Ce Jour-là

Vincent Ferrier

Saint, prêtre de l'Ordre dominicain

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Vincent Ferrier (en catalan : Vicent Ferrer) est un prêtre de l'ordre dominicain, né le 23 janvier 1350 près de Valence (couronne d'Aragon) et mort le 5 avril 1419 à Vannes (Bretagne, France), qui est resté célèbre pour ses prédications publiques et ses conversions de Juifs et de Maures.

Une partie de ses reliques sont vénérées à la cathédrale Saint-Pierre de Vannes, dont il est le saint patron de la ville ainsi que de la Communauté valencienne. Il est fêté le 5 avril selon le Martyrologe romain, et le 5 mai par l'ordre dominicain.

Vincent est le quatrième enfant du notaire Guillem Ferrer, originaire de Palamos et de Constança Miquel. Selon certaines légendes — qui iront en multipliant les signes surnaturels — son père aurait fait un rêve avant sa naissance l’informant qu’il aurait un fils dominicain. Il est le frère de Boniface Ferrier, chartreux, élu prieur de la Grande Chartreuse et général de l'ordre en 1402.

Il fut baptisé dans l’église Saint-Étienne et nommé d’après saint Vincent de Saragosse, le patron de sa ville natale, Valence.

À l’âge de 19 ans, Vincent Ferrier entre dans l’ordre des Prêcheurs, communément appelé l’ordre dominicain. Les premières années, il est tenté de quitter l’habit mais ses parents l’incitent à continuer sa formation. Bien leur en est puisque, dès l’âge de vingt ans, il donne des cours de logique puis écrit deux ouvrages, l'un traitant d'astronomie, l'autre de dialectique. En 1379, il est ordonné prêtre à Barcelone. Dans un premier temps, il enseigne la théologie à Barcelone puis à l’université de Lérida, où il obtient un doctorat de théologie. Il s’y fait connaître pour ses talents d’orateur.

Son charisme et son influence populaire sont tels qu'il devient un personnage-clé dans les troubles politico-religieux liés au Grand Schisme d'Occident. Proche de Pedro de Luna, alors cardinal et futur Benoît XIII, Vincent Ferrier se rallie tout d'abord à la papauté d'Avignon, rejetant la légitimité d'Urbain VI dans son traité De moderno ecclesiae schismate. Il devient par la suite confesseur de Benoît XIII, désormais antipape et figure emblématique de la résistance à Rome. Mais, déçu de son caractère intraitable et dans un souci d'union de l'Église, il finit par se résigner à abandonner la cause de Benoît pour reconnaître l'autorité du Concile général de Constance. Après avoir conseillé au roi d'Aragon la soustraction d'obédience, il publie le décret officiel en 1416, à l'époque où le concile s'emploie désormais à obtenir l'abdication de Benoît XIII, après avoir obtenu la renonciation de Grégoire XII, afin de mettre fin au schisme. En dehors des questions papales, son rôle politique est particulièrement important en Espagne, où il aide Ferdinand de Castille à accéder à la couronne d'Aragon dans un contexte de succession difficile (cf. Compromis de Caspe, en 1412).

Infatigable prêcheur, évangélisateur et prosélyte de l'Europe pendant vingt ans, de 1399 à sa mort, il parcourt l'Espagne, la France, l'Italie, la Suisse, l'Angleterre, et va même jusqu'en Écosse. Revêtu des vêtements liturgiques du prêtre, il dit d’abord la messe, en la présence et avec l’approbation des autorités ecclésiastiques du lieu ; puis, le matin, il s’adresse, des heures durant, à la foule — l’après-midi étant réservé aux couvents et aux monastères, où il prêche à huis clos —. Suit le rituel de la pénitence publique, pratique liturgique réglée en processions ; elle s’achève par une instruction catéchétique. Vincent Ferrier est souvent accompagné d'un nombre impressionnant de disciples, au point qu'il doit essentiellement prêcher dans de grands espaces extérieurs pour pouvoir être entendu de la foule. On lui prête le don des langues, au vu de sa capacité à communiquer avec tant de peuples différents, ainsi que celui de guérison. Il est considéré comme « le plus grand des missionnaires populaires de son temps ».

