Walter Gropius, né le 18 mai 1883 à Berlin et mort le 5 juillet 1969 à Boston (États-Unis), est un architecte, designer et urbaniste allemand, naturalisé américain en 1944. Il est le fondateur du Bauhaus, mouvement clé de l'art européen de l'entre-deux-guerres, qui jette les bases du style international. Théoricien du design, il promeut toute sa vie les concepts de rationalisme, de fonctionnalisme et de standardisation.
Walter Gropius commence sa carrière d’architecte sous la direction de Peter Behrens. Il adhère au courant moderniste du Deutscher Werkbund et réalise en 1911 un coup de maître avec l’usine Fagus[réf. nécessaire]. En 1919, au sortir de la Première Guerre mondiale, il prend la tête de l’École d’arts appliqués de Weimar qu’il renomme Bauhaus. Il y introduit une nouvelle façon d’enseigner l’art et la technique. Plus tard, il conçoit pour cette école les célèbres bâtiments du Bauhaus de Dessau. En 1926, il quitte ses fonctions de directeur du Bauhaus et poursuit son travail d’architecte. Le manque de commandes le pousse à émigrer au Royaume-Uni, puis aux États-Unis en 1937. Nommé professeur à l'université Harvard, il forme une génération d’architectes en parallèle de sa carrière. Son dernier projet d’envergure est le gratte-ciel Pan Am Building à New York en 1958. Après sa mort, plusieurs de ses créations sont gérées par des organisations de sauvegarde du patrimoine et plusieurs de ses réalisations sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, parmi lesquelles l’usine Fagus, le campus du Bauhaus à Dessau et les Cités du modernisme de Berlin.
Né à Berlin le 18 mai 1883, Walter Gropius est le troisième enfant de Walter Adolph Gropius (de) et de Manon Scharnweber, fille de l'homme politique prussien Georg Scharnweber (de). Il grandit dans une famille relativement aisée. Son père est conseiller en bâtiment à la préfecture de police de Berlin. Walter a un oncle déjà connu dans le milieu architectural, Martin Gropius (1824-1880), auteur des plans du musée des arts décoratifs de Berlin. En outre, Martin est un élève de Karl Friedrich Schinkel, architecte notoire à cette époque, avec qui Carl Gropius, l'arrière-grand-père de Walter, a combattu sous les ordres du maréchal Gebhard Leberecht von Blücher lors de la bataille de Waterloo.
De 1903 à 1905, Walter Gropius étudie l’architecture à l'École technique supérieure de Munich, avant de poursuivre son cursus universitaire à l'École technique supérieure de Berlin. En 1907, il met un terme à ses études et quitte l'université sans se présenter aux examens de diplôme. La même année, il part pour l'Espagne dans un voyage qui dure une année .
En 1908, Walter Gropius est embauché comme assistant et chef de chantier par l'agence d'architecture berlinoise de Peter Behrens, grâce à l’appui du mécène Karl Ernst Osthaus rencontré en Espagne. Il côtoie alors Ludwig Mies van der Rohe qui travaille également à l’agence. Peu après, il rédige un essai qu'il soumet au président d'AEG sous la forme d’un « programme pour la création d'une société générale d'architecture sur une base artistique unifiée », dans lequel il promeut une approche industrielle et standardisée de l'architecture, principe proche du taylorisme.
En 1910, Walter Gropius ouvre son cabinet d'architecture à Potsdam dans le quartier de Neubabelsberg. Son principal collaborateur y est Adolf Meyer. Les premiers maîtres d'ouvrage avec lesquels il peut exprimer sa créativité sont issus du monde de l'industrie et c'est ainsi qu'en 1911, il commence la construction de l’usine Fagus, une fabrique de formes à chaussures à Alfeld. L'édifice, achevé en 1913, se caractérise par des toits plats, par une structure métallique et par des façades entièrement vitrées organisées visuellement par des lignes orthogonales. L'utilisation d'une charpente porteuse permet de libérer les murs de leur fonction porteuse et de séparer ainsi la structure portante des cloisons extérieures. De grandes parois vitrées s’étendent aux trois niveaux de l’édifice. Elles sont encadrées par des chassis métalliques séparés par des piliers recouverts d’un parement en briques. Grâce à cette conception, l'architecte introduit des angles de bâtiment entièrement en châssis de verre.
