Gertrud Trude Sojka Baum, plus couramment appelée Trude Sojka, née à Berlin, Empire allemand, le 9 décembre 1909, et morte à Quito, Équateur, le 18 mars 2007, est une peintre et sculptrice tchèque et équatorienne, créatrice d'une technique artistique originale de recyclage en utilisant du ciment.
Gertrud Herta Sojka Baum est née le 9 décembre 1909 à Berlin, Empire allemand, au sein d'une aisée famille juive tchèque. Des archives retrouvées montrent que son père, l'ingénieur Rudolf Sojka, était impliqué dans l'entreprise d'échange de chemins de fer avec le président de l'Équateur Eloy Alfaro.
Avec sa femme, Hedwig Baum, ils donnent naissance à trois enfants : Waltre, Gertrud (la petite Trude aux longues boucles d'or tressées) et enfin Édith. Lorsque Trude est encore très jeune, la famille s'installe à Prague en Tchécoslovaquie. Son enfance passée dans cette ville historiquement riche, auprès de la rivière Vltava, où elle a appris à nager raconte-t-elle[Où ?], est source de nombreux rêves et souvenirs qui lui inspireront toute une série d'œuvres aussi tendres que révélatrices de son amour pour sa patrie et son identité. Elle habitait rue Na Poříčí.
Trude Sojka s'intéresse pendant toute son enfance à l'art. Elle dessine déjà pour ses amies à l'internat de Lausanne, Suisse, où elle fait une bonne partie de ses études secondaires. En parallèle, comme toute fille de "bonne famille", elle doit apprendre le français, le grec, le latin et l'anglais. Elle est aussi très sportive, participant ainsi à des concours de ski et des randonnées.
Elle étudie à l'Académie de Beaux-Arts de Berlin, contre la volonté de son père qui voulait qu'elle fasse une filière économique.
Ses croquis anatomiques relèvent d'une grande prouesse pour le dessin académique, tout comme quelques peintures et sculptures réalistes retrouvées dans la cave de sa maison à Quito. Mais ses influences vont plutôt du côté "brut" des peintres modernistes, surtout des expressionnistes allemands. Elle aime les couleurs vives et les formes. Elle admire avec passion l’œuvre des principaux peintres de l'École de Paris, en particulier Marc Chagall et Chaïm Soutine.
Cependant, ce qui l'intéresse le plus c'est la matière. Elle s'initie à la sculpture. Elle a sans doute connu la sculptrice berlinoise Käthe Kollwitz. Elle apprécie de même l'art de son peuple d'origine. František Kupka et Otto Gutfreund figurent certainement parmi ceux qu'elle a aimés.
Sojka s'intéresse déjà aux cultures extra-européennes. Elle admire le Primitivisme, les différents symbolismes des figures africaines et du Nouveau Monde.
Une de ses œuvres a été acquise à l'époque par le Märkisches Museum de Berlin. Elle reste encore un mystère car elle n'a pas été retrouvée.
En 1938, Sojka épouse Dezider Schwartz, un fonctionnaire public slovaque né à Nitra. Pendant ce temps, elle travaille comme secrétaire à Prague. Pendant son temps libre, elle se promène souvent avec son mari le long de la Vltava. Son frère, devenu un chimiste reconnu, prône le sionisme avec son épouse allemande Liddy Sojková Hutzler. Sa petite sœur s'est aussi mariée à un Tchèque originaire de Benešov, près de Prague : Arthur Porges. Ensemble, ils ont eu un enfant nommé Karl. Ce sont des temps difficiles, mais la famille se croit protégée par sa fortune.
En 1942, la mère de Trude, sa fille, Edith, son filleul et leur fils sont déportés depuis leur résidence au centre de Prague en direction du camp de concentration de Terezín. La première est assassinée près de Malý Trostinec. Edtih et sa famille ne survivront pas non plus à leur déportation à Auschwitz.
Cette époque de guerre reste floue. Trude Sojka n'en voulait pas parler. Tout ce que l'on peut reconstituer avec précision, c'est à partir de documents retrouvés. La recherche est menée par la petite-fille de Trude Sojka.
Trude et Dezider s'installent à Nitra, en Slovaquie, car ils pensent qu'ils seront plus en sécurité là-bas. Pourtant, ils apparaissent dans une liste de déportation vers Lublin en 1942. Leurs noms sont rayés de la liste.
Ce n'est qu'en septembre 1944 qu'ils ressurgissent dans les documents officiels. Ils sont arrêtés à Nitra de nouveau pour être transportés vers Sered' puis Auschwitz. C'est là qu'elle perd de vue Dezider. En novembre 1944, elle est envoyée dans deux sous-camps de Gross-Rosen: Kudowa-Sackisch et Zittwerke-Kleinshönau. Pendant toute cette période elle était enceinte. D'ailleurs, Zittwerke-Kleinshönau est un camp où l'on rassemble beaucoup de juives enceintes. Sojka accouche peu de temps après d'une fille, Gabriele Evelin Schwartz, qui, malheureusement mal en point comme sa mère, meurt au bout de quelques semaines. Le camp est libéré par l'armée soviétique le 11 mai 1945. Gabriele meurt le 29 mai.
Quelques mois après avoir un peu récupéré, elle voyage à la recherche de ses biens et de sa famille. Cela semble ne donner aucun résultat, lorsqu'elle voit par hasard à la Croix Rouge un papier de son frère Walter Sojka, parti se réfugier avec son épouse en Équateur, qui la cherche ainsi que le reste de la famille. Trude se presse pour partir le rejoindre, coûte que coûte. Elle se rend en Suède pour prendre un paquebot par la compagnie Johnsonline de Götborg.
En 1947, une fois arrivée en Équateur, au port de Guayaquil, son frère la reçoit, accompagné d'un homme allemand qui est son associé dans la fabrique où il travaille, à Ambato.
Cet homme allemand s'appelle Hans Steinitz, né à Katowice (aujourd'hui en Pologne, à l'époque, dans l'Empire Allemand), en 1908. Il a effectué ses études à Friburg, en Allemagne, pour devenir avocat. Il s'agit d'un petit-neveu du célèbre joueur d'échecs Wilhelm Steinitz. Il vient d'une famille juive de commerçants de carrosses et de calèches. Cependant, la première guerre mondiale les ruine. Son père est mort lorsqu'il était encore enfant. Sa mère se remarie à un non-juif, qui finit par les dénoncer à la Gestapo et les envoie, probablement lors de la Nuit des Cristaux, dans les premiers camps de concentration. Sa mère meurt. Hans est quant à lui emprisonné dans le camp de Sachsenhausen. Grâce à l'aide de ses amis, et surtout à celle du consul honoraire de l'Équateur en Suède Manuel Muñoz Borrero et de José Ignacio Burbano, consul de l'Équateur à Bremen, il réussit à falsifier son passeport et à acquérir un emploi dans une compagnie cotonnière à Guayaquil, en Équateur. De cette façon, il arrive à sortir des camps et se dirige vers son nouveau pays d'accueil. Il deviendra plus tard gérant de l'entreprise ménagère USICA (qui vend des produits électroménagers).
En 1948, Hans Steinitz et Trude Sojka se marient et partent vivre à la capitale. En 1949 naît leur première fille Eva Graciela Steinitz (morte en 2006). Ils auront deux autres filles, Miriam Edith et Anita Ivonne Lillian Steinitz.