Ce Jour-là

Vera Gedroitz

Chirurgienne et écrivaine russe, d'origine lituanienne

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Vera Ignatievna Gedroitz (en russe : Ве́ра Игна́тьевна Гедро́йц, prononcé [ˈvʲerə ɪɡˈnatʲjɪvnə ɡʲɪˈdrojt͡s] ; , et transcrit Vera Ignatievna Guedroïts) est une princesse lituanienne russisée, née le 19 avril 1870 à Slobodichtche dans le gouvernement d'Orel et morte en mars 1932 à Kiev en RSS d'Ukraine. Elle est une des premières femmes chirurgiennes russes, une des premières femmes au monde à avoir été reçue professeure de chirurgie et nommée titulaire d'une chaire de chirurgie. Elle est l'auteure de travaux scientifiques originaux, dans le domaine de la chirurgie militaire, générale et pédiatrique.

Diplômée de l'université de Lausanne, elle a été l'élève du chirurgien César Roux. Elle prend part à la guerre russo-japonaise, d'abord comme chirurgienne d'un train sanitaire de la société russe de la Croix-rouge, puis comme responsable d'un hôpital de campagne, et y développe de nouveaux protocoles de laparotomie. Convaincue que la révolution était inéluctable et nécessaire, Vera Gedroitz est cependant très proche de la famille impériale. Elle enseigne les soins infirmiers à l'impératrice Alexandra Feodorovna et aux princesses Olga et Tatiana, qui travaillent ensuite comme infirmières sous sa direction. Elle a contribué à la création de l'école de chirurgie de Kiev.

Elle est également connue comme femme de lettres, pour sa prose et comme poétesse de l'âge d'argent. On connaît à Vera Gedroitz deux longues liaisons féminines. Lesbienne, elle ne se dissimulait pas, s'habillait régulièrement en homme et parlait incidemment d'elle au genre masculin.

Vera Ignatievna Gedroitz appartient à la famille Gedroize, une ancienne lignée noble et princière de Lituanie, qui prend une part active à l'insurrection polonaise contre l'oppression russe. Son grand-père est exécuté, son père Ignati (Ignace) Ignatievitch Gedroitz et le frère de ce dernier, déchus de leurs titres de noblesse, sont contraints à fuir dans le Gouvernement de Samara, chez des amis du grand-père. Ignace se forme et travaille alors dans l'administration locale. Il se marie avec la fille d'un propriétaire terrien allemand russisé, Daria Konstantinova Mikhay, élève de l'Institut Smolny, le premier établissement d'éducation pour femme de Russie. Après le mariage, il déménage avec sa femme à Briansk, dans le Gouvernement d'Orel, et s'installe comme propriétaire terrien dans le bourg de Slobodichtche, où il est également juge de paix.

Vera Gedroitz naît le 7 avril 1870 (19 avril dans le calendrier grégorien). Elle a trois sœurs et deux frères. Sa mère, prise par les tâches domestiques, n'a pas le temps de s'occuper des enfants, et la première à éduquer la petite Vera est sa grand-mère, Natalia Tikhonovna Mikhay, qui enseigne la lecture et l'écriture, la langue française, la musique, le chant et la danse dans une école improvisée pour les enfants de Slobodichtche. Dès son enfance Vera porte des habits de garçon, se distingue par son comportement vif et dégourdi et est la meneuse de la troupe d'enfants.

L'envie de devenir médecin lui vient après une série de maladies et de décès de proches, dont celui de son frère Sergueï, qu'elle adorait et du nom duquel elle signera sa future œuvre littéraire.

En 1877 un incendie détruit tous les biens de la famille, qui se retrouve plongée dans une misère complète. Un arrêt du Sénat de Saint-Pétersbourg rétablit alors Ignace Gedroitz et tous ses descendants dans leur titre princier. En 1883, Vera rencontre une enseignante du bourg voisin de Lioubokhna, faisant partie du mouvement des Narodniki, L. K. Lioubokhna, qui l'impressionne par son indépendance, son engagement et sa constance. Elle lit pour la première fois le roman de Nikolaï Tchernychevski, Que faire ?

Cette même année, Vera est envoyée étudier à Briansk dans un collège de jeunes filles, où elle est inscrite directement en 2e année. Parmi ses professeurs, l'écrivain et polémiste Vassili Rozanov, à cette époque encore peu connu, exerce une grande influence sur elle. Mais elle est rapidement exclue de l'établissement pour avoir composé des épigrammes, édité des feuilles satiriques manuscrites et être entrée en conflit avec les professeurs.

