Vassili Dmitrievitch Polenov (en russe : Василий Дмитриевич Поленов), né le 20 mai 1844 (1er juin 1844 dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg, mort le 18 juillet 1927 à Polenovo, près de Taroussa, est un peintre russe ayant appartenu au mouvement réaliste des Ambulants, dont les œuvres sont aujourd’hui conservées à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Il a reçu en 1926 le titre honorifique d'artiste du peuple. Surnommé par ses contemporains le « Chevalier de la beauté », il incarnait à la fois une culture occidentale acquise pendant ses années en Europe et un héritage aristocratique russe, fin connaisseur de l’histoire et des origines de sa nation.
Vassili Polenov naît en 1844 dans une famille descendant de la vieille noblesse russe, originaire de la région de Saint-Pétersbourg. Au travers des générations se transmettent alors ces qualités intellectuelles et artistiques: curiosité et soif de connaissance, pratique et passion pour la musique, le dessin et la peinture, importance de la pédagogie. Son arrière-grand-père déjà, Alexeï Polenov (1738-1816), penseur et juriste, prônait la suppression du servage et l'alphabétisation du peuple. 100 ans avant son abolition définitive par une décision d'Alexandre II en 1861, il avait rédigé un essai ayant pour devise : « Les bonnes mœurs valent mieux que les bonnes lois ».
Son père, Dmitri Polenov (1806-1872) est archéologue, bibliographe et grand amateur d'art. Il faisait partie de l’Académie des Sciences et était devenu le secrétaire de la mission russe à Athènes pendant trois années. Il a fréquenté des artistes de son temps, tels le peintre Karl Brioullov et l'architecte Roman Kouzmine, épris par la richesse de l’Antiquité. Sa mère, Maria Polenova, née Voeïkova (1816-1895), est l'auteur d'un livre pour enfants à succès, L’été à Tsarskoïé Selo (1852), qu’elle a elle-même illustré. Plusieurs rééditions auront lieu au fil du temps avec des illustrations réalisées par ses enfants Vassili et Elena. Dans cet ouvrage, dont il ne reste plus qu’une seule édition conservée dans les archives de la Maison-Musée Polenovo, on découvre une famille modèle et des enfants respectueux, curieux et éduqués. Maria Polenova est également peintre-portraitiste, et suit notamment les cours d'un disciple de Brioullov.
Sa propre mère, Véra Voéïkova (1792-1873) a été une grande source d’inspiration et de bonne éducation pour les enfants de par ses dispositions artistiques. À la suite de la mort de ses parents Véra a été éduquée par la femme du poète Gavrila Derjavine (1743-1816) et grandit avec les contes populaires russes mais aussi des cours de français. Son mari, Alexeï Voékov (1778-1825), le grand-père paternel de Vassili Polenov, a été général de division et héros de la guerre contre l’armée napoléonienne.
L’enfance du peintre se déroule en grande partie dans la propriété familiale d'Imotchentsy, en Carélie, proche de la frontière finlandaise. Cette région, connue pour ses grands lacs et sa flore spectaculaire, a nourri la fascination de la famille pour la nature. Vassili est l'aîné, avec sa sœur jumelle Vera (1844-1881), d'une fratrie de cinq enfants (Alexeï, 1845-1918 ; Constantin, 1848-1917; Elena, 1850-1898).
En 1860, Dmitri Polenov, son père archéologue, entreprend un grand voyage avec ses trois fils dans les villes historiques du nord de la Russie. Ils visitent notamment Moscou, Novgorod, Vladimir et Souzdal. Durant ce voyage, Vassili, âgé de 16 ans, est encouragé par son père à réaliser des esquisses des ruines et antiquités qu'ils découvrent et, par ce fait, à développer son talent artistique. Vassili suit les cours de Pavel Tchistiakov, puis, entre 1863 et 1871, étudie à l'Académie impériale des beaux-arts, où il rencontre Ilia Répine, qui fait partie de la même promotion que lui. Parallèlement à son cursus artistique, Vassili, pour répondre à des exigences sociales et suivre le modèle de ses aïeux, entreprend une formation juridique à l'Université de Saint-Pétersbourg, où il obtiendra un doctorat en droit De par cette double formation, il fait perdurer la tradition familiale tout en affirmant sa volonté de devenir un homme cultivé, au-delà de l’artiste.
