Les troubles de Montceau-les-Mines sont une série de mouvements sociaux et d'événements se déroulant à Montceau-les-Mines et plus largement dans une grande partie de Saône-et-Loire, entre 1878 et 1885.
Ces années sont marquées par une diffusion de l'anarchisme au sein de la population locale, en particulier chez les mineurs. Cette période voit l'apparition du mouvement syndical en Saône-et-Loire, alors associé à ce mouvement politique dans la région. Elle est caractérisée par une violence politique entre l'État français, les mineurs et travailleurs anarchistes de la région, dont un certain nombre rejoignent la Bande noire.
En 1878, le bassin houiller de Blanzy est sous contrôle financier et politique de la famille Chagot depuis plus de cinquante ans. Cette famille possède les houillères et emploie des milliers de mineurs : femmes, hommes et enfants, dans des conditions de travail et de vie généralement très dures, pour assurer sa propre prospérité économique et sociale.
Aidé par le clergé local, qui surveille les travailleurs récalcitrants ou républicains, socialistes et anarchistes, Léonce Chagot, maire de Montceau-les-Mines et directeur de l'entreprise, peut assurer son contrôle sur la région. Maire depuis la fondation de la ville, il est néanmoins battu aux élections municipales de Montceau-les-Mines en 1878. Cette défaite électorale s'accompagne d'une grève subite lancée par les mineurs qui est réprimée par l'armée et s'interrompt aussi subitement qu'elle ne commence. Certaines autorités françaises estiment alors qu'il s'agit d'une grève lancée par l'Internationale anti-autoritaire, principale organisation anarchiste de la période, tandis que pour d'autres il s'agirait d'un mouvement autonome et local sans réel lien avec cette organisation.
Après la répression de la grève de 1878 par l'armée, les mineurs commencent à se rassembler dans une ou plusieurs sociétés secrètes anarchistes, éventuellement liées aux premières chambres syndicales en cours de fondation, qui commencent à se radicaliser. Ces sociétés secrètes, connues sous le nom de Bandes noires, visent alors les symboles de l'Église catholique et menacent le clergé en demandant le renvoi du prêtre du Bois-du-Verne, accusé d'espionner et de faire renvoyer les ouvriers qui lui déplaisent.
Pendant l'été 1882, un rapport de police signale qu'un délégué de Montceau-les-Mines se trouverait à Genève auprès de membres de la branche de la Fédération jurassienne au sein de l'Internationale anti-autoritaire comme Élisée Reclus ou Varlam Tcherkezichvili. Lors de leur discussion, il aurait soutenu que la révolution anarchiste mondiale serait lancée par la France le lendemain en commençant à Montceau-les-Mines et se serait plaint du fait qu'il ne serait pas soutenu par l'organisation.
Deux jours plus tard, un groupe pille une armurerie, les armes et les explosifs récupérés sont transférés à des centaines de mineurs. Ces derniers se dirigent vers la chapelle du Bois-du-Verne et l'incendient. Ils essaient de marcher sur les villages environnants mais s'interrompent en cours. L'armée intervient le lendemain et les autorités arrêtent des centaines de mineurs : une trentaine sont mis en procès en octobre 1882. Dans le même temps, la Bande noire poursuit ses attentats et commence à cibler des personnes en plus de symboles. Les autorités françaises sont préoccupées à l’idée que le procès se poursuive à Chalon-sur-Saône, surtout que le début des attentats de Lyon de 1882-1883 les effraie encore davantage. Ils demandent alors l'ajournement et le déplacement du procès. Pendant ce temps, un vaste mouvement répressif débute contre les anarchistes en France, en particulier à Lyon avec le procès des 66, où les anarchistes de Lyon sont suspectés d'avoir soutenu les troubles de Montceau-les-Mines.
