Sour, souvent nommée Tyr de son appellation antique, est une ville du Liban du Sud particulièrement connue pour son site archéologique. C'est le chef-lieu du district de Sour dans le gouvernorat du Liban-Sud.
La ville est connue sous différents noms :
Tyr est située en Phénicie méridionale, à un peu plus de 70 km au sud de Beyrouth (l'antique Béryte) et à 35 km au sud de Saïda (Sidon), presque à mi-chemin entre Sidon au nord et Acre au sud, et à quelques kilomètres au sud du Litani (le Leontes des sources classiques). La ville compte environ 42 000 habitants (« tyriens ») à 85 % musulmans chiites et 15 % chrétiens essentiellement maronites. En 2018, les juifs de Tyr ne sont plus que 29.
Dans l'Antiquité, la ville était insulaire mais des faubourgs s'étendaient sur le continent en face, sur l'autre rive du détroit de 500 à 700 m de large. La ville insulaire était fortifiée sur un rocher, d'où son nom : S‘r qui signifie en phénicien « rocher ». Elle était dotée de deux ports, le « port Sidonien » au nord qui existe encore en partie, et le « port égyptien » au sud qui a peut-être été retrouvé tout récemment[C'est-à-dire ?].
En partant de Tyr vers le nord en direction de Saïda, on passe près de la source d'Aïn Babouk, puis près de la source thermale d'Aïn Habrian, et on atteint l'embouchure du fleuve El Qasmiyé, partie aval du Litani. À l'époque des États latins d'Orient, c'était la frontière nord entre le royaume de Tyr et celui de Sidon (1110 à 1289) quand ils se sont séparés, mais la frontière nord a dépassé ce fleuve plusieurs fois et elle s’est élargie jusqu'à Sarepta et même un peu plus parfois.
En dehors de la route menant à Sidon, une importante route côtière partait de Tyr vers le sud, appelée « Échelle de Tyr » (de l'italien scala, « escale »), menant à la colline El Rachidieh après le cap El Aïn. Certains historiens spécialistes, ont identifié cette colline à Palætyros (« ancien Tyr ») ou Ushu (en) mais cette identification n'exclut pas les autres possibilités. La route franchit le cap El Abyad, bifurque à gauche vers Oum El Amed située sur une colline à une dizaine de mètres au-dessus de la route côtière, et, vers le sud, dessert Achziv, Acre et Haïfa aux pieds du mont Carmel qui constituait la frontière sud du royaume de Tyr.
Fondation et période phénicienne
L’histoire de Tyr se confond avec celle de Saïda parce que, sur plusieurs périodes, les deux villes étaient unifiées. Hérodote, qui visite la ville en 450 av. J.-C., est informé par les prêtres du temple du dieu Melqart que la ville avait été fondée en même temps que le temple et que Tyr était habitée depuis 2 300 ans, soit dès 2700 av. J.-C. Cette date fut attestée par l’archéologie, et surtout par le sondage effectué par Patricia Bikai dans le centre de Tyr l’insulaire, ce sondage ayant livré vingt-sept niveaux ; le premier niveau remonte au premier quart du troisième millénaire.
Du troisième à la fin du deuxième millénaire av. J.-C., Tyr joue un rôle secondaire dans l’histoire du Levant, ce qui explique son omission dans les sources mariotes et eblabites. Elle figure dans les textes égyptiens du deuxième millénaire pour sa situation stratégique méridionale ; mais elle n’était qu’un petit port d’escale entre l’Égypte et Byblos (Jbeil en arabe) en premier lieu et un port de transit entre les ports levantins et l’intérieur. Le statut de Tyr entre le règne de Thoutmôsis II et Ramsès III lui a permis de profiter de sa position pour développer son rôle comme port stratégique, son commerce et son industrie, surtout par ses relations avec les autres villes levantines.
L’histoire de Tyr vers le Xe siècle av. J.-C. reste conjecturale, mais on pense que l'union de Tyr et de Sidon eut lieu entre les Xe et IXe siècles av. J.-C.. Aux IXe et VIIIe siècles av. J.-C., Tyr participe de façon majeure à la colonisation phénicienne et fonde Carthage (la « Nouvelle Ville ») en 814 av. J.-C. (datation traditionnelle). Après la défaite de Louli (fin VIIIe siècle av. J.-C.), lors de l'invasion assyrienne, Baalu régna sur Tyr (début du VIIe siècle) et Sidon s’en sépara après le refus de coopération avec les Assyriens. Ainsi, l’arrière-pays de Tyr devint une province assyrienne. Ceci a marqué un affaiblissement politique dans les deux villes, mais l’activité commerciale et maritime a continué à évoluer jusqu’à l’arrivée d’Alexandre le Grand. Avant le VIIe siècle, le Litani était la frontière nord du royaume de Tyr, tandis qu'Acre en était la frontière sud. Cependant, la superficie du royaume diminua avec l’invasion et les Assyriens offrirent à Baalu Ma‘rub et Sarepta au nord du Litani, qui restèrent sous la domination tyrienne jusqu’au IVe siècle av. J.-C.
