Ce Jour-là

Viktor Tsoï

Chanteur soviétique de rock

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Viktor Robertovitch Tsoï (en russe : Виктор Робертович Цой, prononcé : /ˈvʲiktər ˈrobʲɪrtəvʲɪtɕ ˈtsoi̯/ ; né le 21 juin 1962 à Léningrad et mort le 15 août 1990 en RSS de Lettonie), est un chanteur soviétique de rock, actif dans les années 1980, et leader du groupe Kino. Bien que Viktor Tsoï ne soit pas un vrai pionnier du rock (car ce genre de musique existait bien avant lui en URSS), il donne une couleur particulière à ce genre, un côté crépusculaire[style trop lyrique ou dithyrambique]. Il rencontre la journaliste et critique de cinéma Natalia Razlogova (ru), avec laquelle il vit en couple au no 116b, rue Profsoyouznaïa à Moscou.

Tsoï se tue en voiture après s'être endormi au volant le 15 août 1990, sur la route près de Tukums, en Lettonie, alors en Union soviétique. Le film Leto, de Kirill Serebrennikov sorti en 2018 raconte les débuts du groupe Kino au sein de la scène rock underground de Léningrad au début des années 1980.

Viktor Tsoï est né à Léningrad en 1962 d'une mère russe et d'un père koryo-saram. Son père, Robert Maksimovitch Tsoï, est un ingénieur koryo-saram (les Koryo-sarams sont des Coréens qui furent déportés en Asie centrale) et sa mère, Valentina Vassilievna, est enseignante. Le nom coréen Tsoï est très fréquent, souvent retranscrit Choi ou Choe et sa transcription chinoise est Cui. Il épouse Marianna Rodovanskaïa (ru) (1959-2005) en 1985 et a avec elle un fils, Alexandre « Sacha » Tsoi (ru), qui est depuis 2011 directeur de la discothèque Da:Da: à Saint-Pétersbourg.

La famille à cette époque habite l'appartement 132 de l'immeuble 193 Perspective Moskovski, et plus tard (1973-1975) au 17, rue Poulkovskaïa. Tsoï commence sa scolarité à l'école no 356 située au 68, rue Lensoviet, puis continue 1976-1977 à l'école no 507 au 22, rue Frounze. Parallèlement, il suit les cours dans l'école municipale d'arts plastiques no 1 de sa ville natale dont il obtient le diplôme en 1977. Le batteur du groupe Kino Grigory Gourianov est également diplômé de cette école un an plus tôt. À cette époque, Tsoï fonde avec l'un de ses camarades d'études, un certain Maksim Pachkov, son premier groupe musical « Salle no 6 » (russe : Пала́та № 6) en référence à une nouvelle homonyme de Tchekhov.

En 1977, Tsoï est admis à l'École des beaux-arts de Serov renommée en 1992 en École des beaux-arts de Nicolas Roerich, mais est renvoyé alors qu'il n'avait que 18 ans. Il écrit ses premières chansons à l'âge de 17 ans. Ces premiers écrits évoquaient des thèmes comme la vie dans les rues de Léningrad, l'amour, les amis. De nombreux héros de ses chansons étaient de jeunes hommes aux opportunités limitées essayant de survivre dans un monde difficile. Pendant ce temps, le rock est un mouvement underground limité presque exclusivement à Léningrad ; les stars de la pop de Moscou dominaient les classements et étaient presque les seuls dont on entendait parler dans les médias. Pour ce qui est du rock comme pour tout le reste, la compétition était vive entre les deux capitales, l'ancienne étant plus contestataire que la nouvelle, plus européenne et moins américaine aussi. Mais le genre léningradien pouvait aussi être représenté par des Moscovites et inversement. Le gouvernement soviétique donnait d'importants avantages aux artistes qu'il appréciait, comme des logements de fonction, des studios d'enregistrement, et tout ce dont ils pouvaient avoir besoin pour réussir. Malheureusement, le rock est franchement détesté au plus haut niveau de l'État. De ce fait, les seuls groupes de rock qui recevaient des aides financières était triés en fonction de critères de fidélité à la doctrine. Les autres n'étaient même pas évoqués dans les médias (il faut le rappeler, dirigés par l'État) ou quand ils l'étaient, c'était afin de leur coller le stéréotype de musique écoutée par des toxicomanes et des jeunes bagarreurs.

Au départ, Tsoï donne de petites représentations notamment lors de fêtes privées. C'est à l'une de ces représentations qu'il est repéré par Boris Grebenchtchikov, membre du groupe Aquarium, établi et reconnu à l'époque. Grebenchtchikov prend Tsoi sous son aile et l'aide à former son propre groupe Garin i giperboloidy en 1981 qui un an plus tard est rebaptisé Kino. La carrière de chanteur de rock de Viktor Tsoï venait de commencer.

