Les Ursulines martyres de Valenciennes sont onze religieuses de Sainte-Ursule condamnées et exécutées sous la Terreur par le pouvoir révolutionnaire.
Un premier groupe, composé de 5 religieuses, est guillotiné le 17 octobre 1794. Le second groupe, composé de la supérieure et de cinq autres religieuses, est guillotiné le 23 octobre suivant. La tradition, appuyée par de nombreux témoignages, retient la joie et le courage dont ont fait preuve ces religieuses martyres en montant à l'échafaud.
Elles sont béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV. Elles sont fêtées liturgiquement le 23 octobre. Les reliques de cinq d'entre elles, découvertes en 1925, sont vénérées dans l'église Saint-Géry de Valenciennes.
Les Ursulines de Valenciennes avant la Révolution
Les Ursulines de Valenciennes sont fondées en 1653, rue Cardon, à l’initiative de Charlotte et Marie d’Oultreman. La communauté compte à l'origine sept religieuses de Sainte-Ursule, dont cinq sont issues du monastère de Mons et deux du couvent de Namur. Le prince-évêque de Cambrai François Van der Burch confirme cette fondation le 13 décembre 1653.
Les religieuses arrivent à Valenciennes durant l'année 1654. Elles sont d'abord logées dans la famille d’Oultreman, pendant deux semaines environ, en attendant que les travaux de leur futur monastère soient terminés.
La vocation des Ursulines est d'assurer l'enseignement et l'instruction chrétienne aux jeunes filles de la région. Dans leurs classes externes, les Ursulines de Valenciennes assurent aussi gratuitement l'éducation des petites filles pauvres de la ville et, dans leur école dominicale, elles assurent la formation chrétienne des jeunes domestiques et ouvrières.
L'école des Ursulines de Valenciennes compte plusieurs centaines d'élèves. À la Révolution, c'est la plus importante école pour filles de la ville et elle ne cesse de prendre de l'importance, accueillant parfois des pensionnaires venues de très loin, en raison de la renommée du pensionnat. Le nombre de religieuses passe de 7 en 1654 à 48 en 1723. En 1790, l'institution est gérée par 32 religieuses, dont huit converses et deux novices. Toutes les religieuses enseignent, sauf la supérieure Mère Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia et son assistante, ainsi que les sœurs converses et trois religieuses devenues trop âgées. Quatorze d'entre elles se consacrent par ailleurs aux classes publiques et six aux pensionnaires.
Les Ursulines face à la Révolution naissante
Le 15 août 1790, le pape Pie VII promulgue le décret De Tuto, qui autorise la canonisation d’Angèle Mérici, fondatrice des Ursulines, tandis que les révolutionnaires (quelques mois plus tôt) publient le décret du 13 février 1790, qui interdit les vœux monastiques et supprime les ordres réguliers. Les temps s'annoncent donc compliqués. Le décret révolutionnaire précise toutefois que les congrégations chargées d'éducation publique peuvent continuer temporairement leur action, jusqu'à nouvel ordre, à la condition d'en demander l'accord aux autorités locales. La communauté des Ursulines n'est donc pas supprimée, mais les novices ne peuvent plus prononcer leurs vœux définitifs.
Le 20 septembre, le maire de Valenciennes se rend chez les Ursulines pour recueillir individuellement leurs déclarations d'intention, les sœurs étant encouragées à quitter la vie religieuse. Mère Marie-Clotilde, qui vient d’être élue supérieure, est la première à déclarer « vouloir finir ses jours dans l'état et la maison qu'elle a choisis », suivie par les professes, les converses, puis les deux novices, qui précisent n'avoir malheureusement pas pu prononcer leurs vœux en raison de l'interdiction légale. Le même jour, les biens de la communauté sont inventoriés, conformément à la loi sur la nationalisation des biens du clergé. Les Ursulines sont notamment obligées de vendre une partie de leurs terres pour régler les dettes qui leur sont imposées par le gouvernement et qui dépassent leurs revenus.