L'hégémonie phénicienne sur la côte s’est étendue, au sud de la Phénicie, jusqu’à Ashkelon qui est devenue une « cité des Tyriens » à l’époque perse, la présence des Phéniciens étant affirmée par l’archéologie — fouilles d’Akhziv (en), de Tell el-Fukhar (en), de Tell Keisan, de Kabri, du mont Carmel, d'Atlit, de Tel Shiqmonah, de Dor, d'Ashkelon, de Tell el-Kheleifeh, d'Arad, d'Ashdod, Azor.
Quand Nabuchodonosor II accède au trône babylonien, après la chute de Ninive en 612 av. J.-C., il assiège Tyr pendant treize ans (585-572), mais quelques hypothèses présument qu'une sorte de compromis s'établit finalement entre les Tyriens et les Babyloniens au terme duquel Tyr conserve une certaine autonomie. Le prophète Ézéchiel, contemporain de Nabuchodonosor II, jalousa la ville de Tyr, la décrivant comme fabuleusement riche (Livre d'Ézéchiel, chapitre 27).
Le professeur Wallace B. Fleming affirme que le nom Syrie est dérivé de Tyr, le nom de la plus importante cité phénicienne. « De toutes les cités phéniciennes, Tyr était la plus importante ; elle était si importante que les Grecs donnèrent son nom à toute la région, l'appelant Συρία, de צור Tsour, Tyr, et ce nom grec s'est perpétué jusqu'à nos jours avec notre mot Syrie. Hérodote parle de la Syrie comme une abréviation d'Assyrie, mais, en cela, il a été trompé par la similitude entre les mots. Elle [la cité] prit son nom Tyr (grec Τύρος, phénicien 𐤑𐤓, arabe صور, assyrien et babylonien Sur-ru, hébreu צור ou צר , égyptien Dara ou Tar, ou Taru dans les lettres de Tell El Amarna, ancien latin Sarra) de l'île, la Sour sémitique, qui signifie roc ». Ainsi Tyr aurait donné son nom à toute la zone d'influence issue de sa richesse.
Certains sites archéologiques de Mésopotamie semblent cependant attester de la migration à la même époque d'un peuple d'origine asiatique vers une région qui s'étend tout au long du massif libanais incluant Tyr qui aurait été pendant une période de plus de 680 ans la capitale de ce peuple. La majorité des historiens pensent qu'il s'agit de Turcs, d'autres prétendent qu'il s'agit de Mongols alors qu'une minorité d'historiens du XXe siècle affirment qu'il s'agit d'Arméniens.
En 539, Cyrus II prend Babylone et une nouvelle période commence. Intégrés dans l'empire perse achéménide, les Phéniciens commencent à battre monnaie (Tyr est la seconde cité après Byblos vers le milieu du Ve siècle av. J.-C., suivie peu après par les cités de Sidon et d'Arouad) et Tyr fournit des flottes aux souverains achéménides (surtout pour leurs guerres contre les Grecs).
En 333 av. J.-C., après sa victoire contre les Perses à la bataille d'Issos, Alexandre le Grand se dirige vers la côte phénicienne, en direction de l'Égypte. Les cités commencent à se rallier volontairement et pacifiquement au nouveau conquérant. Seule Tyr résiste à Alexandre, qui l’assiège pendant sept mois, en 332, se heurtant à ses solides murailles et à sa position insulaire. À cette époque, Tyr est essentiellement bâtie sur une île que l'on appelle parfois Ancharadus, située à quatre stades (720 mètres) du continent. Alexandre parvient cependant à construire une digue jusqu'à l'île, avec les pierres et le bois de la partie continentale de la ville de Tyr — Palaetyr (la Vieille-Tyr) —, déjà sous domination macédonienne. Des recherches géoarchéologiques contemporaines, notamment celles de Nick Marriner et Christophe Morhange, confirment que cette digue est toujours partiellement visible et constitue aujourd’hui une base de l’isthme actuel reliant l’ancien site insulaire au littoral libanais. Ainsi, depuis l’époque hellénistique, Tyr n’est plus une île mais une presqu’île façonnée par l’intervention humaine et l’évolution naturelle du littoral.