La Waffen-SS (littéralement « escadron de protection en armes » en allemand) est la branche militaire de la Schutzstaffel (SS), dont elle constitue l'une des composantes les plus importantes avec la SS générale (Allgemeine SS), le service de sécurité (Sicherheitsdienst) et les unités à tête de mort (SS-Totenkopfverbände).
Conçue en novembre 1939 par Heinrich Himmler comme une armée raciale et politique sous son commandement, elle est à l'origine uniquement constituée de nationaux-socialistes convaincus, soumis à de sévères critères de sélection notamment basés sur les théories raciales nazies. Elle agrège initialement à la SS-Verfügungstruppe, la division « Totenkopf », la division « Das Reich », la division « Polizei », les écoles d'officiers SS, la division « Leibstandarte Adolf Hitler » et divers services administratifs. Au fil du temps, et surtout à partir de la fin de l'année 1942, elle intègre des troupes de toutes origines, des Volksdeutsche (personnes d'origine germanique nées hors du Reich) et des malgré-nous alsaciens et mosellans dans une première phase, puis des personnes essentiellement issues des pays occupés, de la Belgique à l'Albanie, du Danemark à l'Ukraine, sans se soucier de leur éventuelle origine germanique. Ces unités composées de dits « volontaires étrangers de la Waffen-SS » deviennent largement majoritaires à partir de 1944, avec près de sept cent mille hommes sur un total d’environ un million de membres de la Waffen-SS pendant toute la durée du conflit. Avec des motivations diverses, allant de l'engagement nazi ou des convictions anticommunistes jusqu'aux conflits ethniques locaux, les unités étrangères de la Waffen-SS furent un appoint important aux opérations militaires allemandes.
Présentes sur tous les fronts depuis la fin de la bataille de France jusqu'en 1945, à l'exception de l'Afrique du Nord, les unités de la Waffen-SS se révélèrent d'engagement variable : nombre d'entre elles firent preuve d'une grande combativité, essentiellement sur le front de l'Est, à partir de 1941. Elles se singularisèrent par le nombre de leurs exactions et de leurs crimes sur tous leurs théâtres d'opérations.
Dans les semaines qui suivent l'accession des nazis au pouvoir, la SS se dote de commandos armés, les Politische Bereitschaften (littéralement « unités politiques »), notamment destinés à pourchasser les opposants et à contrebalancer les troupes de la Sturmabteilung (« la SA »).
Après la purge de la nuit des Longs Couteaux, du 30 juin au 2 juillet 1934, dans laquelle ces unités servent d'exécutants, Adolf Hitler accepte, le 16 mars 1935, malgré les réticences de la Reichswehr, de les fondre en une seule unité, la SS-Verfügungstruppe (abrégée « SS-VT »), dépourvue d'unités de génie et d'artillerie. Le nom de baptême « SS-Verfügungstruppe » signifie d’ailleurs littéralement « troupe SS à disposition », deux mois plus tard, en mai 1935).
« La SS-Verfügungstruppe est organisée pour prendre part à la guerre et combattre sur les champs de bataille. En versant son sang sur le front, elle gagnera le droit moral d'abattre les lâches et les saboteurs de l'intérieur. »
— Heinrich Himmler, 8 novembre 1938.
De 1934 à 1939, la SS-VT coexiste avec la garde rapprochée du Führer, la « Leibstandarte SS Adolf Hitler », créée en 1933, forte d'une centaine d'hommes issus pour la plupart de la SA. Commandée par Sepp Dietrich, cette garde prétorienne reçoit une formation militaire dispensée par le 9e régiment de la Reichswehr.
Une partie des personnels SS dévolue à la surveillance et à la supervision des camps de concentration va, dès 1934, constituer les SS-Totenkopfverbände (littéralement « unités SS à tête de mort »), placées sous le commandement de Theodor Eicke, chargé également de l'inspection des camps, et prendront ce nom en 1936.