Le 6 avril 1792, le port de l'habit religieux est interdit, mais les Ursulines de Valenciennes refusent de se soumettre à ce décret. Marie-Christine Joassart–Delatte note en effet que leur habit est « investi d'une grande signification symbolique, et rappelle le baptême et le sens de la vie chrétienne : se dépouiller du vieil homme et se revêtir du nouveau qui est le Christ ». Cette décision constituera l'un des principaux faits reprochés lors de leur procès.
En 1791, le prince-archevêque de Cambrai, Ferdinand-Mériadec de Rohan refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il doit donc s'exiler à l'abbaye de Saint-Ghislain, à Mons, et est remplacé par l'évêque constitutionnel Claude Primat, nommé par les révolutionnaires « évêque du département du Nord ». Les Ursulines de Valenciennes refusent alors l'autorité de l'évêque « intrus » et restent fidèles à Ferdinand-Mériadec de Rohan, auquel elles continuent d'obéir. Dès lors, leur attachement au clergé réfractaire attire l'ire des révolutionnaires, qui dressent le procès-verbal de leur refus de laisser célébrer un prêtre assermenté au couvent, les punissent de 200 livres d’amende pour avoir enfreint le décret de fermeture des chapelles au public, leur reprochent la présence d’un prêtre réfractaire au couvent et de professer des enseignements contraires à la Constitution.
Conformément au décret du 1er octobre 1792, qui interdit aux religieux de vivre en communauté, les Ursulines de Valenciennes sont officiellement dissoutes. Heureusement, elles avaient été accueillies deux semaines plus tôt dans leur communauté sœur, les Ursulines de Mons, dans les Pays-Bas autrichiens. La mairie de Valenciennes leur avait délivré les passeports nécessaires pour « librement passer, séjourner et revenir ». Seules Mère Dominique Dewallers et Mère Cécile Perdry, trop âgées pour voyager, restent à Valenciennes où elles sont confiées à deux converses, sœur Claudine Denis et sœur Adrienne Namur, ainsi qu'à l'économe du couvent, Mère Marie-Thérèse Castillion.
Le 28 octobre, les Ursulines de Valenciennes entrent dans la « Confrérie pour obtenir une sainte vie et une heureuse mort sous la protection de Sainte Ursule et des onze mille Vierges » et se consacrent à sainte Ursule par la prière suivante : « Sainte Ursule, je vous prends pour ma patronne et mon avocate à l’heure de mon trépas, et je vous prie de m’assister très particulièrement en ce dernier moment dont dépend mon éternité ». Pour Marie-Christine Joassart–Delatte, « cette dévotion a certainement joué un grand rôle dans la préparation à la mort des Ursulines de Valenciennes qui allaient deux ans plus tard connaître le martyre comme leur sainte patronne. Dans le livret de la confrérie, le martyre de Sainte Ursule est défini comme « gloire » et « triomphe ». Nous retrouverons ces expressions dans les lettres d’adieu des religieuses. La « palme du martyre » et la « couronne du martyre » auxquelles aspirent les Ursulines martyres de Valenciennes sont également des expressions à mettre en rapport avec le culte de Sainte Ursule ».
Rapidement, les Ursulines sont rattrapées par la Révolution : le 6 novembre 1792, Dumouriez remporte la victoire de Jemappes, qui entraîne le rattachement de Mons et du Hainaut à la France révolutionnaire. Cependant, après la bataille de Neerwinden en mars 1793, les Autrichiens conquièrent la moitié du département du Nord, dont la ville de Valenciennes, où le clergé retrouve une partie de ses droits. À la demande des habitants de Valenciennes et sur ordre de Ferdinand-Mériadec de Rohan, les Ursulines retournent donc dans leur couvent valenciennois — jusqu'alors transformé en caserne —, avec l'accord de la Jointe.
Le 26 novembre 1793, Mère Clotilde est réélue pour un second triennat et, le 23 avril 1794, la novice Sœur Angélique Lepoint peut enfin prononcer ses vœux définitifs. Durant cette période, la communauté intègre trois nouvelles religieuses, qui feront toutes partie des martyres :
Sœur Joséphine Leroux, sœur de Mère Scholastique : clarisse urbaniste, elle s'exile à Cambrai lors de la suppression des communautés et revient sous l'occupation autrichienne à Valenciennes, où elle se fait Ursuline ;