Ce Jour-là

Walter Benjamin

Philosophe, critique littéraire, critique d’art et traducteur allemand

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Walter Benjamin (en allemand : [ˌvaltɐ ˈbɛnjamiːn] ? Écouter [Fiche]) (nom complet : Walter Bendix Schönflies Benjamin) est un philosophe, historien de l'art, critique littéraire, critique d'art et traducteur allemand né le 15 juillet 1892 à Berlin (royaume de Prusse) et mort le 26 septembre 1940 à Portbou en Catalogne, dans l'Espagne franquiste.

Il est rattaché à l'école de Francfort. Il a notamment traduit Balzac, Baudelaire et Proust, et est l'auteur d'une œuvre hétéroclite aux confluents de la littérature, de la philosophie et des sciences sociales. Son suicide a laissé son œuvre dans l'inachèvement avec seulement deux livres publiés de son vivant, des articles et de nombreuses notes en vue de la publication d'une vaste enquête sur le Paris du XIXe siècle.

Sa pensée a été redécouverte, étudiée et commentée à partir des années 1950, avec la publication de nombreux textes inédits et de sa correspondance. Longtemps ignoré en dehors de cercles littéraires, il a peu à peu acquis une notoriété le plaçant parmi les théoriciens majeurs du XXe siècle.

Walter Bendix Schönflies Benjamin naît à Berlin-Charlottenburg de parents allemands de confession juive et assimilés, Emil Benjamin (1856-1926) et Pauline (née Schoenflies). Son père était d'abord banquier à Paris, puis antiquaire et marchand d'art à Berlin : son fils héritera de son goût pour la collection. Aîné de la fratrie, Walter a également un frère, Georg (1895–1942) et une sœur, Dora (1901–1946).

Par ailleurs, Benjamin est le neveu du psychologue William Stern, ainsi que le cousin de la poétesse Gertrud Kolmar (par sa mère) et du philosophe et activiste Günther Anders, époux d'Hannah Arendt.

Il passe son enfance à Berlin — il la relatera dans les années 1930, durant son exil (Enfance berlinoise vers 1900, posthume). Pour des raisons de santé, il effectue de 1904 à 1907 un séjour à la campagne. De 1905 à 1907, il fréquente la Hermann-Lietz-Schule à Haubinda, en Thuringe, où il subit l'influence de Gustav Wyneken (1875-1964), inspirateur du mouvement républicain Freie Studentenschaft (Union des étudiants libres). Celui-ci l'incite à s'engager dans les Jugendbewegung (« mouvement de jeunesse » allemand), ce qui lui permet de rompre avec ses origines bourgeoises.

En 1910, il produit des articles pour Der Anfang (Le commencement), principale publication du Jugendbewegung, sous le pseudonyme d'« Ardor ».

Après le baccalauréat, en 1912, Walter Benjamin commence des études de philosophie, de philologie allemande ainsi que d'histoire de l'art à l'université de Fribourg-en-Brisgau, puis voyage en Italie, point de destination traditionnel des bacheliers allemands.

En 1914, il devient président des Freien Studentenschaften puis, en raison de désaccords, se retire des activités du groupe, y compris de la revue Der Anfang. Le suicide d'un couple d'amis le marque profondément. Il se fiance et commence la traduction des Tableaux parisiens de Charles Baudelaire, qu'il va mettre près de dix ans à terminer.

En 1915, alors que l'Allemagne est en guerre, Gustav Wyneken publie un texte encourageant la jeunesse allemande à servir sa patrie. Walter Benjamin lui écrit pour lui signifier son désaccord et rompt définitivement avec lui. Il rencontre Werner Kraft (de). Il s'inscrit ensuite à l'université de Munich, où il rencontre Rainer Maria Rilke et Gershom Scholem, sans doute son premier véritable ami. En 1916, il rompt ses fiançailles pour vivre avec Dora Kellner, épouse de Max Pollack qu'elle quitte.