Le Leningrad's Rock Club est l'un des rares lieux publics où des groupes de rock étaient autorisés à se produire. C'est là qu'en 1982, à leur premier concert annuel, que Viktor Tsoi fait ses débuts sur scène. Il jouait en tant qu'artiste solo aidé par deux membres d'Aquarium. Avant de viser gros, Tsoi disait que le problème avec la musique était que personne ne voulait tenter sa chance. Il voulait expérimenter ses paroles et sa musique dans l'intention de créer quelque chose de frais, un style original que jamais personne n'avait entendu auparavant. Tout le monde s'accorde à dire que Tsoi réussit à atteindre cet objectif. Peu de temps après le concert, il recrute d'autres musiciens, et forma Kino, qui signifie en russe « cinéma ». Ils enregistrent une cassette démo dans l'appartement de Tsoi. Cette cassette passe rapidement un peu partout dans Léningrad, puis dans tout le pays, colportée par des amateurs de rock. Kino connaissait déjà un certain succès dans le milieu rock non-néophyte.

En 1982, Kino sort leur premier album intitulé 45. Cet album montre pour la première fois la volonté de Tsoi d'approcher des thèmes politiques dans sa musique, quelque chose que, contrairement aux idées reçues, très peu d'artistes faisaient (en raison de la mainmise de l'État évoquée peu plus haut). Dans sa chanson Электричка (Elektritchka, « Train de banlieue »), il évoque l'histoire d'un homme coincé dans un train qui l'emmenait là où il ne voulait pas aller ; ce qui est clairement une métaphore de la vie en Union des républiques socialistes soviétiques, ce qui vaut rapidement au groupe l'interdiction de jouer cette chanson lors de concerts. Le message politique de la chanson la rend populaire auprès des jeunes des mouvements opposés à l'ordre établi qui regardaient maintenant Viktor Tsoï et Kino comme leurs idoles. 1982 est aussi une année importante pour Tsoï car c'est l'année où il rencontre Marianna, qu'il épousera en 1985. Elle est source de réconfort pour Tsoi, marginalisé par son refus de faire son service militaire, et donne naissance à leur fils unique Alexander (Sacha), le 26 août 1985.

En 1985, poursuivant encore sur la lancée romantique de ses débuts, le groupe enregistre leur album Eto ne lioubov (Это не любовь, litt. « Ceci n'est pas l'amour ») qui se démarque par son arrangement musical. Puis, ils enchaînent avec Ночь (Notch, litt. « La Nuit ») qui sort en 1986.

Kino expose plus d'idées politiques lors de leur deuxième concert au Leningrad Rock Club. Le groupe remporte la première place de la compétition grâce à une chanson de Tsoi contre la guerre, Я объявляю свой дом… (Безъядерная зона), Ia ob'iavliaiou svoï dom… [Bez'iadernaïa zona], litt. « Je déclare ma maison… [zone dénucléarisée] »). La popularité de la chanson reposait sur son opposition à la guerre en Afghanistan qui prenait les vies de milliers de jeunes citoyens soviétiques.

Kino ne connaît cependant toujours pas un succès énorme à cause du peu d'enthousiasme du gouvernement à leur égard. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev change la donne parce que les intellectuels qui appréciaient Kino se sentent d'un coup autorisés à en parler. Gorbatchev prend la tête de l'État en 1985. Son choix de faire toute la publicité Glasnost sur les problèmes sociaux et économiques existant en URSS et de refonder l'État perestroïka, permirent pour la première fois des discussions ouvertes, y compris dans les médias.

La glasnost relâche la pression pesant sur les médias et autorisa les groupes de rock à faire l'objet de publications dans les journaux, ainsi qu'à apparaître à la télévision. En 1986, Tsoi utilise l'atmosphère ouverte et les ressentiments du public pour sortir une chanson intitulée Peremen! (Перемен!, litt. « Changement ! »). La chanson appelle la nouvelle génération à demander des changements, et permet de propager le nom et la renommée de Kino dans l'ensemble de l'URSS. Cependant, dans une interview diffusée sur une chaîne de télévision soviétique peu de temps après son décès, Tsoï prétend que ses chansons ont souvent été mal interprétées par le public et qu'il essaye au contraire d'éviter toute intention politique dans ses textes. En particulier, Peremen!, qui est utilisée très largement dans les mouvements issus de la Perestroïka, alors que, selon Tsoï, la chanson n'a rien à voir avec la politique de Gorbatchev. En un sens, Tsoï veut surtout des changements plus profonds que purement politiques.

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