Une fois le ministre et chef de l’armée Blomberg écarté au début de l’année 1938, Hitler balaie les réticences des militaires et, le 17 août 1938, réorganise par décret la SS-VT : cette unité constitue à partir de ce moment une division renforcée par l'incorporation d'une partie des membres des SS-Totenkopfverbände (abrégé « SS-TV ») et se voit dotée d'armes lourdes. Le 18 mai 1939, il autorise Heinrich Himmler à verser dans la SS-VT 50 000 hommes de l'Allgemeine SS : la Waffen-SS est « née », même si cette appellation ne devient officielle que le 2 mars 1940. En septembre 1939, on ne compte dans les formations militaires SS (y compris les « centres de formation ») qu'environ 23 000 hommes.
À première vue, l'on peut s'étonner de la réponse favorable apportée à la demande de Himmler et de la SS de se doter d'unités militaires : c'était précisément la demande d'Ernst Röhm et de la SA avant la nuit des Longs Couteaux. Mais le contexte a changé : Hitler a assuré son pouvoir, notamment sur la Reichswehr (depuis 1935, devenue la Wehrmacht) qui n'a plus, comme en 1934, les moyens de s'opposer à lui, d'autant plus qu'il a débarrassé l'armée des ambitions de la SA ; la SS n'a pas la volonté d'influencer le programme et l'action du NSDAP et elle a donné à Hitler de sérieux gages de fidélité lors de la nuit des Longs Couteaux et de la nuit de Cristal. Himmler, qui n'a pas le charisme de Röhm, est d'une fidélité absolue au Führer et ne peut en aucun cas être considéré comme un rival potentiel. De plus, grâce à l'action de Reinhard Heydrich, la SS a fait ses preuves dans la persécution des opposants, puis dans la mise en place et le peuplement des premiers camps de concentration.
Formation militaire et endoctrinement politique
En 1934, le général à la retraite de la Reichswehr, Paul Hausser, rejoint la SS, afin d'assurer une véritable formation militaire aux unités de la SS-VT. Officier prussien traditionnel, élégant et cultivé, il n'a rien de commun avec les compagnons de brasserie bavarois, les voyous de la SA ou les nazis des premiers jours comme Sepp Dietrich. Il n'en met pas moins toutes ses compétences au service de la formation de la VT, future Waffen-SS.
Hausser a pour objectif de doter la VT de toutes les compétences d'une unité militaire traditionnelle. Sa personnalité, la qualité de la formation dispensée dans les écoles militaires de Bad-Tölz et du château de Brunswick contribuent à attirer de nouveaux membres dans la VT.[réf. souhaitée]
Avec Felix Steiner, Hausser trouve à la fois un adjoint et un rival. Steiner ne partage en effet pas les conceptions classiques de Hausser et privilégie une formation plus originale, inspirée des commandos de choc (les Stosstruppen) de la Première Guerre mondiale, mettant l'accent sur le corps à corps, l'utilisation d'armes automatiques et de grenades.
Quelles que soient les différences entre Hausser et Steiner, il est indéniable que les Waffen-SS reçoivent une formation de qualité, au cours de laquelle sont organisées de nombreuses compétitions sportives afin de transformer les recrues en véritables athlètes, mais aussi de développer un esprit de groupe, entre soldats, et entre hommes du rang, sous-officiers et officiers.
Le recrutement et la formation des futurs officiers rompent également avec les traditions militaires. Afin d'éviter le développement d'un esprit de caste, les futurs officiers doivent servir au moins deux ans dans le rang avant d'entrer dans une SS-Junkerschule (en), école d'officiers de la Waffen-SS.[réf. souhaitée]
Les recrues de la Waffen-SS et tout particulièrement leurs officiers reçoivent également une formation « politique » sur les lignes directrices et l'idéologie du parti, imprégnée d'un anticommunisme et d'un antisémitisme radicaux ; cet aspect de la formation suscite de fortes réticences de Hausser et Steiner, nazis convaincus qui veulent dispenser une formation militaire de haut niveau sans trop s'encombrer d'aspects politiques.[réf. souhaitée]