Ce Jour-là

Victor-Emmanuel de Savoie

Industriel et aristocrate italien, prétendant au trône d'Italie

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Victor-Emmanuel de Savoie (en italien : Vittorio Emanuele di Savoia), dernier prince héritier d'Italie, est né le 12 février 1937 à Naples (Italie) et mort le 3 février 2024 à Genève (Suisse). Il est le fils du dernier roi d'Italie, Humbert II, et de Marie-José de Belgique, fille du roi Albert Ier de Belgique, et reçoit à sa naissance le titre de prince de Naples.

Famille et premières années sous la royauté

Victor Emmanuel de Savoie, second des quatre enfants du prince et de la princesse de Piémont, naît à Naples, en Italie, le 12 février 1937. Baptisé en grande pompe le 31 mai 1937 en la chapelle pauline du palais du Quirinal à Rome, le prince est le filleul de son grand-père paternel, le roi Victor-Emmanuel III et de sa grand-mère maternelle la reine des Belges Élisabeth, représentée par sa belle-sœur la princesse Henriette de Belgique. Le chef du gouvernement Mussolini est absent à la cérémonie et à la réception qui s'ensuit car il est irrité par cette célébration à caractère monarchique, à une époque où il se lie de plus en plus à Hitler, qu'il envie car le Führer ne doit pas partager les honneurs et la renommée avec une dynastie souveraine.

Les parents de Victor-Emmanuel, mariés depuis 1930, sont malheureux ensemble, comme la reine Marie-José l'avoue dans une interview bien des années plus tard : « On n'a jamais été heureux ». Parents de trois autres enfants : Maria-Pia (1934), Marie-Gabrielle (1940) et Marie-Béatrice de Savoie (1943), Humbert et son épouse Marie-José finissent par se séparer un an après l'abolition de la monarchie italienne votée par plébiscite le 2 juin 1946.

Entretemps, durant la Seconde Guerre mondiale, le 7 août 1943, sur ordre de son grand-père qui craint les opérations de capture menées par les Allemands, Victor Emmanuel, sa mère et ses trois sœurs quittent Rome pour rejoindre le Piémont, où ils s'installent durant un mois à Valdieri, village proche de la frontière française. Le 8 septembre 1943, alors qu'ils sont arrivés la veille au château de Sarre, en Vallée d'Aoste, en zone allemande, Marie-José et ses quatre enfants entendent à la radio que l'Italie a officiellement capitulé devant les Alliés. Immédiatement, par l'intermédiaire de son conseiller contacté par téléphone, le roi ordonne de mettre à l'abri sa belle-fille et ses enfants. Victor-Emmanuel et les siens doivent donc quitter l'Italie pour la Suisse, où ils demeurent, jusqu'à la fin de la guerre avant de rentrer à Rome au printemps 1945.

La famille royale s'exile en 1946, car une partie des Italiens reprochent notamment à l'ancien roi Victor-Emmanuel III, grand-père du prince de Naples, d'avoir cosigné les lois raciales fascistes de Benito Mussolini en 1938. La famille royale se réunit durant un peu plus d'un an au Portugal, mais la mésentente de Humbert et de Marie-José a raison de leur couple qui se sépare sans jamais officialiser leur nouvelle situation matrimoniale. À partir de 1947, Victor-Emmanuel s'établit durablement avec sa mère en Suisse, dans une villa acquise à Merlinge, dans la commune de Meiner, canton de Genève, tandis que son père reste sur la Riviera portugaise. Victor-Emmanuel étudie d'abord à l'institut catholique Florimont à Lancy, puis effectue sa scolarité à l'école internationale de Genève, avant d'être inscrit comme élève interne à l'institut Le Rosey et ne rejoint son père que lors de quelques périodes de vacances. Il est guidé dans son adolescence par un excellent précepteur, Renato Cordero Lanza di Montezemolo.

Le 1er janvier 1948, il est désormais officiellement défendu à l'ancien roi Humbert II et à son fils, l'ancien prince héritier Victor-Emmanuel, de revenir en Italie en vertu du deuxième alinéa de la XIIIe disposition transitoire de la Constitution de la République italienne, entrée en vigueur ce jour-là : « Il est interdit aux anciens rois de la maison de Savoie, à leurs épouses et à leurs descendants mâles d'entrer et de séjourner sur le territoire national ». Bravant cette interdiction, en 1955, Victor-Emmanuel se rend illégalement à Turin et tente, peu après, de s'inscrire à l'université de la ville où il est refusé. Bravant les autorités, en 1966, le prince effectue un vol en hélicoptère au-dessus de Naples et apprécie les acclamations de monarchistes accourus pour le voir.

