La révolution de Juillet est la deuxième révolution française, après celle de 1789. Elle porte sur le trône un nouveau roi, Louis-Philippe Ier, à la tête d'un nouveau régime, la monarchie de Juillet, qui succède à la Seconde Restauration. Cette révolution se déroule sur trois journées, les 27, 28 et 29 juillet 1830, surnommées les « Trois Glorieuses ».
Après une longue période d’agitation ministérielle, parlementaire et journalistique, le roi Charles X tente par un coup de force constitutionnel de freiner les ardeurs des députés libéraux par ses ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830. En réponse, des Parisiens se soulèvent, dressent des barricades dans les rues et affrontent les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, duc de Raguse. L'émeute se transforme rapidement en insurrection révolutionnaire.
Du 27 au 29 juillet, les combats font rage dans toute la capitale. Après une attaque du palais des Tuileries le 29 juillet 1830, Charles X et la famille royale fuient Paris. Les députés libéraux, majoritairement monarchistes, prennent en main la révolution populaire. Au terme de l’« hésitation de 1830 », ils optent finalement pour une monarchie constitutionnelle plus libérale à l'aide d'un changement de dynastie.
La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède ainsi à la branche aînée : le duc d'Orléans est proclamé « roi des Français » et non plus « roi de France », sous le nom de Louis-Philippe Ier. Le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc.
Lors des élections de 1827, les libéraux deviennent majoritaires à l'Assemblée et Charles X consent à nommer un Premier ministre à mi-chemin entre ses opinions ultraroyalistes et l'orientation de la nouvelle chambre. Il appelle le vicomte de Martignac pour qu'il forme un ministère semi-libéral, semi-autoritaire. Mais, continuant sur sa lancée, l'opposition libérale grandit et s’affirme dans un contexte économique difficile.
Une crise économique et sociale latente
De 1827 à 1829, les récoltes sont médiocres (en 1829, le prix de l’hectolitre de blé est supérieur de 50 % à ce qu’il était en 1824, et il demeure à ce niveau jusqu’en 1832). L’hiver 1829-1830 a été particulièrement rigoureux, les autres saisons plutôt pluvieuses. 1830, comme 1827 et 1828 avant elle, est une année de médiocres récoltes impliquant des prix élevés pour les denrées, un report du pouvoir d'achat sur le pain et, par voie de conséquence, une montée du chômage pour les ouvriers des manufactures, textiles notamment, en particulier à Paris.
Les faillites sont aussi nombreuses notamment dans le secteur bancaire. Dès 1828, des troubles éclatent. En ville, les revendications portent sur les questions de la cherté de la vie, des salaires insuffisants et du chômage. Les tensions montent aussi avec l'arrivée permanente de néo-urbains qui exercent une pression sur les salaires et qui vivent dans une misère noire, n’ayant accès ni à l'eau potable, ni aux égouts ou au ramassage des ordures.
Les épidémies sont récurrentes en ville (comme le montre en 1832 celle de choléra). Typhus et variole sont courants. Les conditions de vie se dégradent donc dans les quartiers populaires. L'atmosphère est propice aux révoltes populaires.
Dans les campagnes, des émeutes apparaissent et sont dirigées contre le départ de convois de grains ou, sur les marchés, contre les prix des céréales. Des bandes de miséreux errent dans les campagnes. Des incendies d’origine inconnue, dont libéraux et ultras se rejettent mutuellement la responsabilité, plongent la Normandie dans la peur. Par ailleurs, Louis XVIII et Charles X ont limité leur assise populaire en ne s’appuyant que sur la haute noblesse alors que la bourgeoisie aurait pu soutenir une monarchie parlementaire à l’anglaise. Cette exclusion de la bourgeoisie empêche le régime de se stabiliser durablement. Comme la Charte ne peut être modifiée sans l’accord du roi et que celui-ci en a une lecture très restrictive, la situation apparaît complètement bloquée en 1829 et Martignac demeure impuissant à résoudre ces crises.