Figurant parmi les meilleurs élèves de l'Académie impériale des beaux-arts, il reçoit la grande médaille d’or pour son tableau La Résurrection de la fille de Jaïre (1871, Musée de l’Académie des Beaux-Arts, Saint-Pétersbourg). Cette œuvre lui a permis d’aborder pour la première fois dans un cadre académique la représentation du Christ, thème pour lequel le jeune artiste avait un profond intérêt Le prix qu’il a reçu pour ce tableau lui a permis, avec les autres lauréats, de devenir pensionnaire (boursier) à l'étranger aux frais de l’État. Il voyagera quatre ans. A la fin de l’été 1872, Vassili Polenov traverse l’Allemagne et la Suisse avant de s’installer à Venise puis à Rome, l’année suivante. Son séjour italien ne le stimule pas, il manque d’inspiration et travaille très peu. Cependant il y fera deux rencontres majeures dans sa vie, qui marqueront son oeuvre. Dans la « Ville éternelle », il tombe amoureux de la jeune Maroussia Obolenskaïa, qui décède tragiquement la même année de la rougeole . Cependant, Rome est aussi le théâtre d’une rencontre fructueuse et passionnante : Savva Mamontov (1841-1918), un riche entrepreneur, amoureux des arts et mécène. Ensemble, en Italie, ils ébauchent le projet de créer un cercle d’artistes pluridisciplinaires. Le domaine de Mamontov à Abramtsevo semble être le lieu idéal pour aménager les ateliers d’artistes et un théâtre .
C’est aussi en Italie que se confirme sa passion et son admiration pour le peintre Paul Véronèse (1528-1588), grand coloriste du siècle d’or vénitien . Vassili Polenov dira à son égard : « Il a quelque chose d’attirant, qui rend amoureux de son art ; on sent le goût de la vie dans les gens qu’il peint ». Il fera d’ailleurs l’acquisition de l’une de ses esquisses, La Lutte de Jacob avec l’Ange, qu’il conservera plus tard dans la bibliothèque de la maison-musée.
La deuxième étape majeure de son séjour en Europe sera en France, à Paris puis en Normandie. C’est à Montmartre au 72 rue Blanche puis au 13 rue Véron qu’il établira son atelier dès l’automne 1873. A Paris, il se joint à des cercles d’artistes russes dont Ilia Repine, chez qui il séjournera le temps d’aménager son propre espace. Il fréquente aussi Alexeï Bogolioubov (1824-1896), peintre officiel de la Marine russe mais aussi chargé de l’orientation des jeunes pensionnaires de l’Académie impériale en France. Il joue un rôle capital dans la carrière des jeunes artistes car il se charge de leur trouver des clients et les présente aux cercles restreints du monde artistique parisien. Tous les mardis, le précepteur se charge d’organiser des ateliers de céramique et d’eau-forte tout en réunissant peintres, écrivains et chanteurs. La création de céramiques peintes étaient aussi un moyen satisfaisant d’acquérir des revenus supplémentaires pour les boursiers, car ces objets étaient très prisés dans la capitale française. Ces réunions russes étaient principalement composées des peintres Ilia Repine, Vassili Polenov, Constantine Savitski, Alexandre Beggrov, Nikolaï Dmitriev-Orenbourgski, Pentaleon Schyndler, Alexeï Harlamov et Mikhaïl Dolivo-Dobrovolski.
Durant ces années, le peintre s’essaye à tous les genres pour trouver son véritable talent. Il peint des scènes historiques (L'Arrestation de la huguenote, grâce auquel il obtiendra le titre d'académicien), des natures mortes, des portraits et de nombreux paysages normands. À son retour de voyage, il fait un constat décisif pour sa carrière : « Là-bas, je me suis essayé à tous les genres de peinture […], et j'en suis arrivé à la conclusion que j'ai surtout du talent pour les paysages et les scènes de la vie quotidienne, que je vais exploiter à l'avenir. »
A l’été 1874, Ilia Repine et Vassili Polenov suivent le conseil de leur précepteur Bogolioubov de partir en Normandie à la recherche d’impressions spontanées et de travail en plein air. Ils passent plusieurs mois en compagnie d’autres artistes russes à Veules-les-Roses dans un cadre alliant falaises en bord de mer et campagne Suivant l’influence de l'École de Barbizon, les peintres s’adonnent à la pratique en extérieur. Il complétera son œuvre européenne en retournant à Paris, s'adonnant à des sujets historiques après cette période capitale dans sa carrière de paysages normands. Ses peintures traduisent sa sensibilité et sa délicatesse, alliant harmonie et apaisement mais aussi nostalgie.