Ce Jour-là

Uber Files

Fuite de milliers de documents

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Les Uber Files sont plus de 124 000 documents confidentiels révélant comment l’entreprise américaine Uber, lorsque la multinationale était dirigée par Travis Kalanick, a implanté son activité dans de nombreux pays et tenté de faire changer la législation à son avantage en menant une stratégie d'influence auprès et à l'aide de personnalités politiques de premier plan.

L'enquête journalistique est lancée à partir de ces documents par le Consortium international des journalistes d'investigation et ses partenaires. Elle est publiée dans des médias américains et européens à partir du 10 juillet 2022.

La fuite d'information rassemble 18 giga-octets de données. Ces données contiennent 124 000 documents, dont 83 000 emails, des documents PowerPoint et des messages échangés via SMS sur WhatsApp. Ces données concernent une période comprise entre 2013 et 2017.

L'identité du lanceur d'alerte, qui a transmis les documents aux médias, est révélée le 11 juillet 2022 : il s'agit de Mark MacGann, ancien responsable du lobbying d’Uber pour l’Europe de l’Ouest, l’Afrique et le Moyen-Orient: « Ce dont j’essayais de convaincre les gouvernements, les ministres, les présidents et les chauffeurs se trouve être vraiment affreux, injuste et mensonger », explique-t-il pour justifier sa décision. Mark MacGann a quitté l'entreprise en 2016 dans des conditions conflictuelles, et contacte les journalistes du Guardian en décembre 2021.

Les dossiers d'Uber sont transmis au journal The Guardian, puis analysés et partagés par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et par 42 autres médias avant d'être relayés par ces médias le 10 juillet 2022.

Mis en cause par Uber après les révélations, Mark MacGann, à l'origine de la fuite de données, explique qu'il n'a « placé aucune limite à l’utilisation que les journalistes pouvaient faire des données transmises (…). Ces données parlent pour elles-mêmes ».

Uber par la réservation géolocalisée sur application mobile des services d'un chauffeur de voiture dédiée pour effectuer un déplacement, innove grâce au hélage électronique et à la géolocalisation des clients. Elle contourne le droit de maraudage réservé aux taxis et provoque une rupture du modèle économique du secteur.

L'enquête journalistique, publiée en 2022, révèle l’ampleur du lobbying mis en place par Uber pour « conquérir le monde » entre 2013 et 2017. Durant cette période, le développement d'Uber fait fi des règlementations sociales et utilise une stratégie d'influence particulièrement active dans plus de 30 pays. Pour essayer de faire modifier les règlementations en sa faveur, Uber a fait dresser une liste de plus de 1 850 « parties prenantes » — fonctionnaires en exercice, anciens fonctionnaires, groupes de réflexion et groupes de citoyens — qui pourraient faire l'objet de son attention.

Les dossiers révèlent qu'après avoir expliqué que les paiements par espèces pour les taxis devaient être interdits en Afrique du Sud pour des raisons de sécurité, Uber autorise ses chauffeurs à accepter les espèces. Malgré une recrudescence des violences et vols à leur égard, Uber diminue leur rémunération.

L’ex-ministre bruxellois de la Mobilité de 2014 à 2019, Pascal Smet (Vooruit), était particulièrement proche d'Uber. Son ministère a du élaborer un cadre légal pour les « nouveaux services de transport ». Uber aurait reçu les grandes lignes du projet de réforme avant qu’il ne soit rendu public. Une dizaine de contacts ont eu lieu entre Uber et le cabinet du ministère.

L'ancien député bruxellois, président de la Commission Mobilité du Parlement bruxellois et actuel bourgmestre d'Uccle, Boris Dilliès (MR), est considéré comme « le petit préféré d’Uber » selon le journal Le Soir et comme le « meilleur allié politique en Belgique » selon Uber. Il a, selon les révélations, favorisé les contacts entre Uber et le cabinet de l'ancien Premier ministre Charles Michel (MR)

L’entreprise a embauché d'anciens fonctionnaires et personnels politiques au Canada.

Adam Blinick, directeur principal des politiques publiques et des communications d'Uber en 2022, été embauché par Uber moins d'un an après avoir quitté le gouvernement de Stephen Harper en tant que chef de cabinet adjoint et directeur des politiques du ministre de la Sécurité publique.

Jean-Christophe de Le Rue a été directeur des communications du ministre fédéral de la Sécurité publique de 2013 à 2015 avant de rejoindre Uber en tant qu'associé principal en communication.

Aux États-Unis, parmi les personnes sous influence ou influenceurs d’Uber, on trouve d'anciens collaborateurs de Barack Obama, dont Jim Messina (en) et David Plouffe.

Du côté républicain, on trouve comme influenceur Brian Worth, ancien assistant de Kevin McCarthy, qui fut leader républicain de la Chambre des représentants en 2014.

En mai 2022, les actionnaires d'Uber ont voté contre une proposition qui aurait obligé l'entreprise à divulguer ses activités et ses dépenses de lobbying.

En France, la loi Thévenoud réglemente l’activité des VTC. Le décret d'application de la loi Thévenoud parait le 30 décembre 2014 au Journal officiel. Cette loi a été assouplie par décrets d'application et autres lois de libéralisation.

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