En 1917, Benjamin reçoit un ordre de mobilisation, mais parvient à se procurer un certificat médical relatif à sa sciatique chronique, ce qui ajourne son incorporation. Il épouse Dora Kellner, et passe quelque temps avec elle en sanatorium à Dachau.

Afin de terminer au mieux ses études, il part en Suisse et s'inscrit à l'université de Berne en septembre 1917. Il commence une thèse sur la critique d'art à l'époque romantique. En 1918, son fils Stephan Rafael nait le 11 avril (mort le 6 février 1972) à son propos Benjamin tiendra un carnet intime jusqu'en mars 1932. Il achève la rédaction de sa thèse, soutenue à l'université de Berne. Il poursuit alors ses traductions de Baudelaire en allemand.

Durant cette période suisse, il retrouve Gershom Scholem, également étudiant à Berne : ils sont très proches. Scholem tente d'intéresser Benjamin à la mystique juive, au sionisme progressiste, mais celui-ci n'est passionné que par les romantiques et les poètes allemands. Durant les deux dernières années de la guerre, le gouvernement harcèle les étudiants juifs allemands non-incorporés et déclenche contre eux une campagne antisémite. Benjamin reste alors en Suisse, explore le pays durant l'année 1918 et termine sa thèse, tout en se liant d'amitié avec des dadaïstes comme Hans Richter et Francis Picabia.

Vers une nouvelle sociologie de l'histoire

En 1919, Benjamin rencontre Ernst Bloch à Berne, également proche des dadaïstes, qui avait fui l'Allemagne contaminée selon lui par un esprit prussien qu'il dénonçait. L'année suivante, Benjamin publie à Berne son premier essai tiré de sa thèse, Begriff der Kunstkritik in der deutschen Romantik : il reste profondément attaché à l'esprit romantique d'un Hölderlin, aux utopies venues des Lumières, et ce, sous l'influence de Bloch ; mais Scholem note que son ami donne dans le « pathos de l'espoir ».

En 1920, incapable de subvenir aux besoins de sa femme et de son fils, il emménage avec eux chez ses propres parents à Berlin. En 1921, il se sépare de son épouse, et vit entre Heidelberg et Berlin. Cette année-là, il achète à Munich le tableau de Paul Klee, Angelus novus qui restera la plupart du temps chez lui, à Berlin, jusqu'à son exil, mais de temps en temps, Benjamin part en voyage et c'est Scholem qui garde le tableau. Il rencontre Klee mais aussi Kandinsky, professeurs au Bauhaus à Weimar, et éprouve un grand enthousiasme pour la nouvelle architecture et le courant de la nouvelle objectivité.

En 1922, il cherche à obtenir une habilitation d'enseignant à l'université de Heidelberg, mais son diplôme suisse n'y est pas reconnu. Il n'est pas plus heureux dans sa tentative similaire de 1923. De plus, au même moment, son ami Scholem part à Jérusalem y enseigner la mystique juive. Benjamin rencontre alors le jeune Theodor Adorno. Il abandonne l'apprentissage de l'hébreu, au désespoir de Scholem. Il publie ensuite son deuxième essai, qui porte sur Charles Baudelaire et ses Tableaux parisiens : ce travail l'a conduit à Paris, une ville qui le passionne. Cet essai paraît grâce à l'Institut de recherche sociale, nouvellement fondé à Francfort, par Felix Weil (en) et Carl Grünberg : ce lieu est l'antichambre de la future école de Francfort, avec laquelle Benjamin va collaborer jusqu'à sa mort.

Durant son premier séjour à Paris, il croise certains surréalistes : s'il connaissait déjà Picabia et Tristan Tzara, il découvre les ouvrages de Louis Aragon ; sa passion pour Paris s'en trouve renforcée. Puis, il se lie avec la photographe Germaine Krull qui lui donne ses clichés sur les passages parisiens. Benjamin commence à écrire sur ces passages, sur Paris et la mode ; s'inscrivant dans la continuité de son étude sur Baudelaire, il se demande comment et pourquoi Paris est devenue la ville de la modernité.

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