Ses années de jeunesse sont celles d’un flambeur. Passionné de vitesse, il manque de se tuer au volant de sa Ferrari et fait plusieurs séjours à l’hôpital. Il fréquente les soirées huppées de Saint-Tropez en été et de Crans-Montana (Suisse) en hiver.

Victor-Emmanuel de Savoie devient un homme d'affaires. Son activité est basée à Genève, consultant pour diverses entreprises italiennes à l'étranger. Il est employé par des entreprises de l’aéronautique, comme Agusta, Bell ou Boeing et, étant un ami personnel du dernier shah Mohammad Reza Pahlavi, il travaille notamment pour le régime impérial iranien jusqu'à la chute de la monarchie en 1979. Il s'installe ensuite à New York, où il travaille durant quatre ans pour la maison de courtage Bache.

Victor-Emmanuel épouse civilement à Las Vegas le 11 janvier 1970, puis religieusement à Téhéran le 7 octobre 1971 Marina Ricolfi-Doria, née le 12 février 1935, ancienne championne de ski nautique, avec laquelle il a une liaison depuis 1960. Cette union, à laquelle le roi Humbert II refuse de consentir est marquée par l'absence aux deux cérémonies des membres de la maison de Savoie. Le couple a un unique fils, Emmanuel-Philibert de Savoie, né le 22 juin 1972.

Certains royalistes italiens ne le considèrent plus comme chef de famille, après son mariage avec Marina Doria, citoyenne suisse d'origine italienne et issue de la bourgeoisie genevoise, et que ceux-ci jugent comme une union morganatique. Ils considèrent que le duc d'Aoste, Amédée de Savoie-Aoste, divorcé en 1982 de la princesse Claude d'Orléans, serait devenu ainsi de droit le chef de la maison de Savoie. Une autre partie des royalistes légitimistes le reconnaît comme le chef légitime de la maison de Savoie, en dépit de son ancienne réputation de playboy, passionné d'armes à feu et de voitures de sport, de ses déboires judiciaires et des commentaires négatifs des médias italiens[réf. nécessaire].

En outre, les partisans de Victor-Emmanuel rappellent souvent le principe que toute opposition par le souverain au mariage d'un prince de sa maison s'accompagne toujours d'une renonciation à ses droits de succession par ledit prince. Or, le prince de Naples n'a jamais renoncé à ses droits au trône italien, préalablement ni à la suite de son mariage, comme le roi Humbert II aurait pu ou dû l'exiger. De plus, Victor-Emmanuel n'ayant jamais été exclu de la maison de Savoie après son mariage (à défaut de renonciation à ses droits), en dépit d'une non-autorisation ou à la faveur d'une non-opposition, a donc conservé l'usage de ses droits de succession. Car il est du ressort du roi (s'appuyant sur le Code civil du royaume d'Italie de 1942, absorbant les lois dynastiques de la maison de Savoie) de menacer et mettre à l'index toute union princière publique (donc en capacité conforme), si morganatique (et s'il n'y a pas eu de renonciation dynastique préalable) ; or le non-recours à un acte officiel pouvant seul entraîner l'exclusion et la privation des droits du prince censuré et/ou de ses descendants (la monarchie italienne n'ayant jamais eu à sa disposition une législation permettant d'invalider « naturellement » les unions des princes de la maison de Savoie conclues sans assentiment royal), fait d'un non-consentement officieux du dernier roi d'Italie non accompagné d'acte patent, une convention sans force de loi ni implication dynastique.

Fin d'exil officiel et résidence en Suisse

Après avoir longtemps revendiqué son droit de retour au pays et l'abolition de la clause constitutionnelle du bannissement, Victor-Emmanuel de Savoie obtient finalement gain de cause, quand le Parlement italien sous la présidence du conseil de son ami Silvio Berlusconi, vote la loi constitutionnelle no 1 du 23 octobre 2002, entrée en application le 10 novembre suivant, qui abroge les deux premiers alinéas de la XIIIe disposition transitoire de la Constitution italienne. Il est, avec sa famille, autorisé à retourner en Italie, après 56 ans d'exil. Il avait, à cette fin, déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l'homme, déclarée partiellement recevable. Pour obtenir la levée de son exil, Victor-Emmanuel avait dû jurer fidélité à la République, un geste auquel il s’est longtemps refusé.

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