Dans ses sermons il a l'habitude d'aborder le thème du Jugement dernier, et même d'annoncer l'arrivée imminente de l'Antéchrist. Il le fit lors de sa prédication à Tolède en 1411 et lors de sa prédication de Toulouse en 1416. Mais il n’a rien d’un imprécateur implacable : il irradie au contraire la joie, laissant une impression de douceur et d’homme de prière et d’études.

L'action prosélyte de Vincent Ferrier auprès des Juifs fait l'objet de controverses mémorielles. Pour les uns, il fait partie de l'histoire antijudaïque de l'Espagne. Pour les autres, sa prédication, bienveillante et non violente, était l'expression de sa ferveur apostolique.

Vincent Ferrier cherche en tout cas à convertir les Juifs. Son œuvre prosélyte est facilitée par sa connaissance de l'hébreu, du talmud, des traditions et des Saintes Écritures.

Dans La Foi triomphante paru en 1691, le jésuite de Gérone, Francisco Garau, prétend que Vincent Ferrier disait que les Juifs étaient « des animaux avec des queues et menstrués comme les femmes ». Sa devise était : « Le baptême ou la mort ». Il disait également des Juifs : « La première bête [de l’Écriture : Daniel 7:2-7] signifie le schisme des Juifs sous le règne de Jean. Les Juifs ont la cruauté du lion, mais à présent on leur a arraché leurs énormes ailes, ils ont été retirés de la terre des fidèles du Christ et rejetés dans un coin du monde où ils persévèrent dans les pensées et les effets de leur cœur dépravé ».

Moisès Orfali, de l'université Bar-Ilan, estime que Vincent Ferrier faisait « porter la responsabilité de la mauvaise situation économique ou de la dégénération morale sur une classe aux soutiens instables ou sur celle qu’on veut priver de la position importante qu’elle occupe dans la société », à savoir celle des Juifs. Il s'adresse à une population précédemment décimée par la grande peste et « marquée par un sentiment mortel d’impuissance que Vincent Ferrier invitait à la pénitence ».

Vincent Ferrier serait l'un des instigateurs du pogrom de 1391 qui a fait 250 morts dans le quartier juif de Valence, où se trouve actuellement la Plaça San Vicente Ferrer et une statue à son effigie trônant sur la fontaine centrale. D'autres soutiennent que Ferrier n'était pas à Valence en 1391 et insistent sur le fait qu'il n'approuvait pas la violence, bien qu'il pensât que « la perte était une bonne occasion d'intensifier la catéchèse »

En effet, Ferrier écrit au début du XVe siècle : « Les apôtres qui ont conquis le monde ne portaient ni lances ni couteaux. Les chrétiens ne doivent pas tuer les Juifs avec le couteau, mais avec la parole et pour cela les émeutes qu'ils font contre les Juifs, ils les font contre Dieu même, car les Juifs doivent venir d'eux-mêmes au baptême » ou « Vous autres, avez-vous une consolation quand un Juif se convertit ? Il y a beaucoup de Chrétiens assez fous pour ne pas en avoir. Ils devraient les embrasser, les honorer et les aimer ; au contraire ils les méprisent parce qu’ils ont été Juifs. Mais ils ne doivent pas l’être, car Jésus-Christ a été Juif et la Vierge Marie a été juive avant d’être chrétienne. C’est un grand péché que de les avilir. Ce Dieu circoncis est notre Dieu et tu seras damné comme l’est celui qui meurt juif. Car on doit leur enseigner la doctrine pour qu’ils soient au service de Dieu » et aussi : « Il faut avoir pour [les Juifs] d'autant plus de sympathie que Jésus-Christ et la Sainte Vierge étaient de race juive ».

Cette douceur nouvelle ne semble pas avoir convaincu tous les Juifs d'alors convertis de force puis, accusés de crypto-judaïsme, qui se plaignent d'avoir eu à « céder à la violence et à la nécessité et pour éviter de plus mauvais traitements », et que « Ferrier soit aussi grand persécuteur que calomniateur », comme l'écrit un essai sur l'histoire des Juifs datant du XVIIIe siècle.

Le pape Sixte IV eut tôt fait de punir sévèrement ces Juifs convertis par le charismatique Ferrier mais si peu profondément qu'ils ont préservé leur religion première, entre pénitences, humiliations publiques, cachots et bûchers dans toutes les villes d'Espagne.

Ferrier prêche aussi la séparation complète des Juifs et des chrétiens et serait donc un des instigateurs de la création des « juderias » en Espagne.

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Vincent Ferrier | World in Stories