des transports, de l'emplacement d'activités économiques et des cycles de croissance et de stagnation des entreprises qui ont caractérisé la période des années 1920 aux années 1940. Isard quitte Harvard en 1941 sans diplôme en poche pour l'université de Chicago où il étudie sous Oskar Lange et Jacob Viner, et où son intérêt pour les mathématiques a été ravivé. En 1942, Isard obtient un poste au Conseil de Ressources de Planification nationale à Washington, tout en achevant sa thèse sur la construction de cycles et le développement des transports.
Étant quaker, il obtint le statut d'objecteur de conscience pendant la seconde guerre mondiale. Ainsi au lieu de faire son service militaire, il est aide soignant dans une clinique psychiatrique d’État. Durant cette période, il traduit en anglais les œuvres de certains théoriciens de la localisation principalement d'origine allemande dont Walter Christaller, Alfred Weber, von Thünen mais aussi et surtout les travaux d'August Lösch et d'Andreas Predöhl. Concentrant de plus en plus ses recherches sur la théorie de la localisation en économie, Isard obtient un poste d'enseignant à temps partiel à Harvard en 1945 et peut cibler ses recherches par exemple sur la localisation de l'industrie de l'acier aux États-Unis, ou encore sur les coûts et avantages de l'énergie nucléaire. À Harvard, Isard ne travaille pas seul, il est rejoint par Wassily Leontief qui l'a aidé à adapter son idée de modèle entrée-sortie de l'échelle nationale à une économie locale. En fait, le projet de recherche d'inter-industrie de Leontief à Harvard l'a également aidé à l'aiguisage de son enseignement incluant le premier cours sur la théorie de la localisation et le développement régional jamais appris au Département d'Économie de Harvard.
Émergence d'une nouvelle science : la science régionale ou l'économie spatiale
Entre 1949 et 1953, Isard continue à donner des cours portant sur la théorie de la localisation et le développement régional. Par son enseignement et les discussions avec d'autres économistes, Isard intéresse beaucoup d'autres spécialistes à son domaine d'étude. Déjà avant 1948, l'Association économique américaine organisait des sessions sur le développement régional à sa conférence annuelle et c'est lors de la réunion de 1950 qu'Isard a rencontré 26 autres économistes partageant la même opinion que lui. Ces rencontres vont donc éclaircir ses idées sur ce à quoi devrait ressembler l'émergence d'un nouveau domaine de science régionale : ce serait une inter-discipline qui exigerait quelques nouveaux concepts, données et techniques. Avec le développement de cette nouvelle science, Isard s'est trouvé au centre d'un réseau de savants de l'économie, de l'urbanisme, de la science politique, de la sociologie, de la démographie et bien entendu de la géographie.
En 1953, Isard quitte Harvard pour le MIT, acceptant ainsi un poste dans le Département de Ville et Planification Régionale. Il est alors professeur d'économie régionale et directeur de la Section d'Études urbaines et régionales. C'est à cette période que le terme de science régionale se démocratise.
En 1954, l'Association de science régionale (RSA) est créée, avec Isard comme premier président puis comme président d'honneur après une des rencontres des associations sciences humaines en décembre 1954 réunies à Detroit, rencontre pendant laquelle il a organisé un programme de conférences auxquelles 60 savants ont approuvé l'idée de former une association séparée, nommée l'Association de Science Régionale.
Ces efforts ont donc trouvé un auditoire parmi les participants des conférences inter-disciplinaires annuelles.
En 1956, Isard quitte le MIT pour l'Université de Pennsylvanie, attiré par l'occasion d'être à la tête d'un nouveau département universitaire attribuant un doctorat en Science Régionale. En 1960, le premier doctorat en Science Régionale est attribué à William Alonso pour son étude séminale de l'utilisation de terre et du choix de l'emplacement.
Isard a travaillé avec avidité pour faire de la science régionale une discipline largement reconnue en publiant trois livres importants au cours des quatre années qui suivirent son arrivée en Pennsylvanie à savoir :
Emplacement et Économie Spatiale (1956)
Analyse du Complexe Industriel
Méthodes d'Analyse Régionale (1960)
En 1956, il participe à l'ouverture de l'Institut de recherches de Science Régional en Pennsylvanie et en 1958, à la création du journal du nouveau domaine, le Journal de la Science Régionale. La même année, il visite beaucoup de centres de recherches en Europe où il a organisé les sections de l'Association de Science Régionale.
En 1960, Isard travaille à l'exportation de la science régionale en Europe et en 1962, il aide à fonder des associations de science régionale en Amérique Latine et en Asie orientale. Le premier Congrès européen a été tenu en 1961. Des Sections du RSA ont été par la suite établies dans beaucoup de pays partout en Europe et en Asie aussi bien qu'en Amérique du Nord.
Dans le milieu des années 1960, des instituts d'été de Science Régionale ont été tenus à Berkeley puis le premier Institut européen d'été a eu lieu en 1970 dans Karlsruhe, en Allemagne. Par la suite, des instituts d'été ont été tenus en Europe tous les deux ans. Des conférences internationales sont maintenant tenues chaque année en Amérique du Nord et en Europe, et une année sur deux dans les régions du pacifique.
En 1963 Isard réussit à rassembler un groupe de savants à Malmö, en Suède, dans le but d'établir le Centre de recherche sur la paix (CRP). Comme la science régionale, la science sur la paix a été vue comme un effort interdisciplinaire et international de développer un jeu spécial de concepts, des techniques et des données (car il s'agit là encore d'enjeux, de stratégies pour un meilleur lendemain).
En 1977, Isard réduit le temps qu'il passe à la chaire du département de science régionale de Pennsylvanie pour se consacrer davantage à la science de la paix. En 1978, l'Association de Science Régionale le décore de la Médaille d'honneur puis en 1979, Isard quitte l'Université de Pennsylvanie pour travailler à l'Université de Cornell comme professeur d'Économie où il a continué à enseigner jusqu'à sa retraite récente dans la recherche active.