Entre 1883 et 1884, la Bande noire poursuit ses attaques dans la région, avec une violence croissante. Les cibles sont visées suivant deux méthodes différentes selon l'historien Emmanuel Germain : s'il s'agit d'un informateur supposé de la police, il est épargné (malgré des attentats parfois spectaculaires), dans le but probable d'intimider les informateurs potentiels. Au contraire, les cibles « bourgeoises », comme l'ingénieur Michalowski, qui collabore dans les enquêtes de la police, seraient ciblées avec une claire volonté de les tuer, selon Germain. Malgré cela, aucun mort n'est à déplorer durant toute cette période sur les dizaines d'attentats commis. En 1884, l'arrestation d'une dizaine de membres potentiels entraine le ralentissement puis à la disparition des attaques.
L'ensemble de ces troubles s'inscrit dans l'histoire plus large de l'anarchisme, du mouvement ouvrier, de la propagande par le fait, du bassin houiller de Saône-et-Loire. De nombreuses questions subsistent à propos de ces troubles : les mineurs étaient ils devenu anarchistes de manière autonome ou bien, au contraire, étaient ils reliés à des organisations anarchistes comme l'Internationale anti-autoritaire ?
Situation des mineurs de Montceau-les-Mines
La région environnant Montceau-les-Mines, Blanzy, Épinac, Le Creusot, Montchanin ou encore Perrecy-les-Forges fait partie du bassin houiller de Saône-et-Loire. La région est occupée par des activités minières depuis au moins le début du XVIe siècle, mais voit une industrialisation importante à partir du XIXe siècle . Au début de ce siècle, la famille Chagot, qui descend du marchand de vins de Louis XVI, décide d'investir son capital dans la région en reprenant les mines et en les industrialisant. Grâce à ce soutien financier important, la famille, d'abord d'un milieu aisé mais sans appartenir à la grande bourgeoisie, en vient à intégrer le « grand capitalisme », selon l'historien Robert Beaubernard.
Parallèlement à ces développements propres à l'évolution du capitalisme en France, la ville de Montceau-les-Mines est créée ex nihilo pour favoriser l'exploitation minière et le regroupement de la population ouvrière dans la zone où se trouvent les mines. De nombreux travailleurs se déplacent pour s'y installer dans l’espoir de trouver un emploi et sont employés dans les mines. De plus, la famille Chagot commence à occuper des postes politiques et en vient ainsi à exercer un contrôle politique et financier important sur la région. En réalité, dès sa fondation, Montceau-les-Mines est dirigée par Léonce Chagot, neveu du précédent patron, lui-même député de Saône-et-Loire, élu comme premier maire de la ville en 1856.
Les conditions de travail et de vie pour les mineurs des mines de la Compagnie houillère de Blanzy, dirigée par la famille Chagot, sont parfois très dures. Le travail commence généralement vers 12 ans, la journée de travail peut commencer à partir de 4 heures du matin et les mineurs descendent 10 heures par jour dans les mines pour en tirer le charbon ; les femmes, y compris veuves et célibataires, travaillent dans la mine mais ne sont pas envoyées au fond de celle-ci. Les protections contre les accidents, comme les explosions de grisou, sont inexistantes et plus de quatre cents mineurs sont tués jusqu'à la période des troubles, un « chiffre énorme », selon Beaubernard.
La famille Chagot, qui gère l'urbanisme de la ville comme elle le souhaite, décide d'y mettre en place des structures paternalistes. Il est estimé que pendant la période des troubles, 6 500 mineurs et mineuses travaillent dans la mine, une partie substantielle de la ville repose donc sur le soutien financier de l'entreprise et la famille. Par ailleurs, les écoles de la ville sont tenues par l'entreprise, ce qui lui permet d'éduquer les enfants de mineurs et d'avoir ainsi des générations de main-d'œuvre se succédant dans ses mines. Politiquement, les Chagot, et en particulier Léonce Chagot, sont décrits comme bonapartistes par le préfet de Saône-et-Loire, mais il est plus vraisemblable qu'ils soient des conservateurs revendiqués prêts à soutenir n'importe quel régime à condition qu'il serve leurs profits et n'interfère pas avec leurs intérêts économiques.