Ce Jour-là

Viktor Iouchtchenko

Homme d'État ukrainien

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Viktor Iouchtchenko (en ukrainien : Віктор Андрійович Ющенко), né le 23 février 1954 à Khoroujivka (oblast de Soumy, RSS d'Ukraine), est un homme d'État ukrainien, président de l'Ukraine du 23 janvier 2005 au 25 février 2010.

Il est Premier ministre de 1999 à 2001 et prend la tête de la coalition de centre-droit Notre Ukraine.

Dans le cadre de l'élection présidentielle de 2004, il est le principal dirigeant de la révolution orange, qui conduit à l’organisation d'un deuxième second tour, où il bat Viktor Ianoukovytch avec 52 % des suffrages. Depuis cette campagne, son visage apparaît abîmé par une forme extrême de chloracné provoquée par une intoxication ; il existe une controverse sur les causes de cette intoxication, plusieurs expertises confortant la thèse d'une tentative d'empoisonnement à la dioxine.

Pendant sa présidence, Viktor Iouchtchenko entretient une forte rivalité avec ses Premiers ministres Ioulia Tymochenko et Viktor Ianoukovytch. Il ne parvient pas à résoudre les problèmes économiques et sociaux, ce qui suscite une forte vague de déception chez le peuple ukrainien. Candidat à sa réélection en 2010, il est battu dès le premier tour de l’élection présidentielle, où il arrive en cinquième position avec 5,5 % des voix.

Après son départ de la présidence, il exerce une influence limitée sur la scène politique du pays. Lors des élections législatives de 2012, le parti Notre Ukraine — dont il est le chef de file — obtient 1,1 % des suffrages.

Viktor Andriyovych Iouchtchenko naît dans un village de l'oblast de Soumy à Khoroujivka (en). Son père, Andriy Iouchtchenko (1919-1992) est soldat de l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale. Capturé, il est envoyé comme des milliers de soldats soviétiques comme prisonnier de guerre dans plusieurs camps de concentration, dont Auschwitz-Birkenau. Ayant survécu il devient professeur d'anglais. Sa mère est elle aussi enseignante en physique dans la même école. Il étudie l'économie à Ternopil et travaille ensuite comme comptable rural dans l'oblast d'Ivano-Frankivsk. D'abord comptable modeste, il atteint ensuite des postes de plus en plus importants et en 1976, il est embauché par la filiale de la Banque d'État de l'URSS pour l'oblast de Soumy, et est ensuite promu à Kiev.

Il devient gouverneur de la nouvelle Banque nationale d'Ukraine le 26 janvier 1993. À ce poste, il joue un rôle important dans la création de la monnaie ukrainienne, la hryvnia, et dans l'établissement d'un système de régulation moderne pour les banques commerciales. Il conserve cette fonction jusqu'à sa nomination à la tête du gouvernement ukrainien.

Premier ministre et opposant à Koutchma

En décembre 1999, Viktor Iouchtchenko est nommé Premier ministre par le président Leonid Koutchma.

De substantiels progrès économiques interviennent alors qu’il est à la tête du gouvernement. Mais des critiques estiment que cette amélioration a surtout été rendue possible par la conjoncture économique. L'opposition libérale et nationaliste tente de l'attirer mais Iouchtchentko reste dans le camp du président. Très tôt, les membres de son gouvernement — en particulier la vice-Première ministre Ioulia Tymochenko — sont impliqués dans des luttes de pouvoir avec les patrons des puissantes entreprises énergétiques du charbon et du gaz naturel. Le conflit aboutit à un vote de défiance du Parlement en 2001 : le groupe du président Koutchma s'allie alors avec les communistes pour défaire le gouvernement en place. Viktor Iouchtchenko est ainsi démis de sa fonction de Premier ministre.

En 2002, Viktor Iouchtchenko devient chef de la coalition Bloc Viktor Iouchtchenko « Notre Ukraine » (BVYNU), qui arrive en tête des élections législatives qui suivent avec 112 élus. Cependant, faute d'un nombre suffisant de sièges pour obtenir une majorité absolue, Viktor Iouchtchenko ne parvient à former une coalition gouvernementale. Il demeure le chef du groupe Notre Ukraine et se voit généralement considéré comme le chef de l'opposition, les autres partis d'opposition étant moins influents et moins représentés au Parlement.

Après son départ de la tête du gouvernement, Viktor Iouchtchenko devient populaire auprès des Ukrainiens. Entre 2001 et 2004, dans les sondages, sa popularité était bien plus élevée que celle du président de l'époque, Leonid Koutchma.

Élection présidentielle de 2004

À l'approche du terme du second mandat du président Koutchma, Viktor Iouchtchenko se déclare candidat « indépendant » à la présidence du pays. Il modernise sa plate-forme politique en ajoutant des projets de partenariats sociaux et d'autres idées libérales aux idées traditionnelles de l'intégration européenne, dont, en particulier, la volonté de combattre la corruption. Les partisans de Iouchtchenko s’organisent au sein de la coalition électorale Pouvoir au peuple (Syla Narodou), qui est conduite par Iouchtchenko et par sa nouvelle alliée, Ioulia Tymochenko, le Bloc Viktor Iouchtchenko « Notre Ukraine » en formant la principale force constituante.

Son principal rival est le Premier ministre, soutenu par le pouvoir et par Moscou, Viktor Ianoukovytch. L’opposition accuse le gouvernement d’empêcher la plupart des principales chaînes de télévision d'accorder un temps de parole équitable aux candidats, alors que son rival Ianoukovytch apparaît fréquemment dans les actualités télévisées. La campagne se déroule de manière houleuse et virulente.

Viktor Iouchtchenko tombe malade le 6 septembre 2004, après un dîner avec Gori Tarochenkylo, chef des services secrets ukrainiens. Il indiquera plus tard : « Lorsque je suis rentré chez moi et que j'ai embrassé ma femme, la première chose qu'elle m'a dit est "Tes lèvres ont un goût de métal" ». Il est admis dans un état critique à la clinique privée du Rudolfinerhaus de Vienne en Autriche le 10 septembre, après plusieurs jours d'intenses douleurs au ventre. Les examens indiquent qu'il a un pancréas gonflé et des ulcères à l'estomac. Il y est soigné jusqu'au 19 du même mois. Il choisit en effet de revenir chez lui au bout de 9 jours pour continuer la campagne, contre l'avis de ses médecins. Mais il développe alors d'intenses douleurs au dos. Les médecins et Iouchtchenko prennent le risque de lui insérer un cathéter péridural dans le canal rachidien afin de lui injecter en continu de hautes doses d'opiacés pour calmer les douleurs et de lui permettre de poursuivre la campagne.

Le médecin chargé de son cas, Michael Zimpfer (médecin-chef et président de la clinique privée du Rudolfinerhaus), est d'abord étonné de ces symptômes sans rapport et affirme que Viktor Iouchtchenko souffre d'une pancréatite provoquée par des changements de l'œdème intestinal provenant d'une infection virale sérieuse et de substances chimiques n’étant pas normalement présentes dans des produits alimentaires. N'ayant jamais vu un cas clinique comme celui-ci, le médecin informe alors Iouchtchenko qu'il pourrait avoir été empoisonné, mais sans en avoir les preuves pour le moment. Le visage de Viktor Iouchtchenko apparaît de plus en plus abîmé avec des symptômes ressemblant fortement à de la chloracné. Fin novembre, le toxicologue d'un laboratoire néerlandais, Bram Brouwer, prend contact avec le directeur de la clinique Rudolfinerhaus pour se faire fournir des échantillons de sang de Viktor Iouchtchenko, en vue d'effectuer des tests à l'université libre d'Amsterdam sur la présence ou non de dioxine. Les conclusions de ses tests sont que le sang contient une « haute concentration de dioxine, principalement administrée oralement » et que c'est « un des taux les plus hauts jamais détectés » chez quelqu'un.

Peu après son empoisonnement, Ioutchenko devient pour plusieurs années le patient du Dr. Jean-Hilaire Saurat, professeur au Département de neurosciences cliniques et dermatologie à la faculté de médecine de Genève, secondé par son équipe et une petite équipe médicale ukrainienne. On lui prélève « régulièrement des échantillons (peau, sang, selles, urines, sueur, etc.) » pour mesurer le taux de dioxine et analyser l’évolution de plusieurs paramètres ; ces analyses montrent que « l’être humain peut métaboliser la dioxine (c’est-à-dire la transformer chimiquement), alors que l’on pensait que c’était impossible » et qu'après son empoisonnement, la peau de Ioutchenko a « concentré la dioxine et l’a stockée non seulement dans la graisse sous-cutanée, mais aussi dans des zones plus superficielles. La dioxine y a induit la formation de petits organes qui se sont mis à métaboliser la dioxine, comme autant de « petits foies ». Les lésions cutanées qui ont « fait souffrir le patient l’ont donc aussi protégé ».

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