Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, dit Volney, né le 3 février 1757 à Craon et mort le 25 avril 1820 à Paris, est un voyageur, historien, philosophe, orientaliste et homme politique français.
Hôte dans sa jeunesse des salons du baron d’Holbach et de madame Helvétius, il se fit connaître en 1787 avec son Voyage en Égypte et en Syrie. Au début de la Révolution française, il siégea aux États généraux puis à l’Assemblée nationale constituante. Il publia en 1791 une réflexion sur l'histoire de l'humanité, Les Ruines, où était prophétisée la création d'une « Assemblée générale des peuples ». Ce fut l'un des premiers livres à défendre la thèse mythiste sur Jésus Christ.
Volney fut emprisonné pendant la Terreur. Il partit en 1795 pour les États-Unis d’Amérique, où l’accueillit son ami Thomas Jefferson. Le Président John Adams le soupçonna d’être un espion et le fit chasser du pays en 1798. À son retour en France, il participa aux préparatifs du coup d'État du 18 brumaire et conseilla Napoléon Bonaparte au début du Consulat, avant de prendre ses distances à la suite du concordat avec l'Église catholique. Tout au long de l’Empire, ce sénateur « idéologue », élevé à la dignité de comte en 1808, fit partie des rares et discrets opposants tolérés par Napoléon Ier. Il se rallia en 1814 à Louis XVIII, qui le nomma à la Chambre des pairs.
Membre de l’Académie française, de la Société américaine de philosophie, de la Société asiatique de Calcutta et de l’Académie celtique, il publia des travaux sur la chronologie antique et la linguistique. Il créa notamment un « alphabet universel ».
Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais naquit le 3 février 1757 à Craon. Son père, Jacques-René Chassebœuf (1727-1796), était un avocat issu d'une lignée d'hommes de loi. Sa mère, Jeanne Gigault (1728-1759), était la fille de Joseph Gigault (1688-1771), sieur de La Giraudais (un domaine situé près de la baronnie de Candé). Les Gigault habitaient un manoir et entretenaient des relations avec des parlementaires de Rennes et de riches négociants de Nantes.
Après son mariage en 1756, la mère de Volney s'installa à Craon, dans la maison paternelle de la rue des Juifs. Elle y mourut à l'été 1759, alors que son unique fils avait deux ans. D'une santé fragile, l'enfant fut élevé par deux gouvernantes superstitieuses, qui lui transmirent la « terreur des revenants ». Ses relations avec son père étaient froides et distantes ; elles le restèrent jusqu'au bout.
À l'âge de sept ans, il fut placé dans un petit internat religieux d'Ancenis, où il subit les châtiments corporels de ses maîtres, comme beaucoup d'écoliers de son temps. Il se rapprocha de sa famille maternelle, en particulier de son oncle Louis, père de sa cousine Charlotte (1766-1864) qu'il épousa un demi-siècle plus tard.
À douze ans, Constantin-François fut inscrit chez les Oratoriens d'Angers, qui lui inculquèrent une solide culture latine. Il passa aussi par le Collège des Jésuites de Rennes. Connu sous le nom de Boisgirais – toponyme d'une métairie de son père –, il manifesta une défiance précoce à l'égard de l'enseignement historique et religieux qui lui était professé. Il s'intéressa aux origines des livres de l'Ancien Testament et se mit en tête d'apprendre l'hébreu pour en réaliser ses propres traductions.
Son tempérament studieux et solitaire lui valut le sobriquet d'« ermite » de la part de ses condisciples. L'un d'eux, François-Yves Besnard (qui demeura son ami jusqu'à sa mort), lui aussi pensionnaire chez un libraire angevin, témoigna à son sujet : « Volney était le seul de la maison qui ne prenait pas de part à nos différents jeux, quoiqu'il en restât volontiers le spectateur silencieux pendant des heures entières ».
À l'approche de ses dix-huit ans, il s'inscrivit à la Faculté de droit d'Angers et sollicita son indépendance, qui fut entérinée lors d'un conseil de famille réuni à Craon. Disposant d'une rente de 1 100 livres sur la succession de sa mère, il quitta ses terres natales pour Paris à l'été 1775.
À son arrivée dans la capitale, sa santé délicate l'incita à délaisser le droit pour la médecine. Il approfondit pendant trois ans sa formation pratique à l'Hôtel-Dieu – au pied de la cathédrale Notre-Dame – et se lia d'amitié avec Delamétherie et Proust.
En 1777, il fit la connaissance de Cabanis à l'École de médecine. Celui-ci, introduit par Turgot chez le baron d'Holbach, l'y présenta à son tour. Dans les salons d'Holbach, rue Royale Saint-Roch, Boisgirais croisa notamment Chamfort, Marmontel et Saint-Lambert, ou encore Diderot, d'Alembert et Buffon. Le jeune homme fut inspiré par l'athéisme et le matérialisme du baron, exposés dans son Système de la nature. L'idée d'une morale rationaliste, procédant de la nécessité sociale plutôt que de la superstition, eut une influence durable sur sa pensée.
À partir du printemps 1778, au moment du retour triomphal de Voltaire et de sa mort à Paris, Cabanis et Boisgirais fréquentèrent aussi le salon de madame Helvétius, rue d'Auteuil. Ils eurent même le privilège d'être logés chez elle. Veuve depuis 1771, madame Helvétius avait perdu son unique garçon (né comme eux en 1757) alors qu'il était encore un nourrisson. Elle développa une relation quasi filiale avec les deux amis, tous deux orphelins de mère depuis l'enfance.
La maison d'Auteuil comptait parmi ses habitués Diderot, d'Alembert, Lavoisier, Condorcet et Malesherbes. Boisgirais fit la connaissance de l'ambassadeur américain Benjamin Franklin, ami intime de madame Helvétius. Il fut peut-être initié à cette époque au sein de la loge des Neuf Sœurs. Aucun document n'atteste toutefois une appartenance à la franc-maçonnerie.
Il abandonna ses études de médecine avant leur terme pour se consacrer à l'orientalisme. Maîtrisant déjà le grec ancien et l'hébreu, il suivit en 1780 le cours d'arabe donné au collège de France par Le Roux Deshauterayes, qui lui fit découvrir Erpenius, Michaelis et Niebuhr, auteurs des ouvrages de référence pour les arabisants du XVIIIe siècle. Boisgirais se convainquit qu'il lui fallait voyager en Orient pour approfondir ses connaissances par l'expérience, et non se contenter d'être un savant de bibliothèque.
À l'été 1782, il se retira chez son oncle en Anjou et se soumit à un entraînement méthodique pour s'habituer aux privations et à la fatigue qui l'attendaient. Ce fut au moment de son départ qu'il adopta le pseudonyme Volney – contraction de Voltaire et de Ferney, village où le philosophe avait passé les dernières années de sa vie.
Les raisons de son voyage ne se limitaient pas à des motivations savantes ou à une quête d'aventure. Selon Jean Gaulmier, une mission secrète de renseignement lui fut confiée par les services du comte de Vergennes, comme le suggère l'importance qu'il donna aux considérations politiques et militaires dans l'ouvrage publié à son retour.
Il embarqua sur une corvette à Marseille en décembre 1782 et débarqua à Alexandrie au début de l'année 1783. Il remonta ensuite le Nil jusqu'au Caire.