Adhésion aux mouvements avant-gardistes
Toujours en 1910, l’architecte adhère au Deutscher Werkbund, association d’artistes qui promeut l'innovation dans les arts appliqués et l'architecture. D'une part, ce mouvement influence durablement la vision de Walter Gropius en termes de conception, de promotion et de fonctionnalité dans l'artisanat et l’industrie ; il va, d'autre part, développer la créativité du jeune architecte, et le libérer des références architecturales historiques : les formes architectoniques des édifices que Gropius crée résultent essentiellement des contraintes liées aux formes techniques (v. fonctionnalisme). Avec Adolf Meyer, il affine également ses méthodes de création. Comme il ne sait pas dessiner, il s'entoure de gens capables de le faire. Dès lors, il trace les grandes lignes et ses collaborateurs finalisent les plans. Par ailleurs, Gropius développe aussi toute une méthode basée sur la communication : il donne des conférences, publie des articles, des livres, des essais, etc..
Fort de l'accueil positif de la critique pour l’usine Fagus, l’architecte présente en 1914 un ensemble prototype de bureaux et une usine modèle pour l'exposition du Deutscher Werkbund à Cologne. Durant les premières années de l’agence d’architecture, il conçoit également des meubles, des papiers peints, des objets de grande série, des carrosseries automobiles et même une locomotive diesel.
La Première Guerre mondiale interrompt la carrière de Gropius. Appelé comme réserviste, il sert sur le front de l'Ouest en tant que sergent-major durant toutes les hostilités, et il est très gravement blessé, frôlant la mort. À la fin de la guerre, il porte le grade d'officier, lieutenant dans le corps des transmissions. Il est décoré à deux reprises de la croix de fer. D'abord belliciste, soutenant l’empereur Guillaume II, il se résigne peu à peu en voyant le chaos dans lequel la guerre entraîne le pays. De plus, ces quatre ans de conflit l'ont convaincu de se tenir à l'écart de toute prise de position politique.
En 1915, il épouse Alma Mahler, la veuve de Gustav Mahler. L’année suivante naît une fille, prénommée Manon. Le couple divorce en 1920. La mort de Manon, le 22 avril 1935 à l’âge de dix-huit ans, inspire à Alban Berg son Concerto à la mémoire d'un ange, composé la même année.
En 1919, Gropius adhère à plusieurs mouvements artistiques et prend part, sous le pseudonyme de « Maß », aux échanges épistolaires entre utopistes expressionnistes, échanges qui prennent la forme d'une chaîne de lettres. Ce groupe de correspondants, appelé la « Gläserne Kette » (Chaîne de verre), se forme sous l’impulsion de Bruno Taut et est actif entre novembre 1919 et décembre 1920. Leur correspondance alimente les bases théoriques de l’architecture expressionniste en Allemagne. Walter Gropius adhère également à l'Arbeitsrat für Kunst ainsi qu'au Novembergruppe, deux associations d'architectes et d'artistes, également fondées par Bruno Taut.
En 1915, l'un des membres importants du Deutscher Werkbund, Henry Van de Velde, démissionne de la direction de la Kunstgewerbeschule, l'école des arts décoratifs de Weimar, à cause des pressions qu’il subit en raison de sa nationalité belge. Il recommande Walter Gropius pour lui succéder. Dès 1916, l'architecte soumet donc au grand-duché de Saxe-Weimar-Eisenach un document dans lequel il formule ses « Recommandations pour la création d'une école susceptible de fournir une orientation artistique à l'industrie, au commerce et à l'artisanat ». Au sortir de la guerre, après la proclamation de la république de Weimar en novembre 1918, il est nommé professeur à l'Académie des beaux-arts de Weimar (Kunsthochschule). En 1919, Walter Gropius réussit à faire fusionner l’école des Arts décoratifs et celle des Beaux-arts. Et le 1er avril de cette même année, il est nommé directeur de cette nouvelle école, qu’il renomme quelques jours plus tard Staatliches Bauhaus in Weimar (de l'allemand Bau, « bâtiment, construction », et Haus, maison ; Bauhaus : « maison du bâtir, maison de la construction »).