Son père, de concert avec un ami industriel, Sergueï Ivanovitch Maltsev, l'envoie à Lioubokhna auprès de l'aide médecin de l'usine pour lui apprendre les soins médicaux, avant de retourner faire ses études au collège, sous la protection de Maltsev, qu'elle achève avec mention en 1885.

Études à Saint-Pétersbourg et Lausanne

Après le collège, le père de Vera l'envoie étudier à Saint-Pétersbourg. Elle s'inscrit non sans difficulté aux cours du professeur Peter Lesgaft, prodigués à domicile dans l'appartement de ce dernier près de la Fontanka. Après sa réussite aux examens, Lesgaft conseille à Vera d'aller à l'étranger et de s'y inscrire à l'université, les femmes n'ayant pas à l'époque le droit de suivre une formation supérieure en Russie.

Au cours de son séjour à Saint-Pétersbourg, Vera commence à composer ses premiers poèmes. Elle fait la connaissance d'étudiants pétersbourgeois, commence à fréquenter les cercles révolutionnaires, lit entre autres les ouvrages du social-démocrate Ferdinand Lassalle, rédige des tracts et participe à des manifestations. Les funérailles, en 1891, du populaire idéologue démocrate Nikolaï Chelgounov se transforment en meeting, où l'on appelle à la révolution. Les rassemblements sont dispersés par la gendarmerie ; des arrestations de masse sont effectuées le lendemain et Vera figure parmi les personnes retenues. Après enquête et interrogatoire, en l'absence de preuves sérieuses, elle est renvoyée au domicile familial sous contrôle de la police.

En 1894, Vera obtient le titre de préceptrice du lycée d'Orel. Lesbienne, elle conclut un mariage de façade avec un ami pétersbourgeois, le capitaine Nikolaï Afanassievitch Belozerov. Le mariage reste soigneusement caché. Bien qu'ouvertement lesbienne, elle entretient avec son mari de bonnes relations : ils s'écrivent, se rencontrent et voyagent ensemble. Avec l'aide d'amis, en produisant des passeports falsifiés, Vera se soustrait à la surveillance de la police et se rend en Suisse, avec l'intention d'y suivre des études supérieures de médecine.

À son arrivée à Lausanne, elle rencontre une jeune femme, Ricky Hudi — elles finissent par tomber amoureuses l'une de l'autre et projettent de partir en Russie ensemble, mais des événements familiaux empêcheront de concrétiser ce projet. Vera Gedroitz se voit d'abord refuser l'inscription à l'université à cause de la falsification de son passeport. Elle fait cependant la connaissance du professeur Alexandre A. Herzen, fils d'Alexandre Herzen, et est admise sur son intervention à la faculté de médecine de l'université de Lausanne. La famille de Vera étant dans le besoin et ne pouvant l'aider pour sa subsistance, elle donne des leçons et travaille comme assistante auprès du professeur Alexandre I. Skrebinski.

En tout, trois femmes étudient à la faculté. Vera est attirée par l'anatomie dans les cours de première année. Elle se consacre ensuite avec intérêt à la chirurgie, enseignée par le professeur César Roux, élève d'Emil Theodor Kocher. La psychiatrie l'attire aussi, avec les cours du professeur Siegfried Rabow. Elle travaille activement dans les deux chaires, écrit des rapports et assure des gardes cliniques.

Le 14 décembre 1898, Vera termine l'université avec mention. Elle reçoit ce même hiver des nouvelles inquiétantes de sa mère, qui lui demande de revenir, bien que le professeur César Roux l'ait présentée au concours et l'ait faite entrer comme assistante à la chaire des affections chirurgicales. Elle est présente chaque jour aux visites des malades dans la clinique, fait des pansements, participe aux opérations dans l'après-midi (de 6 à 10 opérations) et est de service la nuit. En même temps, elle étudie la littérature scientifique. Sous la direction du professeur Roux, elle écrit et soutient sa dissertation pour le titre de docteur en médecine. Elle est invitée ensuite à devenir assistante à la chaire. Mais une lettre de son père lui parvient de Russie, lui annonçant la mort de sa sœur et la maladie de sa mère et la suppliant de revenir. La mère de Ricky meurt à ce moment, la laissant seule pour s'occuper de son frère et de sa sœur mineurs. Au printemps, en 1899, Vera est contrainte de retourner seule en Russie.

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