Raidissement de Charles X : constitution du ministère Polignac
Constatant l'échec d'une tentative de compromis avec Martignac, Charles X prépare, en sous-main, un revirement de politique : pendant l’été 1829, alors que les Chambres sont en vacances, il renvoie subitement le vicomte de Martignac et le remplace par le prince de Polignac. Publiée dans Le Moniteur le 9 août, la nouvelle fait l’effet d’une bombe parmi les libéraux. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, qui apparaît rapidement comme le chef du ministère, évoque pour eux les pires souvenirs de la cour de Versailles — il est le fils de l’amie intime de Marie-Antoinette, la très impopulaire duchesse de Polignac —, et de l’émigration, durant laquelle il a été le compagnon de Charles X en Angleterre. Emprisonné en 1802 à la suite du complot Cadoudal, il est resté prisonnier jusqu'en 1814. À ses côtés, le comte de La Bourdonnaye, ministre de l'Intérieur, est un ultra, qui s’est signalé en 1815 en réclamant « des supplices, des fers, des bourreaux, la mort, la mort » pour les complices de Napoléon Ier durant les Cent-Jours, tandis que le ministre de la Guerre, le général de Bourmont, est l'homme de la trahison à la veille de la bataille de Ligny, celui qui a quitté le corps de Ney pour passer aux avant-postes prussiens.
La réaction de l'opinion est extraordinaire, bien au-delà de l'opposition (Chateaubriand démissionne de son ambassade à Rome). La presse se déchaîne. Les formules du Journal des débats sont restées célèbres. Le 10 août :
« Le voilà encore brisé ce lien d'amour et de confiance qui unissait le peuple au monarque. Voilà encore la cour avec ses vieilles rancunes, l’émigration avec ses préjugés, le sacerdoce avec sa haine de la liberté qui viennent se jeter entre la France et son roi. »
« Coblentz, Waterloo, 1815 : voilà les trois principes, voilà les trois personnages du ministère. Tournez-le de quelque côté que vous voudrez, de tous les côtés il effraie, de tous les côtés il irrite. Pressez, tordez ce ministère, il ne dégoutte qu’humiliations, malheurs et chagrins. »
Rien ne permet d’affirmer que, comme l’a prétendu l’opposition, Charles X et Polignac pensaient à un « coup d'État » pour rétablir l'Ancien Régime. Tout indique au contraire que ce sont deux conceptions de la monarchie constitutionnelle, c’est-à-dire deux interprétations de la Charte de 1814, qui s’affrontent en 1829-1830, le débat tournant autour des pouvoirs du roi. En cas de conflit entre le roi et les Chambres, la Charte ne dit rien. Les ministres ne peuvent être renversés par un vote du Parlement. L’article 14 attribue au roi le droit de légiférer par ordonnance « pour l’exécution des lois et la sûreté de l’État ». Les députés peuvent seulement refuser l'impôt en ne votant pas le budget. Représentatif, le régime n'est pas parlementaire.
Au début de 1830, le climat politique en France est électrique. L’opposition est chauffée à blanc par sa popularité croissante face aux provocations du ministère.
Adolphe Thiers, Armand Carrel, François-Auguste Mignet et Auguste Sautelet fondent un nouveau quotidien d’opposition, Le National, dont le premier numéro paraît le 3 janvier 1830. Ce journal d'opinion milite farouchement pour une monarchie parlementaire, et évoque ouvertement la « Glorieuse Révolution » anglaise de 1688, à l’issue de laquelle le roi Jacques II a été déposé et remplacé par son gendre Guillaume d’Orange à l'appel de la grande bourgeoisie marchande, les Sept immortels. D’autres journaux comme Le Globe et Le Temps relaient ces attaques, de plus en plus ouvertes, contre le roi et le gouvernement, tandis que Le Constitutionnel et le Journal des débats défendent eux aussi, mais avec plus de mesure, les idées libérales.