Le vote des pleins pouvoirs constituants et législatifs à Philippe Pétain est un vote de l'Assemblée nationale (réunion du Parlement composé de la Chambre des députés et du Sénat) convoquée à Vichy (Allier) le 10 juillet 1940 par le président de la République française Albert Lebrun, à la demande du président du Conseil Philippe Pétain, maréchal de France, conformément au conseil des ministres du 4 juillet. Quelques jours avant, l'armistice du 22 juin 1940 avait été signé à Rethondes, après la défaite de la France contre l'Allemagne nazie.
Après des votes successifs, à la quasi-unanimité, du principe de la révision constitutionnelle par la Chambre des députés et le Sénat le 9 juillet, l'Assemblée nationale vote, à une très forte majorité, la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 donnant « tout pouvoir au gouvernement de la République […] de promulguer […] une nouvelle constitution de l'État français [qui] devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie ». Ce vote met un terme à la Troisième République et institue l’« État français », dit régime de Vichy, qui s'engage dans la voie de la collaboration avec le Troisième Reich durant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation.
Le scrutin a lieu dans le contexte de l'écrasement des armées alliées au cours de la bataille de France. L'armée anglaise ayant rembarqué à Dunkerque tandis que les Allemands s'enfoncent vers le Sud, le gouvernement Reynaud se retrouve devant le choix, soit de continuer la guerre depuis la Corse et les colonies, soit de demander un armistice.
Le 16 juin, Paul Reynaud ayant démissionné, le président de la République, Albert Lebrun, nomme à la tête du gouvernement le maréchal Pétain, vainqueur de la guerre de 1914-1918, âgé de 84 ans. Celui-ci forme son gouvernement et décide de demander l'armistice, qui est signé le 22 juin 1940 en forêt de Compiègne.
La France étant alors partagée en plusieurs zones occupées ou interdites et la majorité des hommes étant soit prisonniers en Allemagne soit exilés, il n'est pas opportun d'organiser des élections, d'autant plus que les lois constitutionnelles (« Constitution ») de la IIIe République n'accordent pas le droit de vote aux femmes.
Si Paul Baudouin et Yves Bouthillier souhaitent attendre janvier 1941 pour réunir les Chambres, Pierre Laval, vice-président du Conseil, manœuvre pour que les parlementaires accordent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le 29 juin, le maréchal est convaincu et Pierre Laval se rend chez le président Albert Lebrun pour demander la convocation de l'Assemblée nationale, qui accepte, terrorisé. Lebrun convoque l'Assemblée le 1er juillet à Vichy. Le 2 juillet, un communiqué de presse présente cette convocation ainsi que le but affiché de modifier les institutions dans le but de renforcer le pouvoir exécutif. Le texte est présenté en Conseil des ministres le 4 et utilise les évènements de Mers el-Kébir pour justifier son texte. Durant les deux jours suivants, Laval manœuvre autour des parlementaires pour les pousser à voter ce texte, utilisant tour à tour, le patriotisme, l'anglophobie, l'antiparlementarisme, le peur des Allemands ou le chantage. Pour réussir, il n'a besoin que de toute la droite et d'une partie des socialistes, dont il ne liste que 21 noms à retourner. Certains parlementaires commencent immédiatement à s'opposer au projet comme le député Louis Noguères et les sénateurs Georges Pézières et Jean Jacquy. Le matin du 5, une réunion d'une centaine de députés se réunit dans le Petit Casino sous la houlette de Laval, Charles Pomaret et Jean Ybarnégaray avec l'aide de Xavier Vallat et Jean-Louis Tixier-Vignancour. Laval ne cherche pas la discussion et menace que si le vote ne se fait pas, alors Hitler l'imposera par la force. Il critique la démocratie et, pour la seule et unique fois, annonce clairement qu'il souhaite l'instauration d'une dictature, devant plaire à Hitler, qu'il fera ensuite deux actes, l'un pour donner les pleins pouvoirs effectifs à Pétain et un autre pour désigner son successeur. Un grand nombre de parlementaires est choqué par ses paroles, mais les jours suivants, Laval sera plus conciliant et avenant, justifiant sa position comme d'un effet de communication à destination d'Hitler.
Le lendemain, Laval réunit cette fois 200 députés pour continuer son argumentation et à cette occasion Charles Spinasse, ancien ministre de Léon Blum, prononce un discours d'auto-flagellation et argumente en faveur du texte. Xavier Vallat prend la parole au nom de la droite et entérine l'union nationale autour du texte. Cette réunion est critique pour le choix des votes.
L'opposition au texte s'organise rapidement autour de Joseph Paul-Boncour avec le groupe informel des anciens combattants du Sénat pour former un contre-projet qui ne fait que déléguer les pouvoirs législatifs à Pétain et ne fait que suspendre la Constitution jusqu'à la paix. Du côté des députés, Gaston Manent, avec l'aide de Vincent Badie, prépare un texte qui indique qu'il faut des réformes autour de Pétain qui doit avoir des pouvoirs étendus, mais qu'il ne faut pas de régime dictatorial et bafouer les libertés démocratiques. Au total, une soixantaine de parlementaires se sont réunis pour s'opposer au projet de Laval, la plupart de gauche ou de centre gauche.
Le 7, Pierre-Étienne Flandin, chef du centre-droit et rival de Laval, arrive à Vichy et prononce un discours particulièrement antiallemand et s'oppose au changement de Constitution, qui semble convaincre la majorité des députés présents. Pour Flandin, le choix est de respecter la Constitution en faisant élire Pétain comme Président de la République. Mais, contrairement à sa position face à Laval, Lebrun reprend confiance et refuse de démissionner. Le soir, une rencontre entre Flandin et Laval a lieu et ce premier finit par soutenir son rival, la teneur des discussions restant inconnue. Peut-être fait-il craindre un coup d'État militaire par Weygand. Laval promet aussi que même si les Chambres sont mises en sommeil, les députés continueront à recevoir leur indemnité ainsi que des postes. Pendant ces jours, Pétain refuse de participer à ce qu'il méprise, et Laval et Alibert lui conseillent aussi de rester en retrait. Seule exception, Jean Jacquy avec une petite délégation, du fait de son statut d'ancien combattant et de droite. Le projet de Louis Noguères lui est présenté et il l'approuve tout en les renvoyant à Laval.
Le 8, en Conseil des ministres, Laval doit jouer avec les autres membres du gouvernement, dont les socialistes qui présente le plan des anciens combattants. Laval ment alors en indiquant que cette proposition a été rétractée, de plus, il a une lettre de Pétain qui approuve son projet de loi
Le 9 juillet, conformément aux lois constitutionnelles de 1875, les chambres se réunissent séparément pour indiquer « qu'il y a lieu de réviser les lois constitutionnelles ». Léon Blum tente de s'opposer au vote positif mais ne parvient pas à convaincre ses camarades socialistes qui estiment que le parti a toujours souhaité la révision de la Constitution. De plus, ils ont peur, de même les radicaux et les centristes estiment que le régime doit rendre des comptes. Lors de la session extraordinaire de la Chambre, Édouard Herriot prononce un discours demandant la révision. C'est Jean Mistler qui est le rapporteur et approuve la proposition du gouvernement en indiquant que la discussion ne doit pas être sur le fond du projet. Laval indique qu'il répondra aux questions lors d'une réunion préliminaire le lendemain. Le vote a lieu rapidement après. La Chambre se prononce par 395 voix pour et 3 voix contre sur la révision. Les trois députés s'opposant au principe d'une révision sont Jean Biondi, Léon Roche (tous deux SFIO) et Alfred Margaine (radical). Jean-Louis Tixier-Vignancour et les autres membres de l'extrême droite mènent le débat et font accélérer la procédure. Après le vote, ce premier demande de faire voter un ordre du jour demandant à châtier les responsables et s'en prend à Paul Reynaud et aux juifs. La séance est levée à 11 h 20, la session ayant